Il faut regarder une carte avant de lire l’histoire.

La Capelle occupe le centre d’une vaste plaine peu accidentée. Pas de falaise, pas de promontoire, aucun de ces accidents de terrain sur lesquels on adosse une forteresse. Le sol est limon argilo-sablonneux sur craie blanche — une géologie fertile, retenant l’humidité en profondeur, capable de nourrir aussi bien la grande forêt que le pré gras. Et à 174 mètres au bas de la commune, 231 au plus haut, La Capelle domine. Pas par son relief propre — par celui des autres.

Montez vers le nord : Avesnes-sur-Helpe disparaît dans sa vallée entre 143 et 188 mètres, encaissée entre les méandres de la Helpe Majeure. Descendez vers le sud : Vervins est perchée sur son éperon, entre 120 et 208 mètres, au-dessus des gorges du Chertemps. Partez vers l’est : Hirson s’étire dans ses collines boisées, morcelée, découpée, emmêlée dans ses vallées de l’Oise et du Gland. Regardez vers l’ouest : Guise s’est creusée dans la vallée de l’Oise, place forte et ville ducale, à l’abri de ses méandres.

La Capelle n’est donc pas un sommet. Elle est une table — une surface plane élevée qui domine ses voisines non par l’escarpement mais par son étendue et sa position centrale. Là où Vervins surveille par un à-pic, La Capelle contrôle par son emprise. Ce n’est pas une vigie. C’est un verrou.

La lisibilité de ce plateau, ce sont les moines qui l’ont construite.

Le sol seul ne dit rien au regard — c’est l’usage que les hommes en ont fait qui le révèle.

Au IVe siècle, le terroir de La Capelle n’était, dit Melleville, « qu’un désert couvert de bois ». Ce sol portait une forêt dense — le même type de géologie qui alimente aujourd’hui les massifs de Compiègne ou de Saint-Gobain.

Puis les abbayes sont arrivées. Clairfontaine, fondée en 1124 par des clercs en quête de retraite — ils la trouvent dans la forêt, et la transforment. Foigny, cistercienne, dont l’église mesurait quatre cents pieds de long : un enclos immense, six ponts de pierre, des forges, et, vers 1222, cent moines et deux cents frères convers. À son apogée, au XIVe siècle, l’abbaye mettait en valeur cent soixante-dix charrues de terres. Sur deux ou trois siècles, ils ont défriché, drainé, mis en culture, exploité et négocié le bois. Transformé la forêt en territoire agricole organisé.

Si les abbayes de Foigny et Clairfontaine ont aujourd’hui entièrement disparu, leur mémoire subsiste dans un hameau ou un village. Une troisième, Montreuil, toute proche de La Capelle, n’a même pas laissé de lieu-dit.

En 1533, le plateau que découvre François Ier est déjà ouvert : les moines ont fait le travail.

Le bocage de Thiérache — ce lacis d’aubépines et de chemins creux qui structure encore le paysage — est une conquête monastique, pas un état naturel. C’est l’homme qui a rendu ce site lisible. Et lisible depuis combien de temps ?

La topographie, elle, offre une certitude sans condition : la route.

La voie romaine Reims–Bavay traverse La Capelle depuis la haute Antiquité. Elle suit la ligne de partage des eaux entre le bassin de l’Oise au sud et celui de la Sambre au nord — ce fil de crête imperceptible qui est aussi, depuis toujours, l’axe préférentiel des armées en marche. Melleville l’inscrit deux fois dans son dictionnaire : Reims, Neufchâtel, Nizy-le-Comte, Montcornet, Chaourse, Vervins, Étréaupont, La Capelle, Larouillies — et l’on pénètre dans le Nord.

La Capelle est traversée. Avesnes, au fond de sa vallée, est contournée. La distinction est capitale : d’un côté une ville qui dicte le passage, de l’autre une ville qui borde une rivière. La route choisit La Capelle parce que la géographie lui en laisse peu d’autres.

Qui tient La Capelle tient le passage vers Guise à l’ouest et vers Avesnes au nord. La place n’a pas besoin d’être imprenable pour être stratégique — elle a besoin d’être là, précisément là, sur le seul fil conducteur que la géographie offre entre la Champagne et le Hainaut.

Du ruissellement de ce plateau naît le Lerzy — un cours d’eau de moins de onze kilomètres, qui prend sa source au nord-est de la commune et descend vers l’Oise via Lerzy et Sorbais. Il longe le flanc sud-ouest de l’ancienne place forte — un tracé que confirme le plan Louis XIII conservé à Vincennes. Il suffit, et c’est tout ce qu’on lui demande.

Avant le fort

Il y avait quelque chose, avant.

La légende dit une femme. Grimonie, irlandaise — fille d’un chef qui voulait la marier de force, cherche une solitude dans les forêts de Thiérache. Le lieu s’appelait alors Dutonum — son nom gallo-romain. Les émissaires de son père la retrouvent. Elle refuse de partir. Ils la décapitent. Les fidèles du voisinage élèvent un petit oratoire sur sa tombe — une capelle — et quelques habitations s’établissent autour.

Là où légende et histoire se rejoignent, elles disent la même chose : avant la route, avant la forteresse, avant les seigneurs, il y a eu un lieu de mémoire. Un endroit où l’on revenait. Le nom de La Capelle vient de là — de cette chapelle, pas du fort royal qui viendra des siècles plus tard. Quinze siècles plus tard, une église porte encore son nom au même endroit.

Les archives médiévales, elles, dépassent largement la légende.

En 1189, l’un des titres de Jacques Ier d’Avesnes, chevalier de la troisième croisade, énumère parmi ses seigneuries Avesnes, Condé, Guise, Landrecies, Hirson — et La Chapelle, nom médiéval de La Capelle. Il y ajoute Noirmer et Bugny. Noirmer, seigneurie attestée par ce titre mais absente des cartes anciennes consultées, a disparu sans laisser de trace toponymique. Bugny figure sur les cartes sous les formes Haut-Bugny et Bas-Bugny, à l’ouest de La Flamengrie, sans que nos sources précisent son statut exact. La Capelle est dans le patrimoine d’une des grandes maisons du nord de la France depuis au moins la fin du XIIe siècle.

En 1233, Melleville identifie Fastrède d’Avesnes comme seigneur de La Capelle — frère de Jacques, sire d’Avesnes, dont le fils Jacquemont deviendra évêque de Tournai. Cinq ans plus tard, en 1238, l’accord passé entre l’abbaye de Saint-Denis et Fastrède est encore plus éloquent : il reconnaît que La Capelle doit être administrée « suivant leurs lois par des mayeurs et des échevins. »

Des mayeurs. Des échevins. Une organisation communale, des institutions, une vie juridique. La Capelle médiévale est une commune structurée, pas un rassemblement de huttes autour d’une chapelle.

Et en 1430, Roland de La Capelle est recteur de l’université de Paris — un Capellois au sommet de l’institution intellectuelle du royaume ; la preuve vivante qu’un tissu social suffisamment dense existait ici pour former des hommes capables de s’élever loin.

Puis viennent les guerres du XVe siècle. La Thiérache est dévastée, les abbayes ruinées, les campagnes décimées. Ce sont ces décennies qui transforment la commune médiévale en ce que Melleville résumera en deux mots : « chétive bourgade » — pas une origine humble, mais un déclin brutal.

Quand François Ier pose son regard sur ce plateau en 1533, il ne voit pas un lieu vierge. Il voit les ruines d’une commune qui a eu ses seigneurs, ses institutions, son recteur d’université. Et il voit la route de Reims à Bavay, héritée de la haute Antiquité. Pour un roi qui cherche un verrou, c’est suffisant.

La décision

Après la cuisante défaite de Pavie, il faut imaginer le roi de France de retour de Madrid.

Janvier 1526. Prisonnier de Charles Quint depuis Pavie, François Ier signe au fond de sa geôle le traité de Madrid. Il y cède tout — la Bourgogne, l’Artois, ses prétentions italiennes. Au printemps, humilié et déjà revanchard, il franchit la frontière. De retour en son royaume, il se parjure aussitôt : le traité était nul, dit-il, arraché sous la contrainte.

Les guerres reprennent. Elles ne s’arrêteront vraiment qu’à la paix du Cateau-Cambrésis en 1559 — François Ier et Charles Quint étaient morts l’un et l’autre.

Pavie n’a pas créé le danger : elle a mis au jour une faiblesse. François Ier venait de la payer de sa liberté. Le point faible du royaume était au nord — les Pays-Bas, que les Habsbourg tiennent depuis 1477, pèsent directement sur la frontière. Avesnes, Landrecies, Le Quesnoy sont des villes impériales à moins d’une journée de marche. La route vers Paris est ouverte.

Entre ces villes et Paris, presque rien : des places médiévales inadaptées à l’artillerie, des villes ouvertes, des campagnes sans défense. La route de Reims à Bavay — celle que nous connaissons — est le couloir d’invasion naturel.

Sur ce plateau de Thiérache que les moines ont défriché, que la route traverse depuis la haute Antiquité, François Ier décide d’y ancrer une forteresse.

L’ingénieur qui pose son compas sur le plateau s’appelle Antonio da Castello, natif de Città di Castello en Ombrie. Un Italien, comme la plupart des grands techniciens de la fortification travaillant pour François Ier — la science des bastions vient de là-bas. Entre 1533 et 1537, il dessine et construit le fort carré qui va faire de ce bourg décimé une place de guerre.

Les chantiers ne s’arrêtent pas là. En 1539, les murailles de l’enclos de l’abbaye de Foigny sont abattues — non l’abbaye, bien du clergé qu’on ne touche pas, mais sa seule clôture. Melleville est précis : « l’abbaye de Foigny vit abattre les murailles de son enclos pour servir à construire les fortifications de La Capelle. » Les pierres de l’enclos des moines passent ainsi dans les ouvrages du roi.

La réponse habsbourgeoise ne se fait pas attendre. En 1545, Charles Quint fait bâtir Philippeville en Wallonie — une place neuve, ex nihilo elle aussi, portant le nom de l’héritier de l’empire. La frontière de Thiérache devient un échiquier où chaque case compte, où chaque forteresse répond à une autre.

Entre ces deux hommes et leurs ingénieurs, La Capelle n’est pas seulement un ouvrage militaire — c’est une déclaration adressée à l’Empire. Le plateau que les moines ont ouvert, que la route traverse, que les d’Avesnes ont tenu — devient le premier mot d’une réponse que la France mettra cent vingt-six ans à achever.

Le fort carré

Castello pose sur le plateau un objet géométrique pur.

Plan de La Capelle, Atlas L. XIII

Vincennes, Bibliothèque du Génie, Plan de La Capelle, Atlas L. XIII, France, TomeI f°39

Aucun héritage médiéval à ménager, aucun escarpement à contourner, aucun tissu urbain à respecter. Un quadrilatère bastionné — quatre bastions à orillons aux angles, trois demi-lunes en avant des courtines les plus exposées, des fossés larges, une enceinte intérieure. La géométrie d’abord, le terrain ensuite.

Le plan carré de La Capelle a un pendant immédiat : Doullens, sur la Somme, construit dans les mêmes années par le même programme royal. Doullens est encore debout dans son grès rose — elle permet aujourd’hui de se représenter concrètement ce que La Capelle était.

Le bastion le plus exposé regarde le nord — vers les Pays-Bas espagnols. La place ne se retourne pas vers l’intérieur du royaume : elle fait front à l’ennemi.

À l’intérieur : un logis de gouverneur, un grand magasin aux vivres et aux poudres, une chapelle — l’héritière directe de l’oratoire de Grimonie, absorbée par le fort mais non effacée. Le plan Louis XIII conservé à Vincennes désigne cet espace avec la sécheresse d’un géomètre.

La place comprend deux enceintes distinctes : la citadelle, avec le fort carré de Castello — et le bourg fortifié qui s’est développé à l’est, hors les murs, avec ses propres défenses. Cette distinction aura des conséquences directes en 1637 : les assiégeants français devront investir les deux ouvrages séparément.

Le premier portrait connu est le plan de Turin de 1557, conservé à l’Archivio di Stato. Le dernier sera dû, un siècle plus tard, à Sébastien de Pontault de Beaulieu, ingénieur géographe du roi — le dernier d’une forteresse encore debout.

La Capelle n’est pas Guise. Guise, c’est dix-sept hectares, un château dynastique millénaire, une ville qui s’est fortifiée. La Capelle était un village. Une fortification en a fait une ville.

Autour du fort, et avant lui, une ville existait. Les marchés du mardi et du vendredi, le marché-franc du premier mardi de chaque mois — Melleville les atteste. La léproserie, dont les revenus s’élèvent à 700 livres en 1648, atteste une communauté déjà ancienne. La halle au blé, la grande route vers Paris qui passe devant la porte — tout cela préexiste à Castello.

Mais c’est le fort qui donne à La Capelle sa dimension. Des soldats à nourrir, à équiper, à loger. Des chevaux à ferrer, des armes à réparer, des tonneaux à remplir, des sentinelles à relever. La garnison génère une demande que le bourg s’empresse de satisfaire. Aubergistes, charrons, marchands, artisans — la ville vit de la forteresse autant que la forteresse vit de la ville.

Le silence des archives est lui-même parlant. L’économie de La Capelle ne produit pas de documents complexes — pas de livre de comptes de grands négociants, pas de registres de corporation textile, pas de traces d’un commerce qui s’affranchirait de la garnison. C’est différent d’Avesnes, distante d’une douzaine de kilomètres au nord, dont Mossay documente les ramifications dans le commerce des draps d’Anvers, le niveau de vie plus élevé, la démographie double. À Avesnes, le commerce fait vivre la cité ; à La Capelle, c’est la forteresse qui en assure l’existence même.

On comptait 880 habitants en 1760. 1 150 en 1793. La croissance y est lente, sans choc, sans effondrement — même après le démantèlement de la forteresse en 1674. Quand les soldats sont partis, la route est restée. Et la route suffisait.

La Gazette de France, en septembre 1637, laisse échapper une phrase des paysans thiérachiens qui dit tout ce que la garnison leur coûtait au quotidien : « les paysans se trouvant assez satisfaits d’avoir ces épines ôtées hors du pied. » Les épines. Pas les protecteurs.

Gravure de Goerters, siège de 1594, KBR Bruxelles

Gravure de Goerters, siège de 1594, KBR Bruxelles

Premières alternances espagnoles (1557–1598)

Ce n’est pas la première fois que des soldats ennemis s’arrêtent devant La Capelle.

En 1557, l’offensive habsbourgeoise d’Emmanuel-Philibert de Savoie fond sur la Picardie — Charles Quint a abdiqué l’année précédente, et c’est désormais Philippe II qui pèse sur la frontière. L’objectif est Saint-Quentin, verrou sur la Somme, où l’armée française sera écrasée le 10 août. La Capelle n’est que sur le chemin : on ne passe pas devant une place frontière sans la neutraliser. Le bourg est incendié. Pas un siège, pas une reddition — une destruction rapide, presque incidente, par une armée qui a autre chose en tête.

En 1594, c’est un siège en règle. Peter Ernst von Mansfeld, gouverneur des Pays-Bas espagnols, se présente avec onze mille hommes et douze pièces de canon. Quatorze jours de tranchées. La place capitule. Un graveur flamand, Goerters, représente la scène — la vue est conservée à la Bibliothèque royale de Bruxelles. Quatre ans plus tard, le traité de Vervins rend La Capelle à la France.

Deux précédents en quarante ans, de nature différente : en 1557 le bourg brûle au passage, en 1594 la place tombe après un siège en règle — puis revient à la France par le traité de Vervins. La leçon est la même : La Capelle n’a jamais prétendu être imprenable. Elle est conçue pour retarder, pas pour résister indéfiniment. Et ce que le canon lui prend, la France le récupère à la table des traités.

Une famille, une forteresse

Gouverner La Capelle n’est pas une sinécure.

La place relève directement de Paris — gouvernement militaire particulier, sans intermédiaire régional, source permanente de friction avec les pouvoirs locaux. Elle va mettre à l’épreuve trois générations d’une même famille normande. La lignée commence avec Pierre du Bec, seigneur de Vardes (né vers 1520), premier de la famille à gouverner la place.

René Ier du Bec de Vardes tient la gouvernance sous Henri IV et Louis XIII, après avoir exercé le même poste à Gournay. Son titre complet dit l’homme : « haut et puissant seigneur, baron de La Bosse, conseiller d’État, capitaine de cinquante hommes d’armes, chevalier des ordres du roi, gouverneur de La Capelle-en-Thiérache. » Un homme de cour autant qu’un homme de guerre.

Le 25 février 1618, il épouse Isabeau de Coucy, dame de la ville et châtellenie de Vervins. Il devient ainsi, par le droit coutumier, seigneur de Vervins — la ville voisine que son gouvernement est censé court-circuiter. La contradiction est inscrite dans un contrat notarial. Elle ne soulèvera aucune difficulté de son vivant. René Ier meurt à Paris en décembre 1633. Son cœur est ramené à Vervins.

Ce sont ses fils qui vont transformer l’ambiguïté en tempête.

Juillet 1631. La cour est à Compiègne. Marie de Médicis, reine mère de France, exilée par son propre fils depuis la Journée des Dupes, a mûri un projet depuis des semaines : gagner La Capelle, s’y enfermer, appeler les Espagnols à son secours. Le jeune gouverneur, René II du Bec, lui a secrètement promis l’ouverture des portes.

Richelieu a ses espions. Il sait.

Plan de La Capelle, Nicolas Tassin, 1634

Plan de La Capelle, Nicolas Tassin, 1634

Le 17 juillet, un courrier à cheval quitte Compiègne au galop en direction de la Normandie. Dans sa sacoche, une lettre du cardinal pour René Ier du Bec de Vardes, retraité dans son manoir de Vardes, à quarante lieues de La Capelle. L’homme a passé soixante ans. Mais Richelieu lui fait confiance — lui seul peut encore arrêter l’affaire.

Le courrier arrive. René Ier lit. Il n’hésite pas.

Il fait seller ses chevaux, rassemble quelques domestiques fidèles, et part. Quarante lieues à couvrir, la reine à battre de vitesse. Il avait un avantage sur elle : il voyageait à cheval.

Marie de Médicis voyageait dans un lourd carrosse de velours noirs brodé d’argent. Et la reine y était assise à contresens, le dos dans la direction de la marche. Depuis qu’Henri IV avait été assassiné dans le fond de sa voiture, elle n’avait jamais pu se résoudre à regarder la route en face.

Celle qui fut au sommet du royaume était accompagnée d’une simple escorte — ses deux femmes de chambre, son chirurgien et deux cavaliers. Elle part le 18 juillet au soir, prend furtivement la route des Pays-Bas, traverse la Picardie. Trente lieues depuis Compiègne. « Sans boire ni manger », note Mossay — comme si la reine avait compris qu’il n’y avait pas de temps à perdre.

René Ier arrive le premier.

Ce qui se passe dans la forteresse tient en une liste : il chasse son fils, sa belle-fille, leurs domestiques, « et tous ceux qu’il trouva suspects. » La place est mise sur pied de guerre. Les portes se ferment. Le chemin de Larouillies qu’elle a emprunté portera longtemps, dans la mémoire locale, le nom de Chemin de la Reine.

Le 19 juillet au soir, après cette course sans s’arrêter, Marie de Médicis arrive « exténuée » à Étrœungt, sous la protection des autorités espagnoles. Elle était passée par La Capelle.

Du haut d’un bastion, René Ier surveille. Le lourd carrosse traverse lentement la rue principale. À l’intérieur, une femme de cinquante-six ans, ancienne régente de France, mère du roi régnant, en fuite dans son propre royaume. René Ier la reconnaît. À ses cheveux blancs, écrira-t-il au secrétaire des commandements du roi.

Il ne tire pas. Il la laisse passer.

À Avesnes, elle est reçue en reine — fanfares, salves d’artillerie, acclamations. Rubens vient en ambassadeur. Van Dyck peint son portrait. Elle écrit au roi pour lui expliquer ses raisons.

Elle ne reverra jamais la France. Elle mourra à Cologne en 1642, « dans la misère. »

Dans la nuit du 8 octobre 1634, une troupe de cavaliers arrive devant les retranchements. Le gouverneur — désormais Claude du Bec, son frère — ordonne le tir sur tout intrus. L’homme qui se présente est Gaston d’Orléans, frère du roi, qui rentre de Bruxelles. Gaston monte au péril de sa vie sur le bord du fossé et réussit à se faire reconnaître grâce à un beau clair de lune. La forteresse s’ouvre. Le frère du roi entre.

La Capelle venait de prouver dans les deux sens ce que signifiait être la « porte de la France. »

Sept jours

La Capelle n’est pas passive dans les mois qui précèdent.

En septembre 1635, une garnison française sortie du fort surprend deux compagnies de chevau-légers espagnols qui tentent de forcer l’abbaye de Clairfontaine : vingt-deux tués, vingt-cinq prisonniers. La place mord, elle harcèle, elle tient son rôle de poste avancé agressif. C’est peut-être ce qui fait d’elle une cible prioritaire pour le Cardinal-Infant Fernando de Austria, gouverneur des Pays-Bas espagnols, qui commande l’offensive de l’été 1636.

Le 3 juillet 1636, les forces espagnoles investissent la place.

Claude du Bec fait face à une situation qui se dégrade rapidement de l’intérieur. Ses soldats n’ont pas été payés depuis des semaines — ils menacent de se révolter. L’artillerie espagnole a incendié les magasins à vivres et détruit un bastion. La place n’est pas seulement assiégée — elle se désintègre sous la pression avant même l’assaut général.

Claude du Bec avait promis de tenir six semaines. Il tient sept jours.

La capitulation est signée le 10 juillet 1636. Les termes sont honorables : le gouverneur et sa garnison se retirent librement, armes et bagages, vers Saint-Quentin — ville française — escortés par des cavaliers espagnols. Les Espagnols entrent dans une place qu’ils n’ont pas eu à prendre d’assaut. Pour Louis XIII, c’est une humiliation.

La version qui disculpe le gouverneur — soldats impayés, place qui se désintègre — est celle qu’il a lui-même soutenue. La Gazette, voix du roi, en donne une tout autre : pas de brèche, un bastion peut-être livré par son ingénieur lorrain, une révolte que du Bec aurait mise en scène pour justifier sa reddition. Trois cent quarante-six folios du procès, conservés à La Courneuve, attendent encore le chercheur qui les départagera.

L’abbaye de Clairfontaine, fondée en 1124 dans la forêt voisine, est entièrement détruite pendant le siège. La guerre ne frappe pas que les bastions.

La réaction royale est foudroyante. Louis XIII préside lui-même le conseil de guerre qui condamne Claude du Bec à l’écartèlement, en effigie — il a fui, prévenu à temps par sa sœur Renée, dame d’honneur de la reine. Il trouvera refuge à Sedan, servira en Allemagne, sera réhabilité en 1643.

La brèche est double : Le Catelet tombe dans les mêmes jours. La route de Paris est ouverte. La panique gagne la capitale.

Dom Marcos de Lima, noble portugais au service de l’Espagne et nouveau gouverneur de la place, prend possession du fort. La porte de la France est désormais dans d’autres mains.

La Capelle espagnole

Dom Marcos de Lima ne se contente pas de tenir la place. Il la renforce — la citadelle est « grandement fortifiée, pour en faire une place de retraite », dit la Gazette. La Capelle doit devenir le pivot du dispositif espagnol en Thiérache.

Les premiers mois sont agressifs. La garnison sort, harcèle, réquisitionne. Les villages autour livrent du grain, des fourrages, des corvées.

L’étau se resserre

Le 15 janvier 1637, trois compagnies de la garnison espagnole sortent au fourrage. Deux cents chevau-légers du marquis de Praslin, venus de Guise, les attendent en embuscade à La Flamengrie. Quarante tués, cinquante chevaux capturés ; les survivants se jettent dans le fort du grand Flojon (Floyon), fortin espagnol qui couvrait les convois vers La Capelle.

Dans la nuit du 20 au 21 janvier, La Capelle tire simultanément avec Landrecies et Avesnes — canonnade nocturne coordonnée, signal ou démonstration, dont le sens précis reste dans le silence des archives.

Au fil des mois, la garnison perd sa mobilité. Le comte de Quinse, gouverneur de Guise, brûle la compagnie de chevaux-légers espagnols en garnison dans la place. La Capelle « s’était vantée de l’empêcher » — elle n’ose plus sortir.

En août, la forteresse tire encore un coup de canon sur le Grand Maître de l’Artillerie qui passe à portée — « il le couvrit tout de terre », note la Gazette. Un sursaut d’orgueil. Un dernier réflexe.

Ottavio Piccolomini, lieutenant-général de la cavalerie espagnole, rôde dans le secteur avec ses mille deux cents cuirassiers — de la cavalerie, impuissante à donner l’assaut aux tranchées françaises. La garnison attend un secours qui ne peut pas venir. À Avesnes, le Cardinal-Infant a fait ses calculs : livrer bataille avec une armée épuisée pour sauver une place déjà condamnée n’est pas une option. La Capelle est sacrifiée.

La peste, elle, est entrée depuis longtemps dans la place.

Deux cardinaux-généraux

Il faut s’arrêter un instant sur ce que la guerre de Trente Ans a produit de plus singulier : deux princes de l’Église qui commandent des armées et se disputent, à quatorze mois d’intervalle, le même verrou de Thiérache.

Fernando de Austria, dit le Cardinal-Infant, est cardinal depuis l’âge de dix ans — nommé par décret pontifical avant même d’avoir reçu le diaconat. Il ne célébrera jamais la messe. Son diocèse de Tolède n’est qu’un titre ; son véritable terrain de commandement fut le champ de bataille de Nördlingen, puis les Pays-Bas espagnols, et enfin La Capelle. Troisième fils de Philippe III, il porte la croix pectorale comme un blason dynastique et le bâton de commandement comme seul sacerdoce.

Louis de Nogaret de La Valette est cardinal depuis 1621 — à vingt-huit ans, sans avoir reçu les ordres, ni jamais tenu un diocèse autre que sur le papier. Fils du duc d’Épernon, il renonça à l’archevêché de Toulouse pour embrasser définitivement la vie militaire. On dit que son propre père l’aurait surnommé « cardinal-valet », parce qu’il avait choisi Richelieu contre les siens. Il commandera en Allemagne, puis en Picardie. Il mourra en Italie, et le pape lui refusera les honneurs cardinalices : on n’enterre pas avec les fastes de l’Église un homme qui a combattu contre des armées catholiques.

L’un prend La Capelle en juillet 1636. L’autre la reprend en septembre 1637.

Ni l’un ni l’autre ne verront le jour de la fin de la guerre. Le Cardinal-Infant meurt à Bruxelles en novembre 1641, à trente-deux ans, épuisé par huit années de campagnes. La Valette meurt à Rivoli en septembre 1639, à quarante-six ans, peut-être empoisonné — personne n’a jamais tranché.

L’Église a enfanté, en même temps, les deux généraux qui se disputent le verrou de la Thiérache. La forteresse n’en savait rien. Elle attendait.

La France reprend La Capelle

Le cardinal Louis de Nogaret de La Valette — qui commande l’armée royale de Picardie depuis plusieurs semaines dans ce secteur et a établi son quartier général à Avesnes — quitte la ville à quatre heures du matin le 1er septembre 1637. Il arrive devant La Capelle dans la journée. La citadelle et le bourg sont investis séparément — deux fronts simultanés. Le quartier du roi s’établit à Buironfosse, deux lieues au sud. Turenne commande comme maréchal de camp. Abraham Fabert dirige l’attaque du côté le plus exposé.

Dans la nuit du 8 au 9 septembre, les assiégés tentent une sortie. Dans les tranchées françaises, le sieur de Bussi Lamet est tué, le sieur de Rambures a le bras emporté. Le 15 septembre, la contrescarpe tombe. Neuf batteries au total — les canons « portaient au moins trente-six livres de balle », artillerie exceptionnellement lourde pour une place de cette taille.

Dans les murs, la peste travaille ce que le canon n’a pas fini. Piccolomini rôde avec ses cuirassiers — sa cavalerie ne peut rien contre des tranchées. Il ne vient pas.

Le 20 septembre au matin, La Valette décide d’envoyer les mineurs.

À midi, une batterie comble le fossé — un passage de huit hommes de large. À quinze heures, les mineurs traversent et commencent à creuser. À dix-sept heures, une seconde équipe passe par bateaux, par une sape latérale.

La mine est en place. Elle ne sautera jamais.

À minuit, une chamade de trompettes s’élève du rempart.

Un capitaine italien paraît pour négocier — les garnisons habsbourgeoises mêlaient Espagnols, Italiens, Wallons et Allemands sous le même drapeau. La garnison capitule face aux « préparatifs en état pour incontinent après le jeu des mines donner l’assaut. » Ce n’est pas la mine qui a vaincu la place — c’est l’idée de la mine. Castello avait construit une forteresse. L’imagination des assiégés l’avait détruite.

Les assiégés posent une condition : que le comte de Quinse soit livré comme otage. Cet homme — qui avait brûlé leur cavalerie en juillet, qui les avait harcelés depuis des mois — c’est lui qu’ils choisissent. Parce qu’ils lui font confiance pour respecter les termes. Vestige du code chevaleresque : on choisit son ennemi pour sa parole, pas pour sa clémence. La guerre a ses visages, et parfois ses fidélités.

Le 21 septembre à midi, la garnison sort avec les honneurs.

Le Cardinal-Infant, apprenant la nouvelle à Avesnes, ne franchit pas la ville et rebrousse chemin vers le nord. La Capelle était perdue avant même qu’il l’apprenne.

Abraham Fabert avait conduit l’attaque décisive. Quand le poste de gouverneur lui est proposé, il le refuse. Il avait vu Claude du Bec.

Le déclin

La Capelle tombe encore.

Le 17 juillet 1650, en pleine Fronde, les Espagnols reprennent la forteresse après un siège de dix-sept jours. Ils l’occupent six ans. C’est la quatrième prise en moins d’un siècle. En 1656, les Français la reprennent. Personne n’y prête plus la même attention qu’en 1637.

Le 7 novembre 1659, le traité des Pyrénées est signé.

La frontière se déplace vers le nord — Artois, Hainaut, Landrecies, Le Quesnoy, Avesnes entrent dans le giron français. La Capelle n’est plus une place frontière. Elle est une ville de l’intérieur, avec une forteresse que personne ne sait plus pourquoi entretenir.

Le destin de La Capelle est scellé à ce moment — non par un assaut ni par une capitulation, mais par un article de traité qui déplace une ligne sur une carte.

Sébastien de Pontault de Beaulieu la dessine encore, entre 1660 et 1674 : bastions lisibles, fossés en eau, le Lerzy au flanc sud-ouest, le bourg à l’est. Ce portrait est le dernier.

À partir de 1663, la démolition commence. Les matériaux sont vendus, ou pillés. Les pierres de la place — parmi elles celles de l’enclos de Foigny, venues cent trente ans plus tôt — repartent dans les maisons, dans les chemins, dans les fondations d’une ville ordinaire.

Le 18 avril 1674, Louis XIV supprime le gouvernement militaire. Les paroisses sont redistribuées — certaines à La Fère, les autres à un gouvernement de Vervins créé pour l’occasion.

Alain Brunet et Jean-Paul Meuret, qui ont dépouillé le dossier aux Archives nationales pour la Société archéologique de Vervins, concluent avec une ironie que le dossier autorise : « L’autonomie militaire de la ‘bonne ville de Vervins’ aura duré plus longtemps que la place royale de La Capelle, créée par François Ier et démantelée par Louis XIV. »

La ville qui s’était querellée pendant trente ans avec le gouverneur de La Capelle survit à la forteresse qui lui cherchait querelle.

François Ier avait construit un instrument. Louis XIV l’a rangé, puis jeté. C’est le sort des instruments.

Ce qu’il reste

Il faut savoir regarder.

La Capelle n’offre pas à l’œil distrait les ruines romantiques d’un château médiéval, ni les bastions en grès rose d’une Doullens intacte. La forteresse de Castello a été effacée méthodiquement — les pierres vendues, les fossés comblés, les courtines rasées. Ce qui reste, c’est le plan. Gravé non dans la pierre mais dans le tissu de la ville, dans les alignements des rues, dans la forme des places, dans les courbes des talus et des jardins.

La place de la Demi-Lune, avec ses alignements de platanes et sa forme triangulaire résolument non rectangulaire, épouse encore le dessin de l’ancien ouvrage avancé. La ville porte la mémoire de sa forteresse jusque dans la forme de ses places.

La place de la Demi-Lune

La place de la Demi-Lune

L’église Sainte-Grimonie, construite par Charles Garnier entre 1883 et 1887, se dresse à l’emplacement exact de l’ancienne chapelle du fort. Quinze siècles sur le même sol — depuis l’oratoire de la martyre irlandaise jusqu’au chœur néo-gothique qui porte encore son nom.

L'église Sainte-Grimonie

L’église Sainte-Grimonie

Derrière l’église, un fossé sec court sur quelques dizaines de mètres, profond, large, qui dit à lui seul l’échelle de la défense.

Emplacement du fossé

Emplacement du fossé

Face à l’église, traversez la RN 2. Derrière la CMA Formation, vous découvrirez les vestiges du bastion royal, une plate-forme gazonnée qui abrite le cavalier d’artillerie où étaient autrefois positionnés les canons battant la campagne vers le nord. Encore accessible par des marches, on peut monter, regarder le plateau et comprendre, depuis là, ce que signifiait tenir ce point en 1637.

Vestiges du bastion royal

Vestiges du bastion royal

Et dans la médiathèque, une maquette. Conçue en 1978, finalisée en 1994 par le Groupe de Recherches Archéologiques de la Thiérache et la Société d’Histoire de la Ville — à partir des plans de Vincennes. Elle montre ce que la ville a effacé : le quadrilatère parfait, les quatre bastions, les trois demi-lunes, les fossés en eau. Le plan qu’Antonio da Castello avait tracé sur ce plateau pour barrer une route héritée de la haute Antiquité.

La route passe toujours. Le Lerzy coule toujours vers l’Oise. Les abbayes qui ont défriché le paysage ont disparu. La forteresse qui a justifié le lieu a disparu.

Mais La Capelle — le nom d’une chapelle élevée sur la tombe d’une Irlandaise dont personne ne connaît la date exacte — est toujours là.

Olivier Laffitte


Le fort en chiffres — les six événements militaires

Date Assiégeant Défenseur Issue Durée
1557 Espagnols (Emmanuel-Philibert de Savoie) France Bourg incendié
1594 Espagnols (Mansfeld) France Capitulation française 14 jours
3–10 juil. 1636 Espagnols (Cardinal-Infant) France (Claude du Bec) Capitulation française 7 jours
1–21 sept. 1637 France (La Valette) Espagnols (Dom Marcos de Lima) Capitulation espagnole 20 jours
juil. 1650 Espagnols France Capitulation française 17 jours
1656 France Espagnols Reprise française

La place change de mains cinq fois en moins d’un siècle. Elle n’est jamais prise d’assaut général — elle capitule toujours.


Sources et ressources documentaires

Sources primaires
* Gazette de France, 1635–1638 (numéros dépouillés)
* Châtelet de Paris, Y//173-Y//177, Insinuations, fol. 128, notice n° 5178 — contrat de mariage Claude du Bec (1636)
* Archives nationales, T\* 201/145 — Mémoires et enquêtes concernant les prétentions du gouverneur de La Capelle envers la ville de Vervins (80 pièces)
* Archives diplomatiques, La Courneuve, 53MD/821 — Procès des officiers de La Capelle (346 folios), juin–octobre 1636
* Barthélemy (Cte Édouard de), Analyse du Cartulaire de l’abbaye de Foigny, Vervins, 1879
* Plan Louis XIII, SHD Vincennes
* Bosse (A.), L’Heureuse arrivée de Monseigneur, frère unique du Roy, à La Capelle, le 8 octobre 1634, eau-forte, BnF, département des Estampes
* Goerters (graveur flamand), Vue du siège de La Capelle (1594), Bibliothèque royale de Bruxelles

Sources secondaires
* Melleville (M.), Dictionnaire historique du département de l’Aisne, 1865
* Desmasures (A.), Histoire des communes du canton d’Hirson, 1863
* Mossay (J.), Histoire de la ville d’Avesnes
* Brunet (A.) et Meuret (J.-P.), Les prétentions du gouverneur de La Capelle sur la ville de Vervins, Société archéologique de Vervins, 2007
* Chesnel (P.), Faucherre (N.), Meuret (J.-P.), La Capelle, forteresse retrouvée, Thiérache Diffusion, 1994
* Depret (J.), *Le Nord, terre de fortifications — Flandre, Hainaut, Artois, Picardie*, Éditions Alan Sutton, 2008. ISBN 978-2-84910-801-7
* De Sars (M.), Histoire héroïque de La Capelle (préface d’Alain Brunet), 2000
* Mennesson (E.), Histoire de La Capelle-en-Thiérache, 1865
* El Hage (F.), Abraham Fabert : Du clientélisme au maréchalat (1599–1662), L’Harmattan, 2016
* Le Laboureur (J.), Relation du voyage de la Royne de Pologne, 1647
* Dethan (G.), Gaston d’Orléans, conspirateur et prince charmant, 1959
* Constant (J.-M.), Gaston d’Orléans, prince de la liberté, 2013
* Alabarda, Pica y Mosquete (blog d’histoire militaire hispanique), El ejército hispánico de Flandes, 2018 [sur la campagne de 1636]