Situé en forêt de Saint-Michel-en-Thiérache, le site occupe une position dominante surplombant à l’ouest le village actuel de Macquenoise.

 

L’Emplacement Stratégique du Fort

Situé en forêt de Saint-Michel-en-Thiérache, le site occupe une position dominante surplombant à l’ouest le village actuel de Macquenoise. La déclivité naturelle et la présence de l’Oise en contrebas ont vraisemblablement déterminé ce choix d’emplacement. De plus, un banc d’arkose alentour motive l’emploi de ce matériau dans la construction de l’édifice. La pierre extraite sur place réduit les dépenses, tandis que la forêt fournit le bois nécessaire aux échafaudages, aux planchers et aux hourds.

Architecture et Organisation Défensive

L’ouvrage fortifié était doté de quatre tours de flanquement, dont trois sont encore nettement identifiables aujourd’hui. De plan rectangulaire, la construction présente un appareil régulier. Le bâti montre encore de nombreux trous de boulin. Son organisation intérieure reste inconnue, mais selon le témoignage de Dom Lelong vers 1783, certains appartements étaient pavés de grands carreaux de brique et une prison existait. Plus tard, le Dr Rousseau souligne que « dans la tour du sud sont les débris d’un escalier qui était jadis éclairé par des fenêtres à encadrement de pierre bleue ». On remarque également un puits aménagé dans la maçonnerie de la courtine sud, assurant l’approvisionnement en eau. Un fossé renforce le schéma défensif.

Les Origines Documentées du Site

La date de fondation est assez bien cernée grâce à l’ensemble des sources. Le document majeur est la charte de janvier 1183, consignée dans le *Cartulaire* de Guise (fos 57-58) et le *Cartulaire* de Saint-Michel (p. 159). C’est sous l’abbatiat de Wilhelme, seizième abbé, que remonte l’origine de ce poste défensif, en lien avec l’abbaye bénédictine et le seigneur de Guise. Pour mieux comprendre, il faut faire une parenthèse. Aélise ou Améline, fille de Bouchard, seigneur de Guise et d’Hirson, est promise dès l’enfance à son cousin Jacques, fils de Nicolas, fondateur de la maison d’Avesnes. Ce fait est important car vers 1170, date probable du mariage, Jacques d’Avesnes devient le vassal de deux suzerains : Baudouin de Hainaut et Philippe d’Alsace, comte de Flandres et de Vermandois par sa femme Élisabeth. À la mort de celle-ci en 1182, l’héritage du Vermandois est disputé à Philippe d’Alsace par le roi de France soutenu par Baudouin.

Cette querelle divise le seigneur de Guise et entraîne notamment la destruction d’une centaine de villes ou villages. C’est dans ce contexte que se signe la charte entre Jacques d’Avesnes et l’abbé bénédictin. On sait par ailleurs que les domestiques du seigneur avaient incendié les bâtiments abbatiaux après 1170 ou avant 1173. En dédommagement, il abandonne aux moines tous les droits de terrage possédés sur le territoire. La menace de nouvelles incursions et la perte d’un procès opposant les bénédictins de Saint-Michel aux cisterciens de Foigny — portant sur une partie des bois de Wattigny — finissent par convaincre Wilhelme de confier l’avouerie du monastère à Jacques d’Avesnes. Devenu avoué, il promet « de porter à l’église loyale garantie, si ladite église étoit molestée de aucuns et de aucunes dans les bos ». En échange de cette protection, les moines l’autorisent à construire une maison-forte dans la forêt de Saint-Michel, en excluant explicitement les sites de Rochefort et de Saint-Michel, déjà occupés et fortifiés. Ils lui accordent également des coupes en forêt. Le seigneur de Guise et ses héritiers directs deviennent alors propriétaires par indivis de 7 219 arpents de bois.


L’emplacement exact de cette maison-forte reste incertain. Rochefort — dont le nom signifie littéralement « château sur la roche » (*prélatin rocca*, latin *fortis*) — désignait un site fortifié existant à l’emplacement de l’actuel village de Saint-Michel-en-Thiérache, où une place porte encore ce nom dans la tradition locale. Le fort dont les ruines nous occupent ici, situé à une dizaine de kilomètres de là, représente une fortification distincte dont les liens avec la charte de 1183 restent à établir. Le village de Macquenoise n’étant attesté qu’à partir de 1548, aucune source médiévale ne permet d’en faire formellement le lieu de construction autorisé par la charte. L’hypothèse d’une maison-forte d’époque médiévale sur ce site demeure néanmoins plausible au regard de l’archéologie : Dom Lelong au XVIIIe siècle, puis les chercheurs contemporains, ont souligné la compatibilité du plan et des dimensions avec cette catégorie de constructions. Wilhelme, seizième abbé, s’éteint six mois après la signature de la charte. Jacques d’Avesnes meurt au combat lors de la troisième croisade, le 7 septembre 1191.

Le Fort au Moyen Âge et Après

Aucune information ne nous est parvenue sur l’origine et la destination de ce fort au cours du Moyen Âge. La diffusion des chansons de geste et le retour des croisades ont laissé une empreinte dans la toponymie du terroir. Les lieux associés aux Sarrazins sont nombreux tant en Thiérache qu’en Avesnois ; les fouilles ont mis en évidence qu’ils désignaient souvent des sites antérieurs au Haut Moyen Âge. La fortification était encore connue, au début du XXe siècle, sous le nom de château des Sarrazins.

Dans les premières décennies du XVIIIe siècle, les employés du Domaine accompagnés du devin Vandenawes investissent le lieu en quête d’une idole, la Cabre d’or. En témoigne la correspondance entre De la Lande, Maître général des eaux et forêts du duché de Guise, et le Procureur fiscal des grueries d’Hirson et de Saint-Michel. Initiateurs du projet en octobre 1723, leur entreprise échoue vers la fin de 1724. La décision du Conseil d’Administration du Domaine en date du 23 juillet met un coup d’arrêt aux recherches. Au XVIIIe siècle, le modelé de la carrière qui environne le fort est naturellement confondu avec une fortification antique voire protohistorique. La découverte d’un numéraire et de pierres meulières suffit longtemps à convaincre la plupart des érudits locaux. Ces quelques indices mis à part, ces interprétations sont aujourd’hui soumises à une sévère révision.

L’Arkose : Un Lien avec l’Antiquité

Seule l’exploitation du banc d’arkose correspondrait à la période gallo-romaine. L’arkose est utilisée pour la confection des pierres meulières, dont un atelier a été mis au jour dans la forêt particulière d’Hirson au XIXe siècle. Dans le voisinage de cette précédente découverte mais sur le territoire belge, les murs du balneum du Pâchis sont également en arkose. La carrière restant ouverte jusque vers 1850, il est difficile de se représenter l’importance du site primitif. Une ligne de déblais court au sud sur plus de 1 000 mètres, sans qu’on puisse véritablement expliquer son objet. On rencontre deux autres carrières plus à l’ouest, de configuration semblable et probablement mises en valeur au cours de la même période.