
Île Notre Dame vu du pont sur l’Oise
Hirson occupe une place singulière dans le dispositif défensif de la Thiérache médiévale. Tandis que les grands châteaux de la région — Guise, Marle, Rozoy-sur-Serre — forment une ceinture protectrice à l’ouest et au sud du territoire, Hirson se trouve en avant-garde isolée, directement positionné sur la frontière du Saint-Empire romain germanique (qui passera, à partir de 1556, sous la souveraineté espagnole des Habsbourg, par l’intermédiaire des Pays-Bas espagnols). C’est la dernière ligne de défense avant le Hainaut, et la première place forte que rencontre tout envahisseur venant du nord-est.
1. Origines et position stratégique
Le château, établi sur un rocher formant l’extrémité d’une colline entre l’Oise et le Gland, serait selon la tradition locale le contemporain du camp de Macquenoise — ce qui le ferait remonter à l’occupation romaine. Il ne prit probablement de l’importance qu’après les invasions normandes qui pénétrèrent en Thiérache en 882 ou 892. Une chapelle y était établie dès l’an 1000, desservie par des religieux de Saint-Michel.
En 945, l’évêque de Laon Raoul II défendait par charte aux seigneurs de Guise et d’Hirson d’inquiéter l’abbaye naissante de Saint-Michel — première mention écrite des seigneurs d’Hirson. La famille d’Hirson était une branche de celle de Guise, qui resta suzeraine du fief.
En 978, Hirson est mentionné parmi les contrées parcourues par les troupes d’Othon II lors de son conflit avec Lothaire, roi de France.
La charte de coutume accordée aux habitants d’Hirson en 1156 — par Godefroi de Guise, Nicolas d’Avesnes et Jacques, son fils — témoigne de l’ancienneté de ce bourg fortifié. Le droit de bourgeoisie est la somme acquittée par tout nouvel habitant pour devenir membre de plein droit de la communauté villageoise — protection seigneuriale, accès aux usages collectifs (bois, pâtures, eau), participation aux assemblées et aux charges. Melleville et Desmasures s’accordent sur le signataire principal de la charte ; ils divergent sur le montant du droit (5 sous selon Melleville, 2 sous selon Desmasures). En 1242, le bourg est officiellement fortifié, confirmant son statut de place militaire de premier ordre.

Emplacement de l’ancien château d’Hirson bâti sur un rocher
Les seigneurs d’Hirson — succession des maisons
La seigneurie d’Hirson, longtemps liée à celle de Guise, traverse huit siècles entre les mains de huit maisons successives.
| Période | Maison / Famille | Titulaire(s) marquant(s) | Mode d’acquisition |
|---|---|---|---|
| Xe – XIIe s. | Maison de Guise | Godefroi de Guise (charte de 1156) | Origine ; Hirson en branche cadette de Guise |
| Fin XIIe s. – XIIIe s. | Maison d’Avesnes | Nicolas d’Avesnes (charte 1156) ; Jacques Ier d’Avesnes († Arsuf, 1191) | Mariage de Jacques avec Adeline, fille de Bouchard de Guise |
| 1234 – 1346 | Maison de Châtillon-Blois | Gauthier de Blois (chapelle 1234) ; Jean de Châtillon (1248-1268) ; Guy de Châtillon (1328) ; Charles de Blois (1346) | Héritage par la maison d’Avesnes |
| 1346 – 1348 | Querelle Avesnes / Châtillon | Louis de Châtillon ; Jeanne de Hainaut, dame d’Hirson (maison d’Avesnes) | Prise de vive force |
| 1360 | Maison de Valois-Anjou | Marie de Bretagne, duchesse d’Anjou | Hirson apporté en dot |
| 1425 – début XVIe s. | Maison de Luxembourg-Ligny | Jean II de Luxembourg, comte de Ligny (1er mars 1425) | Prise de force, revendication d’héritage Châtillon-Luxembourg |
| Avant 1526 | Maison de Rohan (nu-propriétaire) | Charles de Rohan | Modalité d’acquisition à préciser dans Desmasures |
| 26 janvier 1526 | Couronne de France (usufruitière) | François Ier | Usufruit cédé par Charles de Rohan moyennant 4 000 livres de rente |
| 1528 – fin XVIIe s. | Maison de Lorraine-Guise (usufruitière) | Claude de Lorraine (1528, premier duc de Guise) ; Charles de Guise (1613) ; Henri de Guise (1662, 1680) | Don de l’usufruit par François Ier — Guise érigé en duché-pairie comprenant Hirson |
| Avant 1734 – 1789 | Maison de Bourbon-Condé | Louis-Henri de Bourbon, prince de Condé, duc de Guise (1734, 1763) | Héritage du duché de Guise après extinction de la branche Lorraine-Guise (Marie de Lorraine †1688) |

Reconstitution hypothétique du château d’Hirson — maquette du Centre de documentation Alfred Desmasures. Sur le promontoire nord, la grosse tour carrée ; sur l’enceinte, les tours de flanquement circulaires.
Les châtelains d’Hirson — chronologie locale
À la suzeraineté des grandes maisons s’ajoutait, sur place, une lignée de châtelains chargés de tenir matériellement la place pour le seigneur, de rendre la justice et de représenter le suzerain. Aux XIIe et XIIIe siècles, la châtellenie est tenue par la famille d’Hirson elle-même, branche cadette des Guise et propriétaire du fief ; après son extinction, les seigneurs de Guise nomment leurs grands officiers comme châtelains.
| Date | Châtelain | Famille / Lien | Source / Note |
|---|---|---|---|
| 1126 | Roger | famille d’Hirson | Donation de Lehuis à Clairfontaine (acte fait à Laon vers 1130) |
| 1143 | Guy, fils de Roger | famille d’Hirson | Succession |
| 1155 | Mathieu, époux d’Agnès | famille d’Hirson | — |
| 1160 | Guy II | famille d’Hirson | Donation à Clairfontaine |
| 1189 | Jean d’Hirson | famille d’Hirson | Frères Alart, Willes et Robillart d’Hirson cités à la même époque (donation à Bucilly) |
| 1216 | Mathieu, chevalier d’Hirson, époux de Béatrix | famille d’Hirson | — |
| 1225 | Guy III, époux d’Aélide | famille d’Hirson | Aélide est fille de Simon III, comte de Ribemont ; veuve de Guy, dame de Benaix |
| 1244 | Mathieu II, chevalier | famille d’Hirson (extinction probable peu après) | — |
| 1300-1328 | Jean d’Englebermer, chevalier, époux de Mabille de Cahembert | famille d’Englebermer (officier de Guise) | Fonde une chapelle dans l’église d’Hirson en 1328 ; dotation par Guy de Châtillon. Tradition familiale (frère puîné d’Henri de Furstemberg) réfutée par Desmasures. |
| 1500 | Hugues le Danois | officier de Guise | Gouverneur d’Aubenton, Hirson et Guise |
| 1593 | Jean Caruel, seigneur de Magny | famille Caruel (originaire d’Irlande) | Gouverneur royal sous Henri IV ; lettre du roi du 31 mai 1594 (camp devant Laon) ; époux de Louise de Barral |
| 1636 | Christophe de Caruel, capitaine au régiment de Guise | famille Caruel — fils cadet de Jean | Défense du château contre les Espagnols ; capitulation du 15 août |
Note généalogique. De cette lignée locale est issu Hugues d’Hirson, abbé général des Prémontrés († 1242), figure ecclésiastique d’envergure nationale née du fief.
Note juridique — Usufruit et nue-propriété (1526-1789). Le 26 janvier 1526, Charles de Rohan cède au roi non la propriété de Guise et d’Hirson, mais leur usufruit, moyennant une rente perpétuelle de 4 000 livres. François Ier transmet cet usufruit à Claude de Lorraine en 1528, et c’est cet usufruit qui suit ensuite les ducs de Guise puis les princes de Condé. Cette distinction explique les contestations récurrentes du XVIIIe siècle sur les droits d’usage (moulin, bois, banalité) qui jalonnent l’histoire d’Hirson. La modalité exacte d’entrée des Rohan dans la nue-propriété, en amont de 1526, reste à préciser dans Desmasures (transition Luxembourg-Ligny → Rohan, fin XVe siècle).
Privilèges fiscaux de 1526. Par lettres du 8 décembre 1526, François Ier — au retour de sa captivité espagnole — accorde aux villes de Guise, du Nouvion et d’Hirson l’affranchissement des tailles et crus pour dix ans, prolongé de six années en 1535. Cette faveur royale, accordée au moment même du transfert d’usufruit, témoigne du statut singulier de la place et de la volonté de remettre en état un territoire frontalier ravagé par les incursions des forces de Charles Quint au début du règne.

Vu vers l’ancien château
2. Le site — un génie défensif
La presqu’île Notre-Dame
Le site du château exploite avec une intelligence remarquable la topographie locale. La presqu’île Notre-Dame, formée par la confluence de l’Oise et du Gland, constitue un verrou naturel d’une efficacité exceptionnelle.
Les relevés cartographiques permettent aujourd’hui d’en mesurer précisément l’emprise : 15 640 m², soit 1,56 hectare. Cette surface, contenue dans la limite nord du canal taillé dans le roc qui relie l’Oise au Gland, constitue le périmètre global du site défensif. La presqu’île tout entière formait ainsi une première barrière naturelle et hydraulique ; le château proprement dit — le promontoire sommital avec son donjon et ses tours de flanquement — n’en représentait qu’une fraction, estimée à environ 2 300 m² d’après les relevés cartographiques.
Par cette jonction artificielle des deux cours d’eau, les défenseurs créaient une île pratiquement inviolable, accessible par un unique isthme étroit — véritable goulot d’étranglement que toute armée assiégeante devait franchir sous les tirs des défenseurs. Le canal lui-même, observable encore aujourd’hui, présente des parois en roche brute non maçonnée, étroites et profondes, attestant d’un creusement volontaire dans le substrat naturel. La tradition locale en fait un ouvrage du Xe siècle ; aucune source primaire ne permet de le dater précisément, mais sa réalité physique est désormais documentée par observation directe.
Le bourg primitif se développe d’abord à l’intérieur même de la basse-cour du château, avec sa place et sa halle. Ce n’est que plus tard qu’un faubourg s’étend sur le chemin de La Capelle, hors les murs.
Une topographie en quatre niveaux
L’analyse du site révèle une organisation défensive étagée, exploitant méthodiquement le relief.
| Niveau | Altitude | Fonction |
|---|---|---|
| 1 — Presqu’île Notre-Dame | ~160-165 m | Périmètre global du site défensif (15 640 m²), englobant la place du marché au sud, la ville haute / impasse du Château et le donjon proprement dit |
| 2 — Ville haute / impasse du Château | ~170-175 m | Accès historique au château ; intégrée à l’enceinte de la presqu’île |
| 3 — Square Saint-Nazaire en gradins | ~180-185 m | Position défensive intermédiaire — terrain anthropique probable |
| 4 — Plateau du Haubert (cote 224) | ~224 m | Position des batteries de siège (1636, 1637, 1650) |
La mesure de 15 640 m² correspond à la totalité de la presqu’île, périmètre établi en suivant les berges depuis la pointe sud (confluence Oise-Gland) jusqu’au canal taillé au nord. Cette surface inclut tous les niveaux 1 et 2 du tableau ci-dessus : la place du marché au sud, la ville haute (impasse du Château), et le promontoire sommital où s’élevaient le donjon et la grosse tour carrée. Le château proprement dit n’occupait qu’une fraction de cette emprise.
Le square Saint-Nazaire, qui domine aujourd’hui la presqu’île par une succession de gradins, commandait les deux seuls axes d’approche historiques vers Hirson — la route Charlemagne venant de Belgique par Macquenoise à l’est, et la route de La Capelle à l’ouest, toutes deux visibles sur la carte de Cassini (XVIIIe siècle). Sa prise préalable par les assaillants était une condition nécessaire avant toute mise en batterie sur le plateau. La topographie en gradins du flanc plongeant vers le Gland pourrait être en partie d’origine anthropique : tranchées d’approche et parapets du XVIIe siècle superposés à une motte médiévale préexistante. Ce terrain, préservé depuis 1650, mériterait un relevé LiDAR (sans fouille) soumis à la DRAC Hauts-de-France.

Vu sur le square Saint-Nazaire depuis le stade
3. Architecture et évolution
XIe – début XIVe siècle — La forteresse romane. Le premier château est vraisemblablement un donjon de pierre massif, accompagné d’une première enceinte, tirant parti au maximum de la position dominante du promontoire. À ce stade, c’est essentiellement une forteresse de contrôle territorial — surveillance des routes vers la frontière et de la confluence des deux rivières navigables.
XIVe – XVe siècle — Renforcement militaire. Les premières prises du château (1346, 1425) entraînent des renforcements significatifs : tours supplémentaires, courtines renforcées, meilleur contrôle des accès. L’architecture de l’enceinte s’enrichit de tours de flanquement circulaires, plus résistantes aux chocs ; le donjon carré — dont la Gazette de France confirmera la présence en 1636 — demeure l’élément central et immuable du dispositif.
XVIe siècle — Adaptation à l’artillerie. L’échec de l’attaque des troupes de Charles Quint en 1530 — souverain à la fois du Saint-Empire et des couronnes d’Espagne, maître des Pays-Bas habsbourgeois — témoigne d’une défense efficace, vraisemblablement renforcée dans les décennies précédentes par les procédés d’adaptation à l’artillerie alors en usage : étêtement des tours pour dégager des plateformes de tir, renforcement des courtines, protection par des parapets de terre et de fascines. Le château entre dans une phase de transition entre forteresse médiévale et fortification moderne — sans jamais atteindre le système bastionné complet.
XVIIe siècle — Une place dépassée. Au moment des grands sièges franco-espagnols (1636-1650), Hirson n’a pas reçu les bastions à orillons, demi-lunes et tenailles qui caractérisent les places fortes modernisées (La Capelle, Rocroi). C’est une place forte de transition, dont la grosse tour carrée — élément central du dispositif — appartient encore à la typologie médiévale tardive. Cette obsolescence relative explique l’efficacité décisive des batteries d’artillerie postées sur les hauteurs voisines.
Les ducs de Guise connaissaient pourtant parfaitement l’architecture bastionnée : c’est l’ingénieur Antonio da Castello, maître de leurs chantiers de Picardie depuis les années 1530, qui avait modernisé le château-siège de Guise en place bastionnée dès 1538, et conçu le fort de La Capelle selon les principes italiens les plus avancés. Qu’Hirson, place relevant du même duché, n’en ait jamais bénéficié dit quelque chose sur la hiérarchie des priorités seigneuriales : une forteresse de service sur la frontière, utile mais secondaire, laissée à sa morphologie médiévale faute d’investissement.
4. Les sièges (XIVe – XVIIe siècle)
Tableau de synthèse
| Date | Assaillant (camp) | Défenseur (camp) | Issue | Source |
|---|---|---|---|---|
| 1346 | Louis de Châtillon (parti Jeanne de Hainaut, maison d’Avesnes) | Garnison de Charles de Blois (Châtillon-Blois) | Prise de vive force | Desmasures |
| 1er mars 1425 | Jean II de Luxembourg-Ligny (Bourguignons-Anglais) | Garnison orléanaise (Armagnacs) | Prise — Hirson passe au camp bourguignon | Desmasures |
| 1530 | Forces de Charles Quint depuis les Pays-Bas habsbourgeois | Garnison française | Échec — défense réussie, en violation du traité de Cambrai | Desmasures |
| 1593 | Troupes royales (Henri IV) | Garnison ligueuse (terre de Guise) | Reprise royale ; Jean Caruel devient gouverneur pour le roi | Desmasures |
| 15 juin 1635 (amont) | Marquis du Bec, Caruel + milice de Thiérache (France) | Forts espagnols Trou-Féron et Écluze (Aytona) | Démolition des deux forts | Gazette de France, 17 juin 1635 |
| 25 juill. – 15 août 1636 | Comte d’Issembourg, gouverneur du Luxembourg (Espagne) | Christophe de Caruel, régiment de Guise (France) | Capitulation 15 août ; garnison réduite à 150 ; sortie avec armes et bagages | Desmasures p. 89-91 ; Gazette 1636 |
| 17 décembre 1636 (aval) | Colonel Gassion, sergent-major Yon — embuscade de Neuve-Maison | 300 cavaliers espagnols sortis d’Hirson | Désastre espagnol — 90 tués, 43 noyés, 90 prisonniers, 200 chevaux pris ; 19 survivants | Gazette de France, déc. 1636 |
| 1er – 12 juin 1637 | Cardinal de La Valette (cmdt) ; Turenne (mar. de camp), 1 200 hommes + 6 canons | Garnison espagnole | Capitulation 12 juin ; retraite vers La Capelle | Lelong / Desmasures p. 90 ; Gazette n° 96, 25 juin 1637 |
| ~ 19-20 juin 1637 | Cardinal de La Valette en personne | Garnison espagnole de la ville d’Hirson | Prise du bourg + château du But | Gazette n° 93, 27 juin 1637 |
| 3 – 29 août 1650 | Don Francisco de Melos (Espagne) | Garnison française | Destruction de la grosse tour par mineur ; repli français sur Rocroy | Desmasures p. 91 |

Île Notre Dame – vue sur l’ancienne place du marché
1346 — La prise de Louis de Châtillon
(L’épisode met en scène une « Jeanne de Hainaut » à ne pas confondre avec Jeanne de Constantinople, comtesse de Flandre et de Hainaut au XIIIe siècle.) Le château est enlevé de vive force par Louis de Châtillon, fils de Jeanne de Hainaut — dame de la maison d’Avesnes, fille de Jean de Beaumont — et neveu du duc de Bretagne Charles de Blois. Veuve de Louis de Châtillon-Blois tué à Crécy la même année, Jeanne fait expulser les gens du château tenus pour Charles de Blois. L’épisode s’inscrit dans la querelle de succession bretonne ; il révèle des défenses alors insuffisantes face aux sièges organisés et entraîne les premiers renforcements significatifs.
Convention de 1348. Après la mort de Louis de Châtillon, Jeanne de Hainaut épouse le comte de Namur ; un accord est conclu entre ce dernier et le duc de Bretagne, qui détaille avec une rare précision le contenu de la châtellenie cédée à Charles de Blois : « le chastel d’Hirson, la justice, profits et émoluments de la ville et prévôté d’Hirson, la garde des églises, des garennes, des grosses bêtes, la justice et seigneurie des bos situés et assis ès terre, l’imposition des quatre deniers par livre en la dite prévôté et châtellenie d’Hirson » (Desmasures, p. 80). Description rare et complète des prérogatives seigneuriales attachées à une châtellenie de Thiérache au milieu du XIVe siècle.
1425 — Prise par Jean II de Luxembourg-Ligny
Le 1er mars 1425, Jean II de Luxembourg, comte de Ligny — capitaine bourguignon, futur geôlier de Jeanne d’Arc qu’il livrera aux Anglais en 1430 — s’empare de la seigneurie de Guise et d’Hirson, la revendiquant comme héritage Châtillon-Luxembourg. La place tombe dans le camp bourguignon-anglais en pleine guerre civile Armagnacs-Bourguignons.
1530 — Échec d’une attaque des forces de Charles Quint
Selon Desmasures, Hirson est attaqué « sans succès par les Impériaux, au mépris du traité de Cambrai conclu dès le mois d’août précédent ». Les Impériaux désignent ici les forces de Charles Quint (empereur du Saint-Empire et roi d’Espagne) opérant depuis les Pays-Bas habsbourgeois, alors administrés par sa tante Marguerite d’Autriche. L’épisode témoigne à la fois de la modernisation réussie des défenses et de la pression permanente exercée sur cette frontière — en dépit même des paix signées, la « paix des Dames » d’août 1529 ayant pourtant mis fin à la guerre de la Ligue de Cognac.
1593 — Reprise royale sur les ligueurs
Hirson, terre du duché de Guise et donc place ligueuse, est repris par les troupes d’Henri IV. Jean Caruel, seigneur de Magny — gentilhomme d’origine irlandaise — devient gouverneur du château pour le roi. Le capitaine Jarroy, fait prisonnier lors de la reprise, sera libéré l’année suivante sur intervention personnelle d’Henri IV auprès de Caruel. La tradition rapporte que le roi logea à Quiquengrogne. Quarante-trois ans plus tard, en 1636, c’est Christophe de Caruel, fils de Jean, qui défendra le château contre les Espagnols — continuité familiale rare au commandement d’une même place, et que la Gazette de France permet désormais de documenter sur un troisième jalon décisif (cf. infra, juin 1635).
1635 — Le capitaine Caruel sur la frontière
Avant d’être attaqué à Hirson, Christophe de Caruel apparaît dans la Gazette de France du 17 juin 1635 comme officier de la milice de Thiérache, treize mois avant le siège espagnol. La découverte est essentielle : elle prouve que sa promotion ultérieure au commandement du château n’est pas un parachutage, mais l’aboutissement d’une formation militaire active sur la frontière.
Le 15 juin 1635, Caruel commande l’une des deux colonnes de la milice de Thiérache, sous les ordres du marquis du Bec gouverneur de La Capelle, dans la démolition de deux forts espagnols élevés par le marquis d’Aytona aux environs immédiats du bourg de Féron : le fort du Trou-Féron et le fort de l’Écluze. L’opération est documentée en source primaire par la Gazette de France. (Voir la fiche commune Féron pour le récit complet de l’épisode.)
L’épisode replace la défense d’Hirson de l’année suivante dans son contexte exact : non pas une garnison improvisée, mais la continuité humaine d’une milice locale formée au feu treize mois plus tôt, sous le commandement d’un Caruel déjà éprouvé.
1636 — Le grand siège espagnol

Vue du haut de la butte, actuel square Saint-Nazaire, vers le Haubert
L’année 1636 marque le retournement complet de la situation en Thiérache. La place de La Capelle, voisine d’Hirson, capitule devant les Espagnols les premiers jours de juillet. La frontière française s’effondre. C’est dans cet environnement de panique défensive que les Espagnols se tournent vers Hirson.
Le 25 juillet 1636, un détachement espagnol aux ordres du comte d’Issembourg, gouverneur du Luxembourg, attaqua le château. Christophe de Caruel, capitaine au régiment de Guise, commandait la garnison française. Les habitants, frappés par la peste qui ravageait depuis 1635 toute la Thiérache (Hirson, La Capelle, Guise, Vervins), s’étaient pour la plupart réfugiés dans la Haie d’Aubenton.
Les assiégeants formèrent deux attaques simultanées : l’une contre le Haubert, dont ils ruinèrent la courtine droite de l’ouvrage couronné ; l’autre depuis la hauteur du Caillou, contre la grosse tour carrée et le flanc occidental de la place du marché. Le Haubert fut pris le 8 août, la place le 10, l’avant-poste du château près du moulin le 12. La garnison, réduite à 150 hommes, capitula le 15 août aux conditions du comte d’Issembourg : sortie avec armes et bagages, repli sur Aubenton, remise de l’artillerie et des prisonniers.
Schéma des attaques de 1636 et 1637
La portée stratégique de la prise est confirmée par le suivi des promotions du conquérant : dès le 17 décembre 1636, la Gazette de France annonce qu’« le Comte d’Issembourg a esté fait Gouverneur de l’Artois et Cambrésis ; et est maintenant dans la ville d’Arras » — promotion qui le fera passer, en juin 1637, au commandement de l’un des quatre corps d’armée des Pays-Bas espagnols près de Mons. La prise d’Hirson lui a valu son avancement.
▸ NOTE CRITIQUE — Le chiffre de Desmasures
Desmasures (1863) attribue à la garnison française de 1636 un effectif de 3 000 hommes, et à l’attaque espagnole le même chiffre, augmenté de 400 cavaliers. Ces chiffres, repris sans critique par l’historiographie locale, sont incompatibles avec les ordres de grandeur établis par les sources primaires contemporaines.
Deux données de la Gazette de France permettent d’établir des ordres de grandeur réalistes. En décembre 1636, la garnison espagnole d’occupation se monte à « trois cens fantassins » renforcés de six cents cavaliers, soit neuf cents hommes. En juin 1637, Turenne reprend la place avec 1 200 hommes et six canons. Ces deux chiffres, attestés en sources primaires, indiquent que la capacité défensive effective du système Hirson se situe dans une fourchette de 300 à 900 hommes selon la configuration.
La capitulation de 1636 mentionne une garnison « réduite à 150 hommes » — chiffre que Desmasures lui-même fournit. Si la garnison avait réellement compté 3 000 hommes au départ, les pertes sur trois semaines de siège auraient été de 2 850 hommes, soit un taux d’attrition inexpliqué et sans équivalent dans la documentation régionale. Le chiffre de 3 000 relève de l’amplification rétrospective — procédé bien documenté dans les récits locaux de la même époque.
Description primaire du château en 1636. La Gazette de France livre la plus ancienne description militaire connue de la place : « le bourg d’Irfon appartenant au Duc de Guise, qui est accompagné d’un fort château sur la rivière d’Oise, à laquelle il commande » (bulletin de décembre 1636). La phrase distingue formellement le bourg (avec ses remparts) et le fort château (sur la presqu’île) — distinction que confirmeront tous les bulletins ultérieurs — et confirme la position dominante de la grosse tour carrée sur le cours de l’Oise.
16 décembre 1636 — L’embuscade de Neuve-Maison
Entre la chute du château et sa reconquête de juin 1637, la Gazette de France documente une opération française jusqu’ici inédite dans l’historiographie d’Hirson. À l’été 1636, deux mille cinq cents cavaliers espagnols se sont « mis en résolution d’hyverner tous dans la Thiérache » selon la Gazette ; l’occupation est territoriale, non ponctuelle. Hirson tient garnison espagnole permanente, renforcée en décembre par les régiments des barons de Saint Bach et de la Grange.
Le colonel Jean de Gassion, basé à Vervins avec son régiment, est averti le 16 décembre 1636 vers dix heures du soir que la cavalerie espagnole d’Hirson doit sortir le lendemain matin pour fourrager au village de Neuve-Maison, à demi-lieue de la place. Il commande à son sergent-major, nommé Yon, de prendre quatre compagnies du régiment, de partir à onze heures du soir, et de se mettre en embuscade dans un bois à cinq cents pas de Neuve-Maison. Une chaîne de quatre sentinelles est postée pour observer le château sans être vue.
Au matin du 17 décembre, trois cents cavaliers espagnols passent l’Oise par le bac d’Irfon — repère topographique nouveau —, longent le bois sans découvrir l’embuscade, et entrent à Neuve-Maison. À ce moment les Français chargent. Le bilan, tel que la Gazette le rapporte : quatre-vingt-dix Espagnols tués sur place, quarante-trois noyés dans l’Oise, quatre-vingt-dix prisonniers, deux cents chevaux pris. Sur trois cents cavaliers, dix-neuf seulement parviennent à se sauver. Six prisonniers refusent de s’enrôler dans le régiment Gassion « car ils ont leurs femmes et enfans dans Irson » — précision rare sur la sociologie d’une garnison occupante.
L’épisode éclaire la chute du château neuf mois plus tard sous Turenne. Loin d’être une opération isolée, la reprise de juin 1637 est le terme d’une campagne d’attrition que Gassion mène depuis Vervins dès l’hiver 1636.
1637 — Turenne reprend le château
Sur ordre du cardinal de La Valette, commandant l’armée de Picardie, le vicomte de Turenne — agissant comme maréchal de camp — attaqua depuis la hauteur du Caillou avec 1 200 hommes et six canons. Selon Dom Lelong, la place capitula le 12 juin 1637, lorsque la place du bourg, sous la grosse tour, eut été emportée. La résistance fut bien moindre qu’en 1636 — Turenne employa les tranchées d’approche, contournant les défenses naturelles de l’île. La garnison espagnole se retira à La Capelle avec armes et bagages.
La Gazette de France du 25 juin 1637, datée du « camp devant Landrecey » (n° 96), fournit la confirmation primaire de la chaîne de commandement : « Depuis que le Vicomte de Turenne a repris sur les ennemis le château d’Irson avec douze cens hommes de pied, et six canons par l’ordre du Cardinal de la Valette, ce General et le Duc de Candale son frère ont fait faire montre à l’armée qu’ils commandent conjointement ». Turenne agit par l’ordre de La Valette, les chiffres de Lelong sont confirmés, et l’opération hirsonnaise précède immédiatement la concentration des forces devant Landrecies.
Le bulletin n° 93 (Paris, 27 juin 1637) précise : « le Cardinal de la Valette, après la prise de la ville d’Irson et du Chasteau du But, allant investir Landrecy, et le Duc de Candale attaquer le Cateau-Cambresis ». La Gazette distingue ici la ville d’Irson — prise par La Valette en personne — du château d’Irson repris par Turenne. Bourg fortifié et donjon constituent deux entités militaires distinctes, prises l’une après l’autre dans la séquence offensive.
La reprise du château (12 juin) est l’opération préliminaire d’une campagne offensive coordonnée qui se déploie dans les semaines suivantes : prise de la ville d’Hirson par La Valette en personne (vers le 19-20 juin), prise du Cateau-Cambrésis par Candale (20 juin), défaite de vingt-sept cornettes espagnoles près du Quesnoy par Gassion (24 juin), prise du château de Birkmont sur la Sambre par Rambures (24 juin). Landrecies sera le point culminant de cette reconquête de la frontière.
Note éditoriale — La place d’Hirson dans la communication royale. Le dépouillement systématique des trois années 1635-1637 de la Gazette de France établit qu’Hirson n’a jamais reçu de récit dédié dans la communication royale, alors que La Capelle bénéficie de dix mentions et d’un récit complet incluant le procès du gouverneur, et que Damvilliers reçoit quatre pages avec articles de capitulation. Hirson apparaît à neuf reprises sur les trois années — toujours comme repère latéral. Le défenseur Caruel n’est nommé qu’une seule fois sur trois ans, dans le récit du Trou-Féron de 1635. Hirson est une place régionalement importante mais nationalement invisible, statut qu’éclaire l’asymétrie de la frontière (places espagnoles modernisées avant la guerre, places françaises de transition sans bastions).
1650 — La destruction finale
Un détachement espagnol aux ordres de don Francisco de Melos reprit le château. Le 3 août, les batteries furent placées sur la hauteur du Caillou. Le feu du canon endommagea considérablement la grosse tour ; les Espagnols y attachèrent le mineur qui en fit sauter une partie le 29 août. Les Français se replièrent sur Rocroy. Le fort, détruit presque entièrement, ne fut plus rétabli.

Hirson — système défensif et axes d’attaque (1636-1650)
▸ ENCADRÉ — Identifier la « hauteur du Caillou »
Trois fois citée par Desmasures comme position d’artillerie — en 1636, 1637 et 1650 —, la « hauteur du Caillou » est restée longtemps non localisée. La formulation la plus précise figure dans le récit du siège de 1650 (p. 91) : « les batteries furent placées sur la hauteur du Caillou, au-dessus des Marais et vers le Haubert qui était détruit ». Deux repères simultanés — les zones humides en contrebas, et la direction du Haubert — permettent de localiser cette position avec une précision raisonnable.
La carte de Cassini (XVIIIe siècle) nomme explicitement « Haut Rouet Bas » le plateau boisé au nord immédiat du bourg. La carte d’état-major IGN (1820-1866) cote ce plateau à 224 m — soit un dénivelé d’environ 65 m au-dessus de la presqu’île sur une distance d’environ 200 m, produisant un angle de tir plongeant d’environ 18°, configuration optimale pour un tir de destruction sur une tour en maçonnerie. C’est la seule position dans le rayon de portée efficace d’un canon de 12 livres (~200 m) qui soit simultanément en surplomb des marais de confluence et orientée vers l’emplacement du Haubert.
Cette identification repose sur la convergence de quatre sources indépendantes : le texte original de Desmasures, la carte de Cassini, la carte d’état-major et l’analyse balistique. Les deux camps — espagnols en 1636 et 1650, français en 1637 — ont utilisé cette même position, ce qui en révèle l’évidence tactique indiscutable.

Le château survit dans la pierre autrement — armes d’Hirson gravées sur le monument aux morts. La couronne murale et la tour crénelée du blason sont, avec les moellons réemployés de l’impasse du Château, les deux dernières figures publiques d’une forteresse détruite en 1650.
5. Après la destruction — du site militaire au tissu urbain (1650-1763)
Le site entre 1650 et 1763
Le fort, détruit presque entièrement en 1650, ne fut jamais rétabli. Mais l’emplacement ne resta pas en friche : Desmasures rapporte qu’« on a construit un auditoire qui a été converti en dépôt de sûreté, et une élégante maison, qui a des jardins, d’où la vue plane sur tout le bourg » (p. 91). Cette mention est précieuse pour comprendre la stratigraphie du site : entre la destruction militaire et l’incendie de 1763, l’esplanade du château a été partiellement réoccupée par des constructions civiles et judiciaires, qui ont à leur tour disparu ou été transformées. Toute lecture archéologique du site doit composer avec cette double couche d’occupation post-médiévale.
23 avril 1763 — L’incendie
Le 23 avril 1763, un feu « mis par un enfant » prit dans la maison d’un couvreur. Sa progression fut foudroyante : « en moins de deux heures 300 maisons furent consumées ». 103 familles furent ruinées par une perte estimée à 300 000 à 400 000 livres.
Peu de temps après, Louis-Henri de Bourbon, prince de Condé et duc de Guise, autorisa les habitants à « prendre les pans de mur du château pour reconstruire leurs maisons ». Les habitations furent rebâties « en pierres et en ardoises, sur un goût plus moderne ». Hirson connut alors un essor rapide : de 400 feux environ avant l’incendie, la ville passa à 450 feux au moment de la Révolution.
Cette décision princière a laissé dans le tissu urbain d’Hirson des traces matérielles directes, encore lisibles aujourd’hui. Les vestiges du château ont été dispersés dans les murs des maisons, les soubassements, les chaînages d’angle. La maison de 1764, impasse du Château, en est la preuve datée par millésime.
6. Lecture archéologique du site (avril 2026)
La presqu’île Notre-Dame est toujours identifiable dans la topographie d’Hirson. Le site même du château, en revanche, a été absorbé par l’urbanisation. Mais une lecture attentive des berges, des soubassements et des réemplois révèle un corpus de vestiges plus important qu’il n’y paraît.
Le canal taillé dans le roc — au nord de la presqu’île, reliant l’Oise au Gland, il subsiste avec ses parois rocheuses brutes, son entrée sous arche de pierre côté Oise, sa dalle de sortie taillée côté Gland. C’est le vestige hydraulique majeur du dispositif défensif.

Canal creusé dans la roche réunissant l’Oise au Gland

Mur massif de huit à dix mètres de hauteur, en moellons à joints larges
Les murs anciens — sur les berges, emploi de moellons irréguliers. Sur le promontoire, un mur massif de huit à dix mètres de hauteur, en moellons à joints larges, prolonge l’escarpement naturel ; une bâtisse du XVIIIe siècle est venue s’y poser après 1763. Côté Oise, les soubassements en moellons anciens courent sur toute la longueur de la berge — ce qui suggère une ancienne enceinte réemployée comme mur de berge, puis comme fondation.

Vestige d’une tour en bas du promontoire

Vue sur l’Oise, île Notre Dame: sur les berges, emploi de moellons irréguliers
Le pilastre à chapiteau de l’impasse du Château — bloc de calcaire blanc soigneusement équarri, à chapiteau mouluré, réemployé comme chaînage d’angle dans un mur de brique du XIXe siècle, à l’entrée même de l’impasse. Le calcaire blanc importé n’est pas un matériau de construction courante : il évoque un élément de prestige — tour, portail ou façade soignée — susceptible de provenir du château.

Le pilastre à chapiteau de l’impasse du Château
Le quai en pierre de taille côté Oise — blocs équarris réguliers, joints précis, tracé courbe suivant le profil de l’ancienne enceinte. C’est une reconstruction du XVIIIe siècle, postérieure à 1763, réemployant les pierres du château sur autorisation du prince de Condé.

Le quai en pierre de taille côté Gland
La construction de 1764, impasse du Château — un seul bâtiment résume toute la stratigraphie du site : soubassement en moellons médiévaux récupérés, façade en brique du XVIIIe avec chaînages en pierre de taille, arc en plein cintre de la porte. La date inscrite — 1764, un an après l’incendie et l’autorisation comtale — constitue un témoignage matériel direct du processus de remploi. À côté, une maison de remploi présente un mur en moellons hétérogènes (grès gris-bleu, grès brun-rouge, calcaire blanc, ardoises plates en litage), scellé d’une agrafe de chaînage en S forgée — technique de pose antérieure au milieu du XIXe siècle.

Construction de 1764, impasse du Château
Le moulin d’Hirson — face à l’impasse du Château, sur l’autre rive de l’Oise, en grands blocs de grès équarris à fruit visible à la base. La technique évoque davantage une construction défensive médiévale qu’un moulin civil ordinaire ; mentionné par Desmasures dès le XIIe siècle (droits contestés entre Saint-Michel et les seigneurs d’Hirson), il pourrait avoir tenu un rôle de tour de guet contrôlant le franchissement de l’Oise — hypothèse à confirmer.

Le moulin d’Hirson – blocs de grès équarris à fruit

Maison de remploi présentant un mur en moellons hétérogènes
Le château n’a pas disparu : il s’est dilué dans le tissu urbain. Les pierres ont été réemployées, les berges ont conservé leurs assises, la toponymie a maintenu la mémoire. Pour l’œil exercé, Hirson reste, dans ses moellons, un château.
L’étude de Bénédicte Doyen (Revue archéologique de Picardie, 2000) constitue à ce jour la synthèse de référence sur le rôle du château dans le peuplement médiéval de la Thiérache. Le corpus photographique et l’analyse topographique réalisés en avril 2026 (vingt photographies, mesure de la presqu’île, identification du plateau du Haubert comme « hauteur du Caillou » de Desmasures) la complètent par un relevé matériel direct. Dans l’état actuel de la recherche, aucune source iconographique ou descriptive du château antérieure à 1650 n’ayant été localisée dans les collections accessibles, ces observations constituent la seule lecture archéologique directe du site publiée à ce jour.
Olivier Laffitte
7. Sources
Sources primaires
Gazette de France (Théophraste Renaudot, Bureau d’adresse, Paris) — accès BnF Gallica :
Bulletin du 17 juin 1635 : démolition des forts espagnols de l’Écluze et du Trou-Féron par le marquis du Bec, le sieur de Langeron, le capitaine Courvou et le capitaine Caruel (graphie « Cariiel ») ; levée de la milice de Thiérache à Étréaupont (4 000 hommes).
Bulletin de décembre 1636 (autour du 16) : embuscade de Neuve-Maison par le colonel Gassion ; description primaire du château d’Hirson « sur la rivière d’Oise, à laquelle il commande » ; mention du bac d’Irfon.
Bulletin du 17 décembre 1636 : promotion du comte d’Issembourg comme gouverneur d’Artois et Cambrésis.
Bulletin du 27 juin 1637, n° 93 : prise de la ville d’Irson et du château du But par La Valette.
Bulletin du 25 juin 1637, n° 96 (camp devant Landrecey) : reprise du château d’Irson par Turenne sur ordre du cardinal de La Valette, 1 200 hommes et 6 canons.
DESMASURES Alfred, Histoire des communes du canton d’Hirson, Vervins, 1863, p. 73-96 (sièges 1636, 1637, 1650, hauteur du Caillou, généalogie des seigneurs et châtelains).
MELLEVILLE Maximilien, Dictionnaire historique du département de l’Aisne, Laon, 1865 — notice « Hirson ».
LELONG Dom, Histoire ecclésiastique et civile du diocèse de Laon, 1783 — siège de 1637, lettre d’Henri IV au capitaine Caruel (1594).
Charte de coutume d’Hirson, 1156 — accordée par Godefroi de Guise, Nicolas d’Avesnes et son fils Jacques.
Études modernes
DOYEN Bénédicte, « Châteaux, abbayes et peuplement en Thiérache (XIe-XIIIe siècles) », Revue archéologique de Picardie, n° 3-4, 2000, pp. 119-153.
BOURELLY (général), Le Maréchal de Fabert, t. I — composition de l’armée de Picardie 1637 (La Valette commandant, Turenne maréchal de camp).
ROY Jules, Turenne, sa vie et les institutions militaires de son temps, 1896.
Société Archéologique de Vervins, La Thiérache, bulletins du XIXe siècle.
Cartographie historique
Carte de Cassini, feuille Hirson (XVIIIe siècle) — Géoportail / IGN (lieux-dits Haut Rouet Bas, Haut Taillis Bas, route royale).
Carte d’état-major IGN (1820-1866), feuilles Hirson et Féron — Géoportail © IGN 2023 (cote 224, zones humides ; toponymes Trou Féron, Anc. Redoute, Pont de l’Écluse, Buisson Barbet identifiés).
Cadastre napoléonien d’Hirson — Archives départementales de l’Aisne (lieux-dits Le grand Taillio / Le petit Taillio).