Mémoire Vive de Wignehies

Histoire locale : des livres à découvrir !

Mémoire Vive de Wignehies« Wignehies 1800-1950 »

Les 6 tomes de « Wignehies 1800 – 1950 » retracent l’histoire de ma:50.01429498974134//4.003625000000056//12//roadmap:Wignehies,
de la vie rurale à la révolution industrielle du XIXe Siècle,
du XXe Siècle riche en évènements,
de la vie sociale et culturelle,
du patrimoine architectural.
En savoir+
nouveau« Wignehies des origines à nos jours »
Tome VI


Aubenton… Chemin des invasions…

AubentonLe bourg, patrie de l’aviateur Jean Mermoz, doit son nom à deux cours d’eau, l’Aube et le Ton. Ils se jettent dans l’Oise à Etréaupont. En 1169 Albenton, du Xème au XVIIIème puis Aubenton en Vermandois et enfin Aubenton en Thiérache. Dès le 2ème siècle, Aubenton est une terre d’invasions. Les conflits meurtriers débutent principalement à partir de la guerre de Cent Ans. En 1340, la soldatesque du comte de Hainaut massacre la population et brûle la bourgade. En 1521, 1591, 1648 et 1650, Aubenton est assiégé. Ce n’est que tueries, pillages, famine…

En 1810, la ville est occupée par les cosaques russes, l’année suivante par les Prussiens. En 1914 la “Grande guerre” est déclarée, celle qui devait être “la der des ders”. Deux décennies plus tard, les troupes d’occupation allemandes découpent le territoire français et décrètent la région “zone interdite”. Les habitants la peur au ventre évacuent en Vendée, Mayenne ou vers les Deux-Sèvres.

Terres à conflits armés

Le village qui a été pied à terre des princes de Condé est loin s’en faut, une terre promise. Au XIIème siècle, les habitants sont touchés dans leur chair par la peste et la lèpre ; un cadeau des seigneurs au retour de croisade en Terre Sainte! Que d’engagements de ces seigneurs dans les guerres qui se dérouleront entre le XIV et XVIème siècle! Les conflits successifs ne réservent guère de beaux jours aux aubentonnais. Ils ne comptent plus les passages des armées et les hordes de pillards sans foi ni loi! Au XVIème siècle, les terres de Chimay et de Beaumont (Belgique) sont convoitées sous la collation de Jean de Pierrepont, seigneur de Beaumé ; de Jean de la Bove et d’autres sous même bannière. Ils prennent, pillent et brûlent la province du Hainaut. Les dévastations sur les terres du comte de Hainaut amènent à un compromis. Il est signé à Aubenton. Erreur stratégique fatale. La vengeance étant un plat qui se mange froid, le comte de Hainaut consulte son Parlement à Mons et fixe les “leçons” à infliger à la France.

Passé au fil de l’épée

Le comte de Hainaut ordonne à ses chevaliers et à ses écuyers de “mettre à sac” les bourgs d’Aubenton et de Brunehamel et de semer la terreur et le meurtre. La population informée de cette incursion imminente relève les palissades et reçoit de Jean de Bosmont, seigneur, le renfort cinq cents hommes en armes. Peine perdue. 15 à 2000 hommes, femmes, enfants périront sous le fil de l’épée. Aubenton riche de ses étoffes et de son vin [droit de vinage en 1259 sous Nicolas VI] est pillé, incendié et spolié de ses richesses. Elles seront chargées sur des charrettes pour être conduites à Chimay. Après un tel massacre les survivants dénommeront deux passages, l’un Ruelle du sang, l’autre Ruelle du sac sur la rive droite de la rivière Ton [thon]. Lors d’une séance du conseil municipal en 1960 les élus du peuple envisagent de rebaptiser ces “boyaux.” Ce qui n’est pas au goût de la population aubentonnaise. Elle tient à garder la mémoire du passé. Le dossier est enterré!


La Bataille de Guise

Occupation allemande, Hirson 1916

Occupation allemande, Hirson 1916

Le plan XVII
Au début de 1914, la défense du territoire est organisée selon le plan XVII. Celui-ci, basé sur un certain esprit d’offensive, prévoit la concentration de notre armée dès le douzième jour de la mobilisation. Dans le Nord de la Thiérache, doit se trouver le quatrième groupe de divisions de réserve ( 51ème, 53ème, 69ème ) du général VALABREGE.
Le plan XVII suppose que les premiers affrontements se produiront le long de la frontière Franco-Allemande. Une variante de ce plan prévoit cependant qu’une pénétration des forces allemandes par l’invasion du Luxembourg et de la Belgique reste possible. Cette supposition paraît une utopie pour les milieux politiques de l’époque. Ce fameux plan XVII était critiqué par certains même de ses exécutants, comme GALIENI ou son successeur à la tête de la Vème armée, le Général LANREZAC. Le 2 Aout, on apprend que les allemands envahissent le Luxembourg. Le 4, c’est le tour de la Belgique. C’est la faillite du plan XVII ; Lanrezac le comprend et se porte à la rencontre des troupes allemandes, vers Dinan. Il va trouver en face de lui la 1ère armée de VON KLUCK, et la 2ème de VON BULOW. La 2ème (RUFFEY) et la 4ème (CARY) armées françaises enregistrent une sévère défaite et de nombreuses pertes. La droite de l’armée de Lanrezac s’en trouve très affaiblie. Craignant d’être encerclé, il rompt le combat et recule sur une ligne AVESNES – ROCROI. Cette fois, le plan XVII a complètement échoué. Les 21, 22, 23 Août, ont lieu les batailles de NAMUR et de CHARLEROI.

L’état d’esprit des alliés
Il faut noter à ce moment une profonde anthipathie entre le maréchal FRENCH, commandant le 1er corps d’armée anglais, et Lanrezac. Cette anthipathie aura des conséquences fâcheuses. French refuse d’engager ses troupes le 24 Août et met Lanrezac en difficulté. Ensuite, c’est Lanrezac qui décroche sans prévenir French. Celui-ci prévient alors le commandant des troupes françaises que si le 1er corps d’armée anglaise est en difficulté, il se retirera sur ses bases (Le Havre, Rouen), laissant ainsi le soin à Lanrezac de couvrir lui même son aile gauche. Le 27 Août, le principal souci de JOFFRE est de maintenir la cohésion du flanc gauche de son armée. Il adresse au Général Lanrezac, qui a transporté son Quartier Général à MARLE «qu’il n’y a pas lieu de tenir compte de ce que font les anglais sur son flanc gauche. Par contre, il tient comme très important que les anglais soient tenus au courant de ce qui se passe sur leur flanc droit.»

Mon Général !
“Le Pays Rostand occupé” (6), extraordinaire chronique de la vie quotidienne des régions de Montcornet et Rozoy-sur-Serre, faisant appel à la mémoire collective, réalisée par les élèves du collège “Le Ruisseau” de Montcornet, sous la direction de Jean et Marie-Odile LECLERE, est une source très importante de renseignements sur les cinquante deux mois de la période d’occupation allemande en Thiérache, et permet de bien comprendre quelles furent les difficultés de vie auxquelles furent confrontés nos grands parents et arrière grands parents en Thiérache.

En Aout 1914, l’Allemand n’est pas encore l’occupant. Voici une première anecdote extraite de cette publication :”Tavaux et Ponséricourt. Le 27 Août, le château de Tavaux et Pontséricourt a acceuilli le futur Maréchal Pétain. Il est venu passer la nuit la veille de la bataille de Guise. Il a été accueilli par le Comte et la Comtesse de F. Mobilisé comme colonel, il vient juste d’être promu au grade de général de brigade. La Comtesse entendant les officiers l’appeler “Mon Général”, découvrit des étoiles provenant des uniformes de son père et de son oncle, tous deux généraux. Elle les mit à la place des galons de Colonel que le nouveau Général portait encore sur sa capote. C’est donc à Tavaux que Philippe Pétain porta pour la première fois ses étoiles de général”.

Témoignage
Par Alphonse Grasset, “La grande guerre vécue, racontée, illustrée par les Combattants”, Aristide Quillet, 1922

“Dés le soir du 27 août 1914, la 5e Armée va donc se prouver de nouveau en flèche, menacée sur ses deux flancs. Lanrezac envisageait déjà l’éventualité d’une retraite sur Laon pour le 28, quand le colonel Alexandre, du Grand Quartier Général, vient lui porter l’ordre de prendre l’offensive sur Saint-Quentin. L’opération est scabreuse. L’armée est face au nord et c’est face à l’ouest qu’elle doit attaquer. Or selon toute apparence, l’ennemi tient déjà solidement Saint-Quentin, qu’il faudra emporter de haute lutte; et avant que Lanrezac n’ait eu le temps de préparer son changement de direction pour orienter ses forces vers le nouvel objectif qui lui est indiqué. Ne serait il pas lui même assailli en flanc par les colonnes allemandes déjà signalées au nord de l’Oise ? Mais il s’ait de retarder la marche de l’ennemi, de dégager l’Armée anglaise épuisée, de permettre à l’Armée Maunoury d’entrer en ligne, de donner aux autres Armées le temps de se ressaisir et d’accepter la bataille sur les positions fixées le 25 août.”


Paul Codos pilote-aviateur Thiérachien, recordman du monde

Il est des hommes qui ont marqué l’histoire de l’aéronautique en inscrivant à leur palmarès des raids et des records mondiaux. Paul Codos, dans les années 30, au sommet de la gloire, est adulé par les autorités de notre planète, civiles ou militaires et des Hirsonnais. Très vite, il passe dans l’oubli. Défaillance de la mémoire ?

Portrait de Paul Codos

© Jean-Paul Arnoul

Paul Joseph Codos est né le 1er mai 1896 à Iviers (Aisne) du déclarant Paul Charles Oscar Codos, originaire de Morgny-en-Thiérache, cultivateur, et de Marie Marthe Varlet d’Iviers. Dans les années 20, Mme veuve Marie Marthe Codos quitte son exploitation agricole d’Iviers. Elle s’installe à Hirson. Sa fille Thérèse ouvre une boutique de lingerie-mercerie 94, rue de Charleville [Charles de Gaulle]. Paul Codos est, selon sa fiche de recensement en mairie, un citoyen hirsonnais de 1919 à 1946. Dans un premier temps, il demeure 38 rue de la Capelle [8 mai 1945] face à l’Ecole Supérieure Professionnelle des garçons, puis chez sa sœur Thérèse et son pied à terre, à Paris 18ième.

En 1947, Mlle Thérèse, femme effacée, très estimée mais combien frêle, abandonne son commerce. Sur les conseils de son frère Paul, elle se retire à l’âge de 54 ans, à l’orphelinat de la fondation Savart à Saint-Michel-en-Thiérache. En 1960, l’Institution ferme ses portes. Thérèse n’a pas le choix, elle s’installe à Paris 16ème. En 1981, elle ferme les yeux.

© Jean-Marie Gérard

Engagé sur tous les fronts
Quant à Paul Codos, le cadet d’une fratrie de cinq enfants, fils de paysan Thiérachien, il exerce un premier métier, celui d’ouvrier typographe à la Fère. Cet emploi est de courte durée. Le 8 septembre 1914, à ses 18 ans, il passe par le bureau de recrutement de Saint-Quentin. Il s’engage [matricule 338] pour la durée de la guerre 14-18. Il est incorporé dans le 24ème régiment d’artillerie comme 2ème canonnier-servant.
Le 14 novembre 1914, il se retrouve en première ligne sur le front de Verdun et de la Somme. Il reçoit une citation à l’ordre de l’armée : “Brigadier téléphoniste plein de zèle et d’entrain dans son service. Le 17 mai 1916, au moment d’un réglage par avion, son poste ayant été bombardé par deux obus s’est mis de suite à l’œuvre pour rétablir, sans souci des projectiles qui tombaient autour de lui, donnant ainsi un bel exemple d’initiative, de sang froid et du mépris absolu du danger.”

Les pieds dans la gadoue, la tête dans les nuages, une idée le poursuit : Il sera aviateur. “J’avais assisté, dit-il, aux prouesses des avions de commandement, de réglage, de chasse. Je savais que lorsque les équipages revenaient de leur mission une vie humaine, douce et chaude, les attendaient. Certes, des risques. Notre sort n’était pas plus favorable. De plus, j’étais cloué au sol, à demi asphyxié par les gaz, dégoûté de cette terre qui envahissait et qui sentait la mort. Vivre ou mourir en plein ciel me paraissait facile. Quelle tentation pour une âme ardente que le combat singulier !”

Il fait une demande de mutation. Il essuie un refus de sa hiérarchie. Les jours, les mois passent, notre thiérachien ne baisse pas les bras. A la huitième tentative, il obtient un avis favorable. Le 25 novembre 1917, Paul Codos est appelé à se transporter à la Division. Il est détaché au 1er groupe d’aviation. En passant l’examen de culture générale, il annonce à l’examinateur qu’il est typographe.
- Ah ! Vous êtes topographe. Parfait, mon ami, les cartes n’auront pas de secret pour vous.

Le commandant confond typographe et topographe… Peu importe, une carrière de pilote-aviateur se dessine. Le 30 novembre 1917, Paul Codos rejoint Istres, puis l’école d’aviation de Nieuport à Miramas où il s’initie au pilotage acrobatique sur “la Grosse Julie”.
En janvier 1918, son brevet de pilote en poche, il espère passer en escadrille. En vain ! L’Armistice du 11 novembre est signé. L’occasion de montrer ses aptitudes ne se présente pas. Le 29 août 1919, le Maréchal-des-Logis Codos, est démobilisé et c’est l’attente.

© Bruno Parmentier

Hirson, Champ Roland, théâtre d’une catastrophe aérienne

La braderie annuelle placée sous l’égide du Syndicat d’Initiative dHirson fait le plein de badauds. C’est jour de réjouissances pour la population hirsonnaise et des environs. Hélas ! Le 5 juillet 1931, c’est le cauchemar. Un drame se déroulera en fin de journée au “Champ Roland” près du cimetière.

Le marché d'HirsonBaptêmes de l’air

Après une entente préalable avec le propriétaire du terrain, M. Nicolas CENDRE garagiste, dirigeant un club d’aviation privée à Rethel (Ardennes) s’approprie un droit à étaler ses activités “commerciales” aéronautiques dans le flot d’un peuple en fête. Nicolas CENDRE et son pilote LAPORTE posent ce dimanche au “Champ Roland” deux appareils: Un berline 6-8 places et un biplace. Ils ont ferme intention d’organiser des baptêmes de l’air.

Autorisations

M. MOREAU, Commissaire de police n’a reçu des autorités préfectorales et aéronautiques pas plus d’ailleurs que les notables locaux, un ordre autorisant ce meeting aérien. MM. MOREAU et DUPONT (maire adjoint) se transportent sur les lieux afin de tirer les choses au clair. Nicolas CENDRE n’est possesseur d’aucune autorisation! M. MOREAU intime aux aviateurs à surseoir à toutes exhibitions. CENDRE conteste vivement cette décision. Force reste à la loi.

L’irréparable

Il est environ 17h.30, deux cents personnes sont témoins d’un événement puisqu’ils ont eu le loisir et le temps à contempler les avions cloués au sol laissés sans surveillance. Les pilotes de retour sur le terrain après une “escapade” en ville décident enfin à dégager la piste. Ils s’installent dans les cabines de pilotage, les moteurs vrombissent, c’est le décollage. Hélas L’un des aéroplanes se déporte à droite, il a en ligne de mire un public massé le long du parcours, les gens paniquent, tous voudraient échapper à ce qui est pressenti. L’irréparable s’accomplit, l’avion incontrôlé fauche trois personnes dont un enfant.

Champ Roland 1931, catastrophe aérienneL’heure des comptes

Les premières victimes sont: Mme MOREAU-LACAILLE, 26 ans, et son fils Roger, 3 ans, demeurant rue de Vervins à Hirson; Mme Marthe MOUFLART, 32 ans, domiciliée rue Magnier à Hirson. Le plus jeune de ses enfants qu’elle tient dans ses bras échappe de justesse à une mort certaine. L’avion poursuit sa course sur plus de 200 mètres, il arrache les clôtures et les piquets en fer. Il fait un demi-tour et pique du nez puis s’engage dans un chemin creux où d’autres hirsonnais se sont mis à l’ombre près d’un buisson. Le bilan est lourd, deux victimes de plus, Mme MOUFLART-GOUVION, 77 ans, Mlle HELLER, 45 ans. A leurs côtés, M. LEBLEU a le réflexe de se jeter sur le côté avec son bébé entre les bras, ils sont tous deux épargnés. Le landau est écrasé…
Les secours relèvent une dizaine de blessés “déclarés”. Certains, plus légèrement atteints, ne se font pas connaître. M. Edouard MOUFLART, forgeron, demeurant rue Magnier souffre d’une fracture du péroné et d’une entorse (son épouse est décédée); Mlle MOUFLART, rue de La Capelle, blessures à la tête, Mme HELLER, contusions à l’épaule droite; Mme Pauline BILLARD-LARUE, 48 ans, demeurant rue de la Prise d’eau, blessures à la tête et contusions multiples à tout le corps; blessures identiques pour Mme LELOIR domiciliée rue de Saint-Michel ; Serge VINDA, 7 ans, domicilié à Hirson est grièvement atteint à la tête ; Charles ROESCH, 14 ans de Landouzy la ville, contusions ; M. Marcel LEMAIRE de Saint-Michel-Sougland, fractures multiples au bras droit; M. Marceau BERTEAUX d’Hirson, contusions; Mlle Marguerite CARTIGNY, 22 ans, contusions au bras droit.
Les blessés sont rapidement évacués sur l’hôpital Brisset d’Hirson et pris en charge par les médecins et les religieuses de l’établissement hospitalier. Quant aux cinq victimes, elles reposent à la morgue; ultime refuge qui plonge les familles et les amis dans une profonde douleur.

Arrestations

MM. VALLIER et LANSART, respectivement Procureur de la République et Juge d’instruction placent en détention Nicolas CENDRE et LAPORTE. Les inculpés répondront de leurs actes devant la justice pour ce qui s’est joué par “orgueil” et de “l’insolence” d’un chef d’entreprise dénué de scrupules, plus soucieux de ses intérêts privés que des règles élémentaires de sécurité.

Obsèques solennelles

Le lendemain du drame, le Conseil municipal se réunit en séance extraordinaire. Emile VILLEMANT, premier magistrat de la Ville, ses adjoints et les conseillers décident de faire aux victimes, des obsèques solennelles aux frais de la Ville. Le jeudi 9 juillet 1931, je cite “Une foule compacte suit avec recueillement le convoi funéraire des victimes de l’accident d’aviation. “

Jacky Billard