Par la nuit pluvieuse du 7 novembre 1918, les plénipotentiaires allemands traversent les lignes françaises à Haudroy, afin de négocier l’armistice avec le maréchal Foch, commandant en chef des armées alliées.
Novembre 1918, à Haudroy, l’armistice
Le 7 novembre 1918, une division allemande était installée à Rocquigny. Les hostilités étaient suspendues depuis le début de l’après-midi. Dans le secteur La Flamengrie-Haudroy figuraient au front la 166e D.I., le 19e B.C.P., le 171e R.I., et le 26e B.C.P. en réserve. Vers quinze heures trente, ce furent tout d’abord trois cavaliers allemands qui apparurent, munis d’un brassard blanc. Le lieutenant de chasseurs à cheval von Jacobi se présente au lieutenant Hengy, sur la route Haudroy-La Flamengrie, et annonce que les plénipotentiaires allemands se présenteront dans la soirée, afin de négocier la paix, sans toutefois pouvoir préciser l’heure ; en effet, les routes sont en mauvais état et minées.

Pillages allemands
Le lieutenant von Jacobi ne peut estimer le temps qu’il faudra au véhicule pour couvrir la distance. Il ne se considère pas comme prisonnier et ne traverse pas les lignes françaises. Son message est transmis au capitaine Lhuillier, qui commande le 1er bataillon du 171e régiment d’infanterie, puis au commandant Ducornez. En retour, un message écrit est remis à l’officier allemand, qui lit et comprend parfaitement le français. On lui donne l’ordre d’attendre l’arrivée des plénipotentiaires en compagnie du lieutenant Hengy. Il exécute cet ordre et attend. C’est le capitaine Lhuillier qui aura l’honneur de recevoir les premiers plénipotentiaires allemands.
Pendant ce temps, le poste de commandement de la 3e compagnie a été installé dans la ferme qui se trouve tout à proximité de la pierre qui commémore aujourd’hui ces instants. À vingt heures dix, le caporal Sandoz vient rendre compte au poste de commandement que l’on aperçoit, sur la route de Rocquigny, les phares d’une voiture automobile. On aperçoit bientôt un immense drapeau blanc largement déployé sur le véhicule. C’est une grande nappe blanche qui a été réquisitionnée à Fourmies par le trompette allemand Zobrowski, du 2e régiment de uhlans. Vers vingt heures vingt, le capitaine Lhuillier, accompagné du caporal-clairon Sellier et d’un détachement d’officiers, dont le lieutenant Nabal, le lieutenant Hengy et le médecin auxiliaire Arthaud, fait stopper les véhicules, au nombre de cinq, tous phares allumés. De la première voiture descendent un trompette, un porte-fanion et le commandant de l’arrière-garde. Dans les trois suivantes se trouvent les membres de la délégation que l’Allemagne a envoyée pour entendre les conditions de l’armistice : le secrétaire d’État Matthias Erzberger, qui la conduit, le comte Alfred von Oberndorff, le général von Winterfeldt et le capitaine de vaisseau Ernst Vanselow. Le lieutenant von Jacobi présente le général von Winterfeldt à la délégation française. Celui-ci présente ses excuses pour le retard : les routes sont difficiles ! Il veut faire les présentations des membres de la délégation.

Le clairon Sellier, Beauwelz, Belgique (entité de Momignies)
Le capitaine Lhuillier intervient, appelle le caporal-clairon Sellier et lui donne l’ordre de sonner le « cessez-le-feu », suivi du « garde-à-vous ». Les sonneries terminées, le lieutenant von Jacobi est autorisé à regagner ses lignes, et le convoi s’ébranle en direction de La Capelle, vers le poste de commandement des avant-postes, commandés par le chef de bataillon Ducornez, du 19e B.C.P., qui a auprès de lui le lieutenant-colonel Marquet et le colonel Mangematin. Le lieutenant-colonel Marquet accompagne les parlementaires jusqu’à la villa Pâques, à La Capelle, où le commandant de Bourbon-Busset est installé. Celui-ci renvoie deux voitures allemandes et leurs occupants, et prend en charge les plénipotentiaires pour les conduire à Homblières, au quartier général du général Debeney, commandant la 1re armée. De là, les parlementaires allemands seront conduits en forêt de Compiègne, près de Rethondes, où le maréchal Foch négociera avec eux fermement, mais courtoisement, les conditions de l’armistice, leur donnant trois jours pour en référer à leur gouvernement.
Le 9 novembre, l’abdication de Guillaume II est proclamée à Berlin ; le lendemain, il passe en Hollande. Le 11 novembre, vers cinq heures quinze du matin, l’armistice est signé dans le wagon du maréchal Foch, en forêt de Compiègne. Les hostilités seront suspendues à 11 heures du matin.
Ce jour-là, à 11 heures, Pierre Sellier sonne de nouveau le cessez-le-feu, comme tous les clairons du front. Sur la plaque qui l’honore, on lit :
« Monument érigé à la mémoire du Caporal SELLIER, Clairon de la Liberté qui sonna ici l’Armistice le 11 novembre 1918 à 11 h. »

L’après-guerre
L’occupant allemand a laissé le pays exsangue. À force de punitions, d’amendes… on ne trouve plus de monnaie française. Il faut instaurer un système nouveau, celui des bons d’échange, garantis (après la fin de la guerre) par la Banque de France. La guerre a sérieusement mis à mal toute l’économie de la région de Thiérache. Certaines régions, pourtant éloignées du front, en sont sorties plus pauvres encore. L’occupant s’est très rapidement saisi de la grande majorité du cheptel bovin, et les oseraies ont été transformées en pâturages. Il n’y a donc plus de matière d’œuvre pour la vannerie. Un système de parrainage entre des communes de l’intérieur, non occupées, et des communes occupées vit le jour ; Lyon parraina Saint-Quentin. Le Laos parraina Origny-en-Thiérache, en souvenir de Monseigneur Pigneau de Behaine, dont le souvenir était encore très important. Fougères parraina Ohis. C’est ainsi que cette commune spécialisée dans la fabrication de chaussures offrit en premier une paire de chaussures à chacun des habitants d’Ohis (600 à cette époque !), et une paire de bottines à chacun des 71 enfants de la commune. Le 11 décembre 1919, on charge à Fougères, dans un wagon, 759 paires de chaussures et 170 poules pondeuses, ainsi que quantité d’autres colis ! Le wagon arrivera le 14 décembre à Ohis. L’année suivante, le comité fougerais fait expédier à sa filleule une cloche de 384 kg, pour remplacer celle qui avait été fondue par les Allemands.
La forêt de Saint-Michel
La forêt de Saint-Michel est divisée en neuf séries de taillis-sous-futaie. Six séries sont aménagées à la révolution de trente ans et divisées en 30 coupes. Des dégagements d’essences précieuses avec étêtement des bois blancs et émondage des réserves sont effectués dans les taillis de six ans, des nettoiements dans ceux de douze ans et des éclaircies dans ceux de dix-huit ans. En 1914, le cube moyen à l’hectare était de 80 mètres cubes, houppiers compris. On réservait par hectare : 65 baliveaux, 25 modernes, 8 anciens, le tout d’un volume approximatif de 53 mètres cubes, alors que celui de l’abandon s’élevait à 27 mètres cubes (houppiers compris), plus 120 stères de chauffage dont 90 de rondins et 30 de charbonnette provenant du taillis. Cette forêt a fait l’objet d’une exploitation systématique de la part des Allemands, sans qu’ils aient toutefois pu parachever leur œuvre de destruction, interrompue par l’armistice. Sur 2 900 hectares, le volume de la futaie est réduit au tiers de ce qu’il était en 1914. Ce tiers, constitué par les sujets les moins précieux comme essence et comme venue, est en outre fortement déprécié du fait de mutilations d’origines diverses (dont de nombreux éclats d’obus et autres projectiles). Le taillis a été détruit sur 1 250 hectares et partiellement sur 1 650. Dans la précipitation de leur départ, les Allemands ont abandonné sur le parterre des coupes : 8 000 mètres cubes de chênes ; 1 200 mètres cubes de hêtres ; 500 mètres cubes de charmes et divers ; 60 000 stères de bois de chauffage.

Signature de l’armistice
La restauration de la forêt, après 1918
Pendant une période transitoire, les taillis ont été réalisés à des âges divers voisins du terme de 30 ans, en commençant par les coupes les plus endommagées afin de donner aux peuplements les soins culturaux appropriés. La révolution de 30 ans a été conservée. Des reboisements ont été effectués dans les parties les plus appauvries : en chênes, partout où des limons de plateaux constituent un sol forestier de premier ordre, c’est-à-dire sur les 9/10e de l’étendue de la forêt ; en hêtres sur le versant des vallées où affleurent les schistes de Revin ; et en résineux, pins sylvestres et épicéas, ces derniers dans les parties marécageuses.
JMG