Au début de 1914, la défense du territoire est organisée selon le plan XVII.

Celui-ci, basé sur un certain esprit d’offensive, prévoit la concentration de notre armée dès le douzième jour de la mobilisation. Dans le Nord de la Thiérache, doit se trouver le quatrième groupe de divisions de réserve ( 51ème, 53ème, 69ème ) du général VALABREGE.

Le plan XVII suppose que les premiers affrontements se produiront le long de la frontière Franco-Allemande. Une variante de ce plan prévoit cependant qu’une pénétration des forces allemandes par l’invasion du Luxembourg et de la Belgique reste possible. Cette supposition paraît une utopie pour les milieux politiques de l’époque. Ce fameux plan XVII était critiqué par certains même de ses exécutants, comme GALIENI ou son successeur à la tête de la Vème armée, le Général LANREZAC. Le 2 Aout, on apprend que les allemands envahissent le Luxembourg. Le 4, c’est le tour de la Belgique. C’est la faillite du plan XVII ; Lanrezac le comprend et se porte à la rencontre des troupes allemandes, vers Dinan. Il va trouver en face de lui la 1ère armée de VON KLUCK, et la 2ème de VON BULOW. La 2ème (RUFFEY) et la 4ème (CARY) armées françaises enregistrent une sévère défaite et de nombreuses pertes. La droite de l’armée de Lanrezac s’en trouve très affaiblie. Craignant d’être encerclé, il rompt le combat et recule sur une ligne AVESNES – ROCROI. Cette fois, le plan XVII a complètement échoué. Les 21, 22, 23 Août, ont lieu les batailles de NAMUR et de CHARLEROI.

L’état d’esprit des alliés

Il faut noter à ce moment une profonde anthipathie entre le maréchal FRENCH, commandant le 1er corps d’armée anglais, et Lanrezac. Cette anthipathie aura des conséquences fâcheuses. French refuse d’engager ses troupes le 24 Août et met Lanrezac en difficulté. Ensuite, c’est Lanrezac qui décroche sans prévenir French. Celui-ci prévient alors le commandant des troupes françaises que si le 1er corps d’armée anglaise est en difficulté, il se retirera sur ses bases (Le Havre, Rouen), laissant ainsi le soin à Lanrezac de couvrir lui même son aile gauche. Le 27 Août, le principal souci de JOFFRE est de maintenir la cohésion du flanc gauche de son armée. Il adresse au Général Lanrezac, qui a transporté son Quartier Général à MARLE «qu’il n’y a pas lieu de tenir compte de ce que font les anglais sur son flanc gauche. Par contre, il tient comme très important que les anglais soient tenus au courant de ce qui se passe sur leur flanc droit.»

Mon Général !

« Le Pays Rostand occupé » (6), extraordinaire chronique de la vie quotidienne des régions de Montcornet et Rozoy-sur-Serre, faisant appel à la mémoire collective, réalisée par les élèves du collège « Le Ruisseau » de Montcornet, sous la direction de Jean et Marie-Odile LECLERE, est une source très importante de renseignements sur les cinquante deux mois de la période d’occupation allemande en Thiérache, et permet de bien comprendre quelles furent les difficultés de vie auxquelles furent confrontés nos grands parents et arrière grands parents en Thiérache.

En Aout 1914, l’Allemand n’est pas encore l’occupant. Voici une première anecdote extraite de cette publication : »Tavaux et Ponséricourt. Le 27 Août, le château de Tavaux et Pontséricourt a acceuilli le futur Maréchal Pétain. Il est venu passer la nuit la veille de la bataille de Guise. Il a été accueilli par le Comte et la Comtesse de F. Mobilisé comme colonel, il vient juste d’être promu au grade de général de brigade. La Comtesse entendant les officiers l’appeler « Mon Général », découvrit des étoiles provenant des uniformes de son père et de son oncle, tous deux généraux. Elle les mit à la place des galons de Colonel que le nouveau Général portait encore sur sa capote. C’est donc à Tavaux que Philippe Pétain porta pour la première fois ses étoiles de général ».

Témoignage

Par Alphonse Grasset, « La grande guerre vécue, racontée, illustrée par les Combattants », Aristide Quillet, 1922

« Dés le soir du 27 août 1914, la 5e Armée va donc se prouver de nouveau en flèche, menacée sur ses deux flancs. Lanrezac envisageait déjà l’éventualité d’une retraite sur Laon pour le 28, quand le colonel Alexandre, du Grand Quartier Général, vient lui porter l’ordre de prendre l’offensive sur Saint-Quentin. L’opération est scabreuse. L’armée est face au nord et c’est face à l’ouest qu’elle doit attaquer. Or selon toute apparence, l’ennemi tient déjà solidement Saint-Quentin, qu’il faudra emporter de haute lutte; et avant que Lanrezac n’ait eu le temps de préparer son changement de direction pour orienter ses forces vers le nouvel objectif qui lui est indiqué. Ne serait il pas lui même assailli en flanc par les colonnes allemandes déjà signalées au nord de l’Oise ? Mais il s’ait de retarder la marche de l’ennemi, de dégager l’Armée anglaise épuisée, de permettre à l’Armée Maunoury d’entrer en ligne, de donner aux autres Armées le temps de se ressaisir et d’accepter la bataille sur les positions fixées le 25 août. »

Il n’y a pas à discuter. Mission de sacrifice. Les préparatifs.

Lanrezac reçoit l’ordre d’attaquer vers le Nord. Il est contre, persuadé que les allemands vont attaquer GUISE. Dans la journée du 27 Août, le 228ème Régiment d’infanterie se déploie ainsi : premier bataillon à FLAVIGNY ; cinquième bataillon dans GUISE avec une compagnie au Familistère, une compagnie au pont de fer, et une compagnie au grand pont. Les journaux décrivent les atrocités faites par les allemands à Dinan et à Namur. Vers dix huit heures trente, Guise est évacuée. Il ne reste pas plus de cinq cents personnes. Sous la pression de Joffre, Lanrezac donne des ordres pour une attaque en direction de Saint-Quentin, malgré des mouvements de troupes extrêmement complexes. Le 28 au matin, à la surprise de Joffre, les allemands attaquent Guise, donnant ainsi raison à Lanrezac. De violentes altercations avaient d’ailleurs eu lieu entre Lanrezac et Joffre à ce sujet. Le Général en chef aurait même à cette époque menacé Lanrezac de le fusiller sans jugement s’il persistait dans son attitude hostile.(1)

Exode de 1915, habitants du Nord fuyant la guerre
La bataille de GUISE

A Guise, le 228ème Régiment d’Infanterie fait face aux allemands dans des combats de rue, et doit se replier par la rue Camille Desmoulins, la rue Chantraine, le jeu de paume ; il perd cent cinquante et un hommes sur deux cent dix sept. Voici à ce sujet le témoignage d’un civil de Guise (2) «Au lever du jour les hauteurs de la ville, lesquelles forment le fer à cheval, étaient garnies de pièces de canon, et on cite le «clos gosse» au dessus des fermes de Robbé, où les anglais s’étaient établis pour surveiller la route d’HIRSON par où il fallait s’attendre à voir déboucher l»ennemi. La première ligne d’infanterie, la plus exposée, avait pris place tant aux abords du Familistère, derrière les arbres, que dans les greniers de la cité. C’est même de là que partirent les premiers coups de fusils sur quatre Uhlans venus en reconnaissance, tuant l’un d’eux et son cheval. Fixés sur les intentions que les français avaient de défendre la ville, les allemands surgirent en masse d’Etreux, et de Villers les Guise, et aussitôt engagèrent l’action. Il était dix heures et demie. Les rues furent criblées de balles et d’obus, tirés de part et d’autre. Les combattants tombaient sans se voir presque. Sur la place du Familistère, on a relevé dix sept allemands, deux français et un anglais. Les deux français sont enterrés derrière la cité, au bord de l’Oise.» Cependant, nos soldats tenaient bon. Les maisons étaient disputées une à une. Une maison de la rue Sadi Carnot fut le théâtre de combats acharnés entre un turc et sept allemands qui finirent par trouver la mort. Sur la place d’armes, un bataillon du 228ème de ligne se montra admirable d’ardeur et de courage. Menacé de face par une mitrailleuse allemande qui était braquée du côté du Familistère, il résista à l’attaque et ne se retira qu’après trois quarts d’heure d’une lutte inégale. Cette belle défaillance livrait la ville à l’ennemi, mais la bataille n’allait pas moins continuer sur les hauteurs, nourrie par une cannonade incessante et terrifiante. Le nombre de coups de canon tirés ce jour-là a été évalué à dix mille. Lors, le pillage des maisons commença. Chez Monsieur CLEMENT, quincailler, les allemands pendirent un vieillard, exigeant qu’il leur livra des clés qu’il n’avait pas, celles du coffre fort. A l’hospice, ils chassèrent les soeurs, les malades et les vieillards pour y mettre leurs blessés. Ailleurs, ils terrorisèrent les habitants en les plaçant devant des murs, comme pour les passer par les armes. Il leur restait à mettre le feu. A quatre heures et demie, le Familistère commençait à flamber et, le jour couché, ils s’en prirent à la rue Camille Desmoulins. «Nous allons fumer la ville, dit un officier à un habitant. Allez vous-en!»La nuit, ce fut terrifiant. On eut dit que toute la ville flambait, et des fenêtres de son logement, VON BULOW contemplait ce spectacle avec la satisfaction d’un barbare. » Il faut savoir que les allemands avaient conservé un mauvais souvenir de la Thiérache lors de la guerres précédente, celle de 1870. Il y avait là pour le conquérant une revanche notoire.

L’armée française s’arc-boute

A l’Est de GUISE, la garde allemande est stoppée à PROISY ; elle est surprise de rencontrer une telle résistance. Le 29 Août au matin, la bataille s’engage à nouveau. Le 28ème corps, commandé par le Général MALLATRIE attaque dès six heures et débouche sur la rive droite de l’Oise. A sept heures, LANREZAC fait connaître la défection des Anglais et leur remplacement par le 4ème groupe de divisions de réserve du Général VALBREGE. Il indique comme objectif général : SAINT-QUENTIN.

La 5ème division est refoulée

Le 18ème corps d’armée est arrêté par prudence. La 36ème division d’infanterie se replie. A la nuit, le 18ème corps d’armée repasse l’Oise, tout en conservant les ponts. Pendant ce temps les anglais se replient toujours.

Témoignage

Voici maintenant le témoignage d’un Lieutenant mitrailleur du 48ème Régiment d’Infanterie.(2) «Le 48ème s’est battu, le samedi 29, près de GUISE, à LE SOURD. C’est une nouvelle hécatombe : dix sept autres officiers sont tués ou blessés. Le lendemain, je reste sous un feu d’artillerie pendant plus d’une demi-heure, sans être touché. Plus de cent obus éclatent dans un rayon de soixante mêtres autour de nous. Le 29, j’ai pu tirer huit mille cartouches de mitrailleuse à en voir les bons effets… Quelle âpre joie ! J’ai été légèrement blessé d’une balle de schrapnell au coude droit. Cela ne m’a presque pas gêné. C’est presque fermé. Dimanche soir, nous restions comme combattants de l’active : deux commandants, deux capitaines, deux lieutenants (Boyer et moi). Trente quatre étaient tombés sur cinquante trois. Au milieu de ce feu infernal, on est lucide et calme, on pense froidement à ce qui vous attend, à la maisonnée qui ne vous reverra plus et on souffre affreusement, puis quand c’est fini, quand les derniers obus s’éloignent et que le feu s’éteint, on se dit que c’est reculer pour mieux sauter et que ce sera pour les jours suivants.»

Contre-attaque

Vers midi, le Général FRANCHET D’ESPEREY, avec le 1er corps d’armée, est autorisé à s’engager au combat, au mieux, en liaison avec le 3ème et le 10ème corps. Au début de la guerre de 14-18, les combats cessent encore avec la tombée de la nuit. Le 29 août, le soleil se couche à 18h30. Le crépuscule s’étend jusque vers 21h15. Franchet d’Esperey, fait se prolonger sa préparation d’Artillerie. Il arpente le champ de bataille sur un bel alezan, au grand étonnement de ses hommes de troupe. Sous une avalanche d’obus, au Nord-Ouest, la ferme de Bertaignemont flambe. Au Nord, des meules sont en feu. Au Nord-Est, Clanlieu, Audigny, commencent à être incendiés. Franchet d’Esperey rejoint alors le général PETAIN, commandant la 4ème brigade. Il lui demande s’il est satisfait dee préparation d’artillerie. Celui acquisce ; on a fait du mieux que l’on pouvait, en fonction des moyens dont on disposait. Cependant, l’artillerie ennemie n’est pas totalement détruite. A vingt et une heure, ses unités ayant refoulé l’ennemi, ont atteint CANLIEU et prennent contact avec le 10ème corps. Le 30, il reprend son mouvement en direction de GUISE. A doite de la 5ème armée, c’est la 3ème allemande de VON HAUSEN qui est arrêtée par la 4ème armée de LANGLE de CARY. Les anglais reculent toujours et vont franchir l’Aisne. Le 30 au matin, LANREZAC, qui n’ose plus rompre comme il l’avait fait à CHARLEROI, reprend son chemin en direction de GUISE. Les allemands refusent le combat et repassent l’Oise. A sept heures du matin; il reçoit un message de JOFFRE, qui aurait dû lui parvenir la veille. Ce message lui donne l’ordre de décrocher et de se replier en deçà de la Serre. Dans les communiqués officiels. Le communiqué du 29 Août au soir dira : «A notre aile gauche, une véritable bataille a été menée par quatre de nos corps d’armée. La droite de ces quatre corps, prenant l’offensive, a repoussé sur GUISE et à l’est une attaque conduite par le Xème corps allemand et la garde, qui ont subi des pertes considérables. La gauche a été moins heureuse : les forces allemandes progressent dans la direction de La Fère. Ultérieurement, un télégramme officiel anglais donnera sur cette journée les détails suivants : « Depuis la bataille de Cambrai, la 7ème armée française est entrée en opération sur notre gauche, unie à la 5ème armée sur notre droite. Elle a beaucoup contribué à délivrer nos hommes de l’effort et de la pression exercés sur eux. La 5ème armée française, en particulier, avança le 29 Août de la ligne de l’Oise pour s’opposer au mouvement en avant des Allemands, et une bataille considérable s’engagea au sud de GUISE. Dans cette rencontre, l’armée française obtint un succès marqué et solide, repoussant en désordre et avec de fortes pertes trois corps allemands, le Xème, la garde et un corps de réserve. En dépit de ce succès, cependant, et malgré les avantages qui en résultaient, la retraite générale vers le sud a continué, et l’armée allemande, poursuivant avec persistance les troupes britanniques, est restée pratiquement en contact avec notre arrière garde.»

Quelles seront les conséquences de la bataille?

Au niveau de l’ensemble de la guerre elle-même, le commandement en chef de l’armée française aurait voulu faire de la bataille de GUISE un arrêt définitif de la progression allemande. Ce but ne fut donc pas atteint. On peut décomposer cette bataille en deux parties, la première ayant pour cadre la rive Ouest de l’Oise, et qui est qualifiée par les allemands de victoire de SAINT-QUENTIN ; la seconde partie, qui eut pour cadre le Sud de GUISE, fut incontestablement une victoire française. On peut d’ailleurs peut-être regretter que la contre-attaque française du 30 au matin ait été arrêtée. Neuf mille allemands sont tombés dans cette bataille. Ils reposent dans les cimetières militaires de la région de GUISE : LE SOURD, LA DESOLATION, COLONFAY. Les combats très intenses firent beaucoup de morts. De nombreux cadavres furent déchiquetés et ne purent être identifiés. Il est cependant très net que ce fut là un coup d’arrêt à la progression allemande, qui permit en particulier aux troupes anglaises du Maréchal FRENCH de se replier et de retrouver à la fois un moral et une organisation qui leur faisaient particulièrement défaut depuis les combats livrés en Belgique. La 6ème armée française, nouvellement créée, fut également soustraite à l’étreinte de la 1ère armée allemande de VON KLUCK. Ce dernier est également contraint d’infléchir la direction de son avance vers le Sud, dégarnissant et étirant son flanc droit, ce qui constituera le prélude à la bataille de la MARNE. Le général BESSON, alors jeune capitaine et officier d’ordonnance de LANREZAC, dit au sujet de l’importance de cette bataille : «J’ai vécu en Août 1914, les heures tragiques de cette longue retraite depuis CHARLEROI pendant laquelle nous n’avons échappé à l’étreinte allemande que grâce à la vigilance du général LANREZAC. Il est exact d’affirmer qu’il fut le principal artisan trop méconnu, hélas, de notre redressement initial et sans sa bataille de Guise, la victoire de la Marne n’aurait pas été possible.» Quand au général LANREZAC, malgré cette belle victoire, il fut privé de commandement en Septembre 1914. On se souvient à ce sujet des querelles qui l’avaient opposé à JOFFRE, au sujet des choix tactiques et des hypothèses de bataille. » Aurait-il à l’époque, eu tendance par ses justes prévisions, à faire de l’ombre à ses chefs ?

Et pour la ville de GUISE ?

En ce qui concerne la ville de GUISE, les dégâts furent importants. Voici à ce sujet le témoignage d’un évacué qui vient de regagner GUISE(2) : «Ce ne sont que vestiges de carnage, de tuerie, de bidons, armements tordus, chevaux tués. Plus loin, des tertres, encore des tertres, où reposent Français et Allemands. Le fort incendié, le toit démoli, les maisons en ruine, le Familistère détruit. Sur la place d’armes, une horreur : la statue de Camille DESMOULINS est coiffée d’un casque de prussien et arbore un drapeau allemand.» GUISE est frappée d’une amende de cinq francs par habitant, soit trente sept mille cinq cents francs.

Toutes les localités de la vallée de l’Oise, depuis ETREAUPONT jusqu’à RIBEMONT souffriront cruellemnt. Les villages d’AUDIGNY, PUISIEUX, SAINS- RICHAUMONT, LE SOURD, COLONFAY sont durement éprouvés aussi. A cette date, le donjon du château n’a pas encore souffert. Il ne sera détruit que lors des bombardements de 1918.

Pendant ce temps, à Montcornet : (6)

« Le 29 Août, après le passage des émigrés et des troupes (plus de trente mille civils et peut-être cinq mille soldats belges sans compter les bataillons français), c’est la panique. C’est au tour des Montcornetois de suivre ce flot immense vers le Sud. Deux gendarmes ont amené dans la journée un dragon allemand fait prisonneir vers Plomion. On a réquisitionné une auto pour le mener à Laon. M. le Maire a pris place près du prisonnier pour, dit-il, demander des renseignements et les consignes à suivre au Préfet. Les événements s’emballent : il lui sera impossible de revenir dans sa commune. Les partants, dans leur majorité, ont dû rebrousser chemin pour se retrouver à leur point de départ : envahis. »

La Bataille de Guise
Un peu plus tard, (Septembre 1914) (6)

« Les habitants de Montcornet ont pu dès le 12 septembre prendre conscience de l’horreur de la guerre avec le passage des convois de blessés. Voici plus d’un mois que les angagements ont eu lieu. La région é été à l’écart du champ de bataille. Maintenant, dès le 12 septembre, dans le flot de la circulation, sur la route ou par le chemin de fer, les blessés se font de plus en plus nombreux, plus de trois cents dans une même journée. Des maisons et des écoles sont réquisitionnées comme hôpitaux provisoires. Au loin, on entend toujours le canon gronder inlassablement. Des prisonniers français font aussi partie de ces lamentables convois, salués par des hourras et des chants. Ils seront logés provisoirement sur de la paille sous la halle du marché couvert de l’Hôtel-de-Ville, pour une nuit seulement. Les infirmières allemandes qui accompagnent les blessés souvent s’effondrent de fatigue dans les fossés pour dormir jusqu’à 24 heures de suite. De jeunes françaises, parfois âgées de moins de 14 ans, se relaient pour assurer les soins à ces malheureux ! Les routes où circulent ces sinistres convois sont rougies par le sang ! Montcornet accueillera pas moins de quatre mille blessés en deux semaines ».

L’occupation s’organise. Noircourt, septembre 1914 (6)

« Une centaine de soldats prussiens ont pris possession du village et ont fouillé consciencieusement les maisons des caves aux greniers, sortant des demeures et des granges toujours les bras chargés de toutes sortes d’objets. De la ferme du château, disparaissent ainsi douze chevaux, cinq chariots et du matériel divers. Les HUE et les DIAS pour conduire les chevaux sont remplacés par des VOR et ZURUCK que les pauvres animaux ne comprennent pas. Le 21 septembre, c’est la Kolonne 15, régiment 22 de la VIIème armée qui s’installe dans le village, en particulier dans la belle maison de Monsieur LOCAR et à la gare. Pour la preumière fois flotte à NOIRCOURT, le drapeau germanique noir-blanc-rouge. Le pillage des réserves (conserves et caves) entretient les banquets bien arrosés des occupants. A leur départ, le lendemain, les enfants du village se précipitent à la gare pour ramasser les restes de leur passage, et bourrent leurs poches de … billets de chemin de fer, par les faits, gratuits, qui ne leur serviront guère plus tard. »

Le canon tonne toujours sur LAON et SISSONNE. Proclamation du « grand quartier général » (6). Rozoy-sur-Serre, novembre 1914.

Nous voici arrivés le 15 novembre. Les premières neiges tombent tout comme une proclamation par voie d’affiche où l’on peut lire : « L’Allemagne fait la guerre qui lui a été imposée par la diplomatie de la Triple Entente seulement et uniquement contre le force militaire de la France et de ses alliés. La population civile des régions occupées par nos troupes n’a rien à craindre tant qu’elle se conformera strictement aux lois de la guerre et à nos ordres. Margré nos différentes proclamations dans ce sens, quelques indigènes se sont laissés entraîner à commettre des actes répréhensibles au détriment des intérêts militaires. En agissant ainsi, ils se sont mis eux-mêmes en dehors des rangs de la population civile. Ils perdent en conséquence les avantages attachés aux personnes, ne se trouvant pas dans les armées ennemies. J’exhorte la population civile de nouveau à s’abstenir de tout acte d’hostilité contre nos troupes. Elle doit s’abstenir de même de tout appui donnés à nos ennemis militaires. Toute contravention sera réprimée d’après les lois de la guerre qui seront appliquées avec la dernière rigueur ». On verra plus loin dans quel état sera la population civile cinquante deux mois plus tard… Ma mère, quand à elle, est née à OHIS en juin 1913 et avait donc un peu plus de cinq ans à la fin de la guerre. Elle se souvient encore du goût détestable des choux-navets pourris, que son grand-père (son père, lui, était à Verdun et a eu la chance d’en revenir…) avait réussi à « chouraver » dans un silo de légumes installé en pleins champs à Wimy… C’était alors la seule chose qui avait échappé à la surveillance de l’occupant… En 1929, un monument était élevé à GUISE, à la gloire de l’armée Française et de LANREZAC, à la suite d’une souscription nationale.Mais aussi : vu du côté des Allemands.

La bataille de GUISE, Bataille de Saint-Quentin pour les Allemands, vue par le Général von Kuhl.

Le texte en Allemand, du Général von Kuhl a été édité au lendemain de la guerre, en 1920. La traduction française du Commandant Koeltz, est sortie en 1927, chez Payot. Ce texte propose une analyse comparative des théories en présence. Le sixième chapitre : « Les opérations allemandes jusqu’à la bataille de la Marne », qui comprend : « Les 2e et 3e armées les 25 et 26 août » ; continuation du mouvement vers le Sud-Ouest ; Envoi de deux corps d’armée sur le front oriental. L’obligation de céder une division à la 2ème armée pour l’attaque de Maubeuge amena le commandement de la 1ère armée à poser la question suivante à la Direction suprême : « la 2ème armée veut attaquer Maubeuge avec 3 divisions et demande une division de la 1ère armée. La 1ère armée est-elle encore subordonnée à la 2ème ? Le 27 au matin la Direction suprême répondit que la subordination de la 1ère armée à la 2ème etait levée. Maubeuge doit être investi uniquement par la 2ème armée ». Les opérations sur la Sambre et la Meuse avaient amené les 2ème et 3ème armées à marcher l’une vers l’autre presque à angle droit. Il était maintenant nécessaire de les redresser en direction nettement sud-ouest pour les empêcher de se pelotonner et pour garder le contact avec la 1ère armée qui exécutait un mouvement débordant pour envelopper l’ennemi. La 2ème armée qui se trouvait le 24 au soir à l’est de Maubeuge, face au sud, sur la ligne générale Beaumont-Florennes, poursuivit l’ennemi, les 25 et 26, en direction du sud-ouest et atteignit le 26 la ligne Aulnoye-Boulogne (sud d’Avesnes)-Ohain. Le 1er C. C. et la 14ème D. I. qui marchaient à l’aile droite (la 13ème D. I. était restée devant Maubeuge) reçurent l’ordre de prendre la direction d’Aulnoye-Le Cateau pour arriver sur les arrières des Anglais. La 3ème armée ne suivit pas tout à fait le mouvement de la 2ème, mais marcha dans une direction sud plus marquée ; elle se porta le 25 jusqu’aux environs de Mariembourg, le 26 jusqu’aux environs de Rocroi (sur la ligne Regnowez-Rocroi-les Mazures). Entre les 2ème et 3ème armées une brèche menaçait de s’ouvrir. Le siège de Maubeuge fut confié au général von Zwehl, qui disposa dans ce but du VIIe C. R. et de la 13ème D. I., mais cette dernière fut renvoyée par la suite à la 2ème armée et ne laissa devant Maubeuge qu’une brigade d’infanterie renforcée. Le 26 un ordre néfaste de la Direction suprême arriva aux 2ème et 3ème armées :  » En vue d’être transportés aussitôt que possible dans l’est, les éléments suivants seront mis en marche le 26 : éléments disponibles du corps de réserve de la Garde en deux colonnes, séparés par division d’infanterie, sur Aix-la-Chapelle ; éléments disponibles des divisions d’infanterie du XIe C. A. sur Malmédy-Saint-Vith. «Les effectifs de la 3e armée tombèrent de ce fait à deux corps d’armée et demi, quand à partir du 26 août la 24ème D. R. eut été détachée pour assiéger Givet.

Les journées des 27, 28 et 29 août

La 1ère armée prend la direction de Péronne. Contre-offensive Française contre la 2e armée à Saint-Quentin. Les 4e et 5e armées combatttent pour les passages de la Meuse.

Après la bataille du Cateau on n’était pas nettement fixé sur la direction de retraite des Anglais. Le 27 au, matin on avait bien des renseignements signalant la marche de fortes colonnes ennemies de Landrecies sur Guise (le ler C. A. Anglais suivit effectivement cette direction le 26) et la marche d’une colonne sur Saint-Quentin par Estrées (nord-ouest de Saint-Quentin) (le 2e C. A. Anglais suivit effectivement cette route les 26/27). D’après des déclarations de prisonniers parvenues le 28, French était resté à Noyon jusqu’au 27. Il y aurait eu dans cette ville de 4.000 à 6.000 hommes et des forces plus importantes à Saint-Quentin. Il était possible cependant, d’après l’ensemble de la situation, que les Anglais prissent une direction sud-ouest plus accentuée afin de ne pas se laisser couper des ponts. Pour ce motif et pour continuer le mouvement enveloppant de l’aile droite de l’armée en direction du sud-ouest, mouvement interrompu par la bataille de Namur, la 1ère armée prit le 27 la direction de Péronne.

La Bataille de Guise

Le IXe C. A., retenu devant Maubeuge, fut rameuté à l’aile gauche par de fortes marches. L’aile droite (IIe C. A. et 2e C. C.) reçut pour mission de marcher par Combles et d’empêcher l’ennemi de s’échapper au nord de la Somme en aval de Péronne. L’armée atteignit le 27 au soir la ligne Combles-Joncourt (au nord de Saint-Quentin) et s’empara le 28 de la coupure de la Somme depuis Bray jusqu’au nord de Nesle. Le Q. G. de l’armée se rendit à Villers-Faucon. Le 29 la 1re armée s’avança jusqu’à la ligne Villers Bretonneux-Chaulnes-Nesle. Au cours de ces journées les forces françaises qui avaient été jusqu’alors peu nombreuses et de faible valeur, se renforcèrent d’une façon visible dans le flanc droit de l’armée. Les 27 et 28 des rencontres avaient eu lieu dans la région de Combles avec la 3e D. C., les 6le et 62e D. R. et une division territoriale françaises au cours desquelles les Français avaient été battus. Le 29 le IIe C. A. se heurta à Proyart à de forts éléments du 7e C. A. français ainsiqu’à des bataillons de chasseurs alpins de réserve qui furent complètement battus et refoulés au delà de Villers-Bretonneux. D’autres rencontres eurent lieu également au sud de Chaulnes. Nous eûmes l’impression que l’ennemi jetait toutes ses troupes encore disponibles au-devant de la 1re armée pour arrêter son avance. Nous avions jusqu’alors identifié au total : les 61e et 62e D. R. qui s’étaient repliées, semblait-il, d’Arras sur Péronne pour nous devancer sur la Somme ; en outre, comme auparavant, les 81e, 82e, 84e et 88e D. T., le corps de cavalerie Sordet (1re, 3e et 5e D. C.), un certain nombre de bataillons de réserve de chasseurs alpins, qui d’après des déclarations de prisonniers avaient été débarqués à Amiens ; la 14e D. I. du 7e C. A. rameutée de Mulhouse sur Amiens par Paris, débarquée le 27 et poussée sur Proyart.

La Bataille de Guise

Des débarquements de troupes semblaient avoir eu lieu le 29 à Amiens, Moreuil et plus au sud. Roye était signalé comme occupé par l’ennemi. D’après des ordres tombés en nos mains ces troupes formaient le détachement d’armée d’Amade, qui, ainsi renforcé, avait pour mission de couvrir le flanc gauche des Anglais. Le 2e C. C. reçut en conséquence l’ordre de se porter sur Montdidier et d’éclairer en direction d’Amiens, de Paris et de l’Oise ; pour couvrir le flanc et les communications de l’armée le IVe C. R. fut envoyé vers la région de Combles. Il se porta sur Albert et refoula de faibles forces ennemies. Comme il ne disposait d’aucune aviation et n’avait pour le moment que trois escadrons, les trois autres étant employés ailleurs, l’exploration sur le flanc ne put être qu’insuffisante. Il aurait été indiqué de laisser une division du 2e C. C. à l’aile droite. L’état-major de la 1re armée se rendit le 29 au matin à Péronne. Des fractions importantes des unités françaises citées avaient déjà été sérieusement battues. L’intention du commandement de la 1re armée était de disperser tout d’abord complètement « le groupement français en voie de rassemblement « avant qu’il n’eût reçu de nouveaux renforts. Mais il lui fallait ensuite prendre une décision sur les opérations ultérieures. Les Anglais paraissaient s’être repliés en direction du sud et du sud-ouest. La 1re armée ne pouvait donc continuer dans la direction fortement sud-ouest qu’elle avait suivie jusqu’alors, car elle pouvait en être disloquée. C’étaient les opérations générales contre les Français qui devaient maintenant passer au premier plan. Nous admettions que ceux-ci étaient en retraite vers une position située derrière l’Aisne et s’étendant par Reims-Laon-La Fère vers la Somme. Cette position devait être enveloppée. Un officier de l’état-major avait été envoyé en conséquence le 28 après-midi à la 2e armée pour lui proposer de converser vers l’Oise, l’aile droite de la 2e armée marchant sur Compiègne-Noyon, en s’échelonnant fortement à droite face de Paris, la cavalerie d’armée se portant en partie sur Paris, en partie sur Soissons. De ce fait les Anglais seraient en même temps coupés de la façon la plus efficace. L’officier communiqua à cette occasion à la 2e armée que selon l’opinion du commandement de la 1re armée les fortifications de Laon-La Fère et Fourdrain étaient déclassées, de faible valeur, sans puissance offensive et vraisemblablement désarmées. Le moment était-il venu pour la 1ère armée de converser à gauche ? Seule la Direction suprême pouvait l’apprécier et le prescrire. En tout cas la 1re armée ne pouvait pas conserver la direction Amiens-Roye qu’elle suivait à ce moment-là. On pouvait déjà se rendre compte que ses forces ne seraient pas suffisantes pour un mouvement débordant aussi large. Mais on ne pouvait pas non plus songer à exécuter vers l’Oise une conversion aussi forte que celle que proposait la 1re armée. Si les Anglais se repliaient effectivement par Saint Quentin, approximativement sur Chauny-Noyon, il fallait admettre que les Français, se liant à eux, infléchiraient l’aile gauche de leur position de la région La Fère-Laon sur Compiègne par Chauny ou qu’ils continueraient leur retraite. Dans les deux cas il n’était pas encore indiqué pour nous de converser vers l’Oise. Si les éléments d’armée français nouvellement apparus sur la Somme étaient dispersés, il aurait été préférable pour cette raison de marcher tout d’abord en direction générale de Montdidier- Noyon par Roye. Les mesures à prendre ultérieurement devaient être réservées.

La 1ère armée reçut cependant le 28 au soir du Q. G. G. des directives explicites qui lui donnaient une tout autre direction ; le 29 au soir également elle reçut à Péronne le radiogramme suivant de la 2e armée : « 2e armée engagée sur la ligne Essigny le Grand-Mont d’Origny-Voulpaix-Haution (donc de la région sud de Saint-Quentin à la région de Vervins) dans un dur combat avec des forces qui semblent supérieures. Il est instamment désirable que des éléments de la 1re armée l’appuient de bonne heure en direction d’Essigny « Peu après arriva un officier de l’état-major de la 2e armée qui déclara que le combat de son armée était particulièrement dur et que l’aide du IXe C. A. en direction de Mont d’Origny était instamment nécessaire; il ajouta que le IXe C. A. était déjà informé. La bataille de Namur n’avait donc pas encore amené la décision : l’ennemi attaquait à nouveau.

Le 27, la 2e armée avait continué sa marche en direction du sud-ouest, son aile droite passant par Landrecies et avait atteint la région Saint Soupplet sud de La Capelle. Elle voulait y rester le 28 pour attendre l’arrivée de la 3e armée qui menaçait de perdre toute liaison avec elle.

La 3e armée était parvenue le 26 jusqu’à la région de Rocroi, le 27 jusqu’à Girondelle-l’Échelle-Lonny. Au cours de la journée du 27 la 4e armée, dont l’aile droite combattait au sud de Sedan, l’aile gauche à Stenay, et ne progressait pas, lui demanda instamment son appui. Le colonel-général baron von Hausen voulut alors se porter encore le 27 sur Signy l’Abbaye-Thin le Moutier pour soutenir l’aile droite de la 4e armée, en passant à l’ouest et près de Mézières; il demanda de son côté à la 2e armée de couvrir ses derrières. Celle-ci dut refuser. Comme la 1re armée voulait se porter le 28 sur Nesle avec son aile droite, la manouvre de l’ensemble des armées risquait de se disloquer. La 2e armée se trouvait effectivement dans une situation difficile. Sa conduite ne fut pas « personnelle et déterminée surtout par des intérêts particuliers «, comme le pense le général baron von Hausen (ouv. cit., page 150).

Le colonel-général von Bülow décida en conséquence de laisser le 28 son aile gauche (Xe C. A. et Garde) à Guise et à l’est, face à l’Oise dont la rive sud était encore occupée par l’ennemi, mais de pousser son aile droite sur Saint-Quentin pour ne par, perdre tout au moins la liaison avec la 1re armée. C’était là évidemment un étirage peu indiqué de la 2e armée. C’est pourquoi lorsque la 3e armée fit connaître au cours de la journée du 28 que par ordre de la Direction suprême elle n’obliquait pas en direction du sud-est, mais marcherait en direction du sud-ouest, l’aile gauche de la 2e armée (Xe C. A. et Garde) reçut l’ordre de franchir l’Oise. Les forces ennemies établies au sud de la rivière ne semblaient être que peu importantes. On reçut cependant dans la soirée un renseignement disant que l’on combattait encore pour les passages de la rivière. On estima que c’étaient des combats d’arrière-gardes. L’armée décida par suite de se préparer le 29 à l’attaque de La Fère.

La Bataille de Guise

Mais le 29 elle fut attaquée par une puissante contre-offensive française en direction de Saint-Quentin. La 3e armée avait reçu effectivement de la Direction suprême l’ordre que nous avons cité lui prescrivant «de continuer son mouvement en direction générale du sud-ouest «. Le colonel-général von Hausen avait par suite renoncé le 27 à continuer, comme il l’avait projeté, à marcher, en direction de Signy l’Abbaye et de Thin le Moutier ; mais il se décida néanmoins le 28, sur un nouveau cri d’appel de la 4e armée, à obliquer sur Vendresse-Louvergny, lorsqu’un nouvel ennemi surgit en face de lui à Moncornet-Rethel. La conversion à gauche fut remise jusqu’à ce que la situation fut éclaircie. Ce résultat obtenu, la marche sur Vendresse fut entamée le 29 à midi, lorsqu’à 4 heures du soir la 3e armée reçut, elle aussi, une communication de la 2e armée disant qu’elle était engagée dans un violent combat sur la ligne Guise- Etréaupont et qu’elle demandait l’intervention de la 3e armée en direction de Vervins. Le commandement de la 3e armée ne pouvait pas changer encore une fois ses dispositions ; il maintint s a décision de soutenir la 4e armée, lorsque celle-ci lui fit savoir, le 29 au soir, que l’ennemi qu’elle avait en face d’elle avait commencé à battre en retraite par Vendresse- Sauville. La 3e armée se porta alors le 30 sur Château Porcien-Rethel-Attigny pour attaquer l’ennemi en retraite et, dans la soirée, se trouva engagée sur cette ligne. Une critique a posteriori conclura de ce qui précède que la 3ème armée aurait aussi bien soutenu la 2e armée dans la bataille de Saint-Quentin-Guise que la 4e armée dans ses combats pour les passages de la Meuse si elle n’avait conversé ni à droite ni à gauche et avait continué à marcher carrément en direction du sud-ouest. C’est là ce que le comte Schlieffen avait enseigné de faire en pareil cas. Mais la 3e armée ne pouvait pas embrasser l’ensemble de la situation, on ne peut donc lui faire aucun reproche. C’est la direction supérieure qui en cette occasion a fait défaut. Après la victoire de Neufchâteau (22 et 23 août) la 4e armée avait pris la direction de Sedan-Stenay, mais elle se heurta sur la Meuse à une énergique résistance. L’ennemi exécuta des contre-offensives violentes. Du 26 au 29 la 4e armée livra de durs combats pour franchir la Meuse, mais elle réussit ensuite à forcer le passage entre Sedan et Stenay.

La Bataille de Guise

Devant la 5e armée l’ennemi s’était repliée sur la Meuse après la bataille de Longwy-Longuyon et la bataille de la coupure de l’Othain (22-27 août). Après que le repos dont elle avait besoin lui eut été accordé, l’armée se mit en marche vers la Meuse en direction de Dun. Soit aile gauche fut repliée sur Consenvoye-Azannes pour assurer la couverture face à Verdun. La réserve principale de Metz investit le front est de la place. La 5ème armée eut, elle aussi, à livrer de durs combats dans la région de Dun pour passer la Meuse avant que l’ennemi se repliât lentement.

(1) Mémoires de Poincaré. (2) Publié dans le journal «La voix du Nord». (3) Journal «Le pays de France» N° 15 du 28 Janvier 1915. (4) Journal «Le pays de France» N° 46 du 2 Septembre 1915. (5) Journal «Le pays de France» N° 16 du 4 Février 1915. (6) Le Pays Rostand occupé, publication du Collège « Le Ruisseau » de Montcornet. (7) Nous sommes en 1914, et à cette époque, il ne s’agit pas encore de l’heure d’été, qui possède un décalage de deux heures avec le soleil ! De nos jours, cela ferait 20h30 !

JMG