Le gué sur l’Oise

Le lieu-dit « la Haute Ville » désigne encore la partie la plus élevée du promontoire rocheux de Guise, là où les premiers ouvrages furent construits. Le château-fort se dresse à cet endroit, à une trentaine de mètres au-dessus de la vallée. À ses pieds, le socle de grès resserrait le lit de l’Oise et créait un point de franchissement naturel — un gué. Celui qui tenait le rocher tenait le passage.

Un dessin de Jan Peeters, graveur anversois qui a documenté les places fortes des Pays-Bas et de la frontière au XVIIᵉ siècle, montre le site tel qu’il se présentait vers 1650. Le château occupe le sommet du promontoire. En contrebas, la ville s’est développée entre le rocher et la rivière. Elle est ceinte de remparts, entourée d’eau et de marécages qui se prolongent derrière le promontoire. Un pont-levis commande l’unique accès. Aucune route n’apparaît sur le dessin : la ville est une quasi-île. L’Oise qui la borde est large et profonde — en 1650, pendant le siège, on y nage, on y amarre des bateaux.

Aujourd’hui, la rivière a reculé. Le donjon se trouve à plus de quatre cents mètres de l’Oise. Les marécages ont été asséchés, la ville s’est étendue dans la vallée, et la rivière s’est effacée derrière les toits. Mais la position, elle, n’a pas changé. Depuis le sommet du promontoire, le regard porte à une quinzaine de kilomètres sur la campagne — chaque mouvement dans la vallée, chaque chemin, chaque carrefour se repère à l’œil nu.

Des médailles romaines retrouvées sur le site témoignent d’une occupation très ancienne. Bénédicte Doyen, en 2000, a qualifié le lieu de « site castral le plus remarquablement protégé par la topographie de toute la Thiérache ». Marie-Thérèse Morlet, linguiste spécialisée en onomastique, proposait le nom de propriétaire gallo-romain Cutia. La tradition locale préfère l’explication la plus simple : Guise, c’est « Gu-ise » — le gué sur l’Oise.

Guise naît comme poste de vigie et verrou fluvial. Tout le reste — mille ans de sièges, de reconstructions, de destructions — découle de la position.

Du castrum au château seigneurial

Le premier château attesté date de 1058. Un seigneur nommé Wautier apparaît cette année-là dans le Rerum Gallicarum et Francicarum scriptores, Recueil des historiens des Gaules et de la France. On ne sait rien de lui, sinon qu’il possède un castellum sur le promontoire. Ce n’est probablement qu’une tour de bois entourée d’une palissade, comme on en trouvait sur tous les éperons de la Thiérache au XIᵉ siècle — Hirson, La Capelle, Aubenton, Rumigny, Buironfosse, Englancourt, Étréaupont, Flaumont-Waudrechies, Gercy, Les Autels, Any-Martin-Rieux, Ors, Robersart avaient les leurs.

C’est son successeur Godefroi, dans la seconde moitié du XIᵉ siècle, qui donne au château sa première dimension religieuse. Il fonde dans l’enceinte même de la forteresse une collégiale dédiée à saint Gervais et saint Protais, y installe douze chanoines, y dépose une relique de saint Arnoul de Pamèle. Le château cesse d’être un simple ouvrage de guerre : il devient le siège d’un pouvoir qui s’appuie sur Dieu autant que sur la pierre. Les seigneurs de Guise portent un échiquier brisé sur leurs armes — les mêmes que les comtes de Vermandois, dont ils sont les vassaux. La filiation dit la subordination.

Vestiges de la collégiale dédiée à saint Gervais et saint Protais

Vestiges de la collégiale dédiée à saint Gervais et saint Protais

La lignée produit des croisés. Gui de Guise prend la croix. Bouchard part pour la deuxième croisade en 1147 et meurt en Terre sainte. Entre deux départs, les seigneurs concèdent des franchises aux abbayes voisines — Bucilly dans la forêt d’Hirson, Clairfontaine au pied du Nouvion, Prémontré au-delà de Laon — et construisent. Philippe Auguste détruit le château en 1185, dans sa guerre contre le comte de Flandre. Il est reconstruit aussitôt : en 1191, le seigneur de Guise est Jacques d’Avesnes, l’homme qui tenait d’un seul tenant Condé, Guise, Landrecies, Hirson et La Capelle. À la bataille d’Arsuf, il commande l’aile droite de l’armée de Richard Cœur de Lion. Les chroniqueurs anglais le comparent à Nestor, à Achille, à Régulus. Il tombe criblé de blessures, une jambe coupée, le bras tranché. Richard pleure son compagnon d’armes. Le château de Guise est le cœur d’un espace seigneurial qui s’étend de la Sambre à la Serre — un ensemble que la frontière ne viendra diviser que quatre siècles plus tard.

La conquête de Jean de Luxembourg

Au XIIIᵉ siècle, la seigneurie de Guise passe par mariage aux Châtillon-Saint-Pol, puis aux princes de la maison d’Anjou. Le château devient le siège d’un comté. Mais c’est un comté de frontière, pris dans les guerres qui ravagent la Picardie et la Thiérache depuis que les Anglais et les Bourguignons se sont alliés contre la couronne de France.

En 1420, ce comté est l’un des derniers bastions du parti dauphinois au nord de Paris. Le chroniqueur Enguerrand de Monstrelet, qui est proche de la maison de Luxembourg mais n’en cache pas les brutalités, décrit Guise non comme une place isolée mais comme un espace territorial — « la conté de Guise en Térasche » — d’où les garnisons lancent leurs courses sur le Hainaut, le Cambrésis et le Vermandois. Guise fonctionne comme un tremplin offensif : les combattants du comté vont jusqu’en Picardie maritime renforcer Jacques de Harcourt au Crotoy et à Rue, à cent cinquante kilomètres de là. En février 1422, Charles VI confisque le comté à René d’Anjou et le donne à Jean de Luxembourg. Mais la confiscation ne suffit pas. Après la reddition de Compiègne au duc de Bedford en juin 1423, toutes les places dauphinoises entre Paris et Boulogne sont soumises — toutes sauf Le Crotoy et la terre de Guise.

Le duc Philippe de Bourgogne décide d’en finir. Il réunit ses capitaines à Arras et confie la mission à Luxembourg, sire de Beaurevoir, capitaine-général de Picardie. Le point de rassemblement est Péronne. Luxembourg n’est pas un allié des Anglais au sens strict — c’est un féodal ambitieux qui accumule les seigneuries avec la même brutalité qu’il mène ses campagnes. Il veut Guise. Mais Guise ne se donne pas.

La place est défendue par des hommes que l’on retrouvera plus tard aux côtés de Jeanne d’Arc. Étienne de Vignolles, dit La Hire, opère sur les marches d’Ardenne et du Rethelois. Poton de Xaintrailles mène les sorties et les raids. Jean de Proisy gouverne la garnison depuis 1410. Un atelier monétaire bat des guénards et des blancs dans l’enceinte du château — signe d’un pouvoir qui s’organise, pas d’une place qui attend le secours.

Mandaté par le duc de Bourgogne, Luxembourg ne se jette pas sur Guise : il l’étrangle. Sa campagne dure dix-huit mois et se décompose en trois temps. À l’automne 1423, une première vague enlève Proisy et Bucy-lès-Pierrepont. En septembre, Luxembourg marche sur Guise avec son artillerie. Mais les pluies d’automne transforment la vallée en bourbier. Le charriage des bombardes s’enlise. Il renonce, prend Le Nouvion-en-Thiérache le 16 octobre, fait incendier l’église de Mondrepuis par Lyonel de Wandonne — les habitants se sauvent par les cordes du clocher — puis donne congé à ses troupes « jusqu’au printemps ». En novembre, du 4 au 21, une deuxième vague enlève Brissy-Hamégicourt, Surfontaine et Monceau-le-Neuf — dix-sept jours de campagne entre le Laonnois et la Thiérache. L’hiver, Poton de Xaintrailles tente un coup de main sur Ham avec 1 200 hommes du comté de Guise. Luxembourg reprend Ham en trois jours et fait décapiter Valerand de Saint-Germain, capitaine armagnac, malgré un sauf-conduit et six mille écus de rançon offerts par sa mère.

En février 1424, la troisième vague frappe les positions les plus proches de Guise. Franqueville, La Neuville-lès-Dorengt, Buironfosse, Hanappes tombent les unes après les autres. Le seigneur de Saveuse et Daviot de Poix accompagnent Luxembourg. À Landouzy-la-Ville, le château des Coucy-Vervins tombe — quatre-vingts défenseurs sont pendus aux arbres de la forêt. Devant Guise même, Luxembourg livre une « très grande escarmouche » — un test de force, pas encore le siège — puis se replie par Oisy-en-Thiérache vers son château de Beaurevoir.

Au printemps, l’étau se resserre. Oisy capitule le 23 avril. Wiège, assiégé « très puissamment » pendant trois semaines, cède le 25 mai. Les conditions sont dures : vie sauve, mais perte de tous les biens et engagement de ne plus combattre en deçà de la Loire. La forteresse est démolie. Les assiégés se replient sur Guise. Luxembourg, qui connaît ses adversaires, tend alors un piège. Il poste ses hommes derrière une église, sur le chemin de Guise. Poton de Xaintrailles, l’Estandart de Milly et le seigneur de Verduisant sortent de Guise et tombent dans l’embuscade. Poton et Verduisant sont pris. Milly, dans la mêlée, couche sa lance sur Lyonel de Wandonne et le porte à bas de son cheval — le coup est si violent que Wandonne en restera estropié à vie. Milly se replie dans Guise. Luxembourg emmène ses prisonniers à Beaurevoir.

C’est alors que Luxembourg joue son coup de maître. Il négocie avec Poton captif : les combattants du comté de Guise quitteront la place, passeront outre-Loire, et paieront rançon. Le marché est accepté. D’un trait, la garnison perd ses meilleurs capitaines — non pas au combat, mais par traité. Quand le siège commencera, il n’y aura plus personne dans les murs pour organiser des sorties de grande envergure.

Places sous le contrôle de Jean de Luxembourg entre 1420 et 1430.

Le 29 juin 1424, Luxembourg plante enfin ses tentes devant Guise. La coalition est massive : le seigneur de Picquigny, vidame d’Amiens, les seigneurs d’Antoing et de Saveuse, Colart de Mailly et son frère Ferri, Daviot de Poix, Lyonel de Bournonville, le bâtard de Saint-Pol, et un contingent anglais sous Thomas de Rampston, chambellan du régent, envoyé conjointement par Bedford et le duc de Bourgogne. Le siège est ordonné au sommet.

La garnison se bat. Jean de Proisy fait brûler les faubourgs — « moult belles habitations » — pour dégager le champ de tir. Luxembourg dresse ses engins contre la porte. Les défenseurs creusent des poternes pour maintenir leurs communications. Proisy envoie un appel au secours au duc René de Bar, comte de Guise et seigneur légitime, et à son beau-père le duc de Lorraine. La réponse ne vient pas : ils craignent de se mettre en guerre contre l’Angleterre et la Bourgogne, et renoncent à intervenir. Les sorties se multiplient — Monstrelet note qu’elles seraient chacune « trop longues à racompter ». Mais personne ne viendra.

Le 18 septembre 1424, le traité de capitulation est signé devant les murs. C’est une capitulation à terme, selon l’usage : si une armée de Charles VII se présente avant le 1ᵉʳ mars 1425, entre Sains et la maison de Fouquausains, de prime à coucher du soleil, la capitulation est annulée. Huit otages sont nommés — Jehan d’Ere, Renauld du Hamel, Jehan de Caudeville, Jehan de Beauvoir, Jehan de Saint-Germain, Waultier l’ancien, Walerant du Mont, Jehan de Flavigni de Bouwers. Deux conservateurs veillent au respect du traité : Daviot de Poix pour Luxembourg, Colart de Proisy pour la garnison. Le siège est levé après remise des otages. Luxembourg retourne à Beaurevoir. Rampston retourne à Paris avec ses Anglais.

Aucun secours ne vient. Le 26 février 1425, quatre jours avant le terme convenu, Proisy rend la place — Luxembourg avait « tant traictié » avec le gouverneur que la reddition fut anticipée. Le même jour, Hirson — que Monstrelet qualifie de « forteresce », non de château — est livré. Daviot de Poix est nommé nouveau gouverneur de Guise. En moins de trois ans, Luxembourg a pris tout l’axe Oise–Helpe. La poche dauphinoise de Thiérache a cessé d’exister.

La brutalité de Luxembourg en Thiérache provoque des défections jusque dans son propre camp. Dès le printemps 1424, des capitaines bourguignons de Picardie — Longueval, Blondel, le seigneur de Saint-Simon, le seigneur de Maucourt, Pierre de Recourt — se réunissent secrètement à Roye. Monstrelet le dit sans détour : c’est « après qu’ilz estoient retournez des courses, sièges et assemblées que par avant avoit faictes messire Jehan de Luxembourg pour la conqueste de la conté de Guise » que ces hommes décident de basculer au parti de Charles VII. Ils préfèrent « se mectre en adventure de perdre tous leurs biens, que de vivre en telle subjection ». La répression est féroce : Maucourt est pris par le bailli d’Amiens et décapité. Recourt est livré à Luxembourg en personne, transféré à Paris, écartelé comme traître — ses membres pendus en plusieurs lieux.

Luxembourg meurt au château de Guise le 5 janvier 1441, à quarante-neuf ans. Il est inhumé à Notre-Dame de Cambrai. Il avait fait de Guise sa résidence principale — le cœur d’un réseau de places fortes conquises une à une dans les années 1420. C’est depuis ce réseau qu’il captura Jeanne d’Arc à Margny-lès-Compiègne en mai 1430, et la détint à Beaurevoir avant de la livrer aux Anglais.

Jean II de Luxembourg-Ligny

Jean II de Luxembourg-Ligny

Le bastion de la France

Après Luxembourg, le comté de Guise revient à la maison d’Anjou, puis passe aux princes de Lorraine. En 1528, François Iᵉʳ érige Guise en duché-pairie — le premier jamais conféré à un seigneur qui ne soit pas prince du sang. Claude de Lorraine, fils du vainqueur de Charles le Téméraire, cadet de la maison ducale, reçoit ce titre en récompense de ses campagnes sur la frontière du Nord. Le comté médiéval devient une pièce maîtresse de la défense du royaume face aux Pays-Bas habsbourgeois.

Le château est mis à l’épreuve. En 1486, douze mille Impériaux viennent l’assiéger sous le commandement du comte de Nassau — le grand-père de celui qui reviendra un demi-siècle plus tard. Le sire de Hornn est tué devant les murs. En 1523, une trahison manque de livrer la place ; elle est découverte à temps. Mais c’est en 1536 que survient le coup qui change tout.

Cette année-là, la France est attaquée sur deux fronts. Au sud, Charles Quint envahit la Provence. Au nord, le comte de Nassau — le petit-fils — fond sur la Picardie et la Thiérache. Claude de Lorraine est à Paris avec sa famille. Guise, dépourvue de défenseurs, est prise à l’improviste. Nassau ordonne de faire sauter le château. Le temps lui manque. Il met le feu à quatre cents maisons, emmène les habitants captifs au Hainaut, et continue vers Péronne qu’il assiège. Claude réagit par un coup de main nocturne : avec sa cavalerie et quatre cents arquebusiers chargés de sacs de poudre, il traverse le camp de Nassau de nuit et ravitaille Péronne. Nassau lève le siège.

Nassau n’a pas occupé Guise : il l’a traversée en la brûlant. Mais c’est cette destruction qui déclenche la modernisation. Dès juillet 1536, l’armée française campe sur le site pour protéger les premiers travaux. Un ingénieur italien, Antonio da Castello, natif de Città di Castello en Ombrie, trace les premiers bastions en 1541–1542 — l’Alouette, la Charbonnière, la Haute-Ville — les mêmes ouvrages qu’il construit au même moment à La Capelle. En 1543, lors du combat de Bohéries, c’est depuis les faubourgs de Guise que les Français repoussent François de Gonzagues, capitaine de la maison de Mantoue au service des Impériaux. Le château médiéval est mort sous les flammes de Nassau ; la forteresse moderne naît sur ses ruines.

La forteresse bastionnée

Claude de Lorraine reprend les travaux massivement après la paix de Crépy en 1544. Il démolit ce qui reste des tours et des remparts médiévaux, mais conserve le donjon, le puits, les galeries souterraines et les constructions de Charles d’Anjou. En 1549, une inscription lapidaire marque le début officiel de la forteresse bastionnée : ARX HÆC EXTRVI COEPIT ANNO 1549 (La construction de cette forteresse a commencé en 1549).

Le plan est ambitieux. Cinq bastions ceinturent le promontoire, reliés par des courtines. Au sud, deux demi-lunes couvrent les approches. Au nord, les bastions se connectent à la ville — qui, elle, n’est pas remparée. À l’intérieur, Lorraine fait restaurer la collégiale, construire une caserne à sept étages que l’on appelle le Bâtiment des Trois Mille parce qu’elle peut loger trois mille soldats. Un arsenal, un hôtel du Gouverneur, un carré des officiers, une prison d’État complètent l’ensemble. Des casemates et des couloirs de tir au mousquet percent les courtines. Les chantiers sont achevés vers 1552. L’ingénieur Mellorin, mentionné dans la correspondance de François de Lorraine — le fils de Claude, le Balafré de Metz et de Calais — supervise les dernières campagnes de construction en 1555.

La forteresse est une petite ville militaire posée sur le promontoire. Elle surplombe la cité civile sans se confondre avec elle — séparation qui jouera un rôle décisif un siècle plus tard, quand il faudra choisir entre défendre la ville et tenir le château.

Plan de la ville et du château de Guise en 1673

Plan de la ville et du château de Guise en 1673.
Représentation cartographique des fortifications et de l’urbanisme de Guise au XVIIe siècle. Ce plan est une copie réalisée par Amédée Piette en 1873, basée sur un plan original établi lors de l’inspection militaire menée par Vauban. Bibliothèque nationale de France.

Les sièges sans brèche

En 1594, dans les dernières convulsions des guerres de Religion, Henri IV met le siège devant Guise. Il incendie les faubourgs, canonne les murailles, mais ne perce pas les bastions de Claude de Lorraine. La place reste aux ligueurs.

Quarante-deux ans plus tard, l’épreuve est d’une autre nature. L’été 1636 est celui de toutes les catastrophes. Le 10 juillet, La Capelle — le verrou de la Thiérache — tombe en sept jours. Claude du Bec capitule sans brèche, trois canons seulement montés sur les remparts, pas de poudre. Louis XIII le condamne à mort par contumace. Deux semaines plus tard, c’est Hirson qui tombe à son tour. Au nord, Ferdinand d’Autriche, dit le Cardinal-Infant, gouverneur des Pays-Bas espagnols, lance son armée sur la Picardie — trente-cinq mille hommes sous le commandement du prince Thomas de Savoie, du général Piccolomini et du comte Jean de Werth. La frontière s’effondre. Corbie est prise. Paris tremble.

Guise est la prochaine cible. La place est en ruine. Les murailles sont ouvertes, les canons démontés. Mais le 5 juillet, cinq jours avant la chute de La Capelle, Louis XIII a confié la défense à Jean-Baptiste Budes, comte de Guébriant, homme de guerre breton, avec seize compagnies et quelque six mille hommes. Le 13 juillet, l’ennemi paraît devant Guise. Le 16, Thomas de Savoie installe vingt-cinq pièces de canon entre le Bucquoy et le château de l’Étang et envoie une sommation. La réponse de Guébriant est entrée dans les mémoires de l’historien Auguste Matton : « il ne redoutait rien et ferait volontiers abattre trente brassées de murailles pour abréger la défense. » Dans la journée, il sort à la tête de ses hommes, tue deux cents Espagnols, fait des prisonniers. Thomas de Savoie décampe le soir même vers Origny-Sainte-Benoîte.

L’ennemi parti, Guébriant ne reste pas l’arme au pied. Le 3 septembre, il tend une embuscade dans le bois de Lerzy. Le capitaine Delorme, qui ruinait la Thiérache depuis La Capelle pour le compte des Espagnols, poursuit un troupeau lancé comme appât et tombe dans le piège avec trente cavaliers. Louis XIII avait mis deux mille pistoles sur sa tête. La ruse coûta moins cher qu’un siège.

Quand Guébriant quitte Guise en janvier 1637, Matton note que chacun le regardait comme le protecteur de sa fortune et pleurait en lui celles d’un vrai père. Le roi le récompensera : il mourra maréchal de France.

Vestiges du château

Vestiges du château

Guise, quartier général

Son successeur s’appelle Joachim de Quincé, futur gouverneur de Guise. La Gazette Renaudot l’écrit « Quinse » et le nomme dans presque chaque numéro de l’année1637. Ce n’est pas un hasard. Pendant deux ans, le château de Guise cesse d’être une forteresse assiégée pour devenir le quartier général de la contre-offensive française en Thiérache.

Il faut observer la carte. Guise tient le passage de l’Oise. À l’est, Hirson — que la Gazette dit « appartenant au Duc de Guise » — commande la haute vallée et la route vers Chimay. Au sud, La Capelle verrouille la frontière picarde. Au nord, Avesnes est le miroir espagnol — le baron de Crèvecœur y gouverne, le sieur de Croÿ y officie comme bailli, un siècle après que Philippe de Croÿ ait bâti les remparts. Les garnisons espagnoles d’Avesnes, Landrecies, Maubeuge et Le Quesnoy quadrillent le Hainaut. Quincé, depuis son promontoire, mène la guerre des sorties, des embuscades et des convois.

Dès le 15 janvier 1637, il escorte le marquis de Praslin pour tendre une embuscade à La Flamengrie, à moins d’un kilomètre de La Capelle. Trois compagnies espagnoles sorties au fourrage tombent dans le piège — quarante tués, cinquante chevaux pris. Les survivants fuient dans le fort de Floyon. Quincé, dit la Gazette, « avait donné à la tête des coureurs et se porta fort généreusement en cette action ».

En juin, pendant que le vicomte de Turenne, maréchal de camp, reprend le château d’Hirson avec douze cents hommes et six canons, Quincé lance un raid au cœur du pays ennemi. Il part de Guise le 8 juin à trois heures de l’après-midi, rejoint ses troupes à Étreux — à huit kilomètres de la ville — et chevauche toute la nuit. L’avant-garde, cent chevaux sous le sieur de La Borderie, officier de la garnison de Marle, ratisse six kilomètres de pays ennemi entre Landrecies, Le Cateau et Avesnes — bétail, quarante prisonniers, quarante-cinq chevaux. Près de Bazuel, la compagnie de Dom Gonçalès, qui revenait de brûler deux villages français, croise la colonne. Quincé l’encercle par deux escadrons ; l’ennemi fuit jusqu’aux barrières du village. Il rentre à Guise avec ses prisonniers.

C’est au retour de ce raid que la Gazette rapporte un geste qui dit tout du personnage. Ses cavaliers avaient pris des chariots pleins de femmes et d’enfants espagnols. Quincé les demande au marquis de Praslin et les renvoie sans rançon ni outrage — « pour montrer que c’est par la seule nécessité de la guerre que les François n’exercent pas la courtoisie sur les ennemis ». On pense aux suppliques des paysans de Saint-Hilaire qui, à la même époque, décrivent les exactions subies. La guerre en Thiérache a ses deux visages. La Gazette les montre tous les deux.

En septembre, les rôles convergent. Le cardinal de La Valette, commandant en chef de l’armée de Picardie, marche sur La Capelle avec le Grand Maître de l’Artillerie, pour reprendre la place perdue un an plus tôt. Quincé fait venir les paysans de son gouvernement pour creuser les tranchées. Le siège dure vingt jours. Quand la garnison espagnole négocie sa sortie, elle réclame Quincé nommément comme otage — il est connu des deux côtés, respecté des deux côtés. La Capelle, reprise le 21 septembre 1637, ferme la boucle ouverte par la capitulation du gouverneur Claude du Bec.

La reprise d’Hirson par Turenne en juin, la reprise de La Capelle en septembre, les raids de Quincé depuis Guise entre les deux : le château n’est plus seulement une place à défendre, c’est le pivot d’un dispositif qui rattache Hirson, La Capelle et Landrecies à un même commandement. La forteresse que Claude de Lorraine avait construite pour résister fonctionne désormais comme base d’opérations.

En novembre, l’armée française campe à Hannapes, à huit kilomètres de Guise. Piccolomini rôde entre Le Quesnoy et Beauvais. On s’échange des cadeaux entre gentilshommes — le général italien offre deux pistolets d’ébène au duc de Candale, qui répond par une épée à baudrier brodé d’or, d’argent et de perles. La courtoisie et la guerre, encore.

L’hiver venu, l’évasion du capitaine milanais Rivola achève de faire de Guise un lieu de ralliement. Condamné à la décapitation par le Cardinal-Infant pour avoir rendu La Capelle, Rivola s’échappe du Quesnoy déguisé en valet grâce à l’aumônier de la garnison et se réfugie à Guise — « chez le Comte de Quinse son ancien ami ». De là, il gagne la Cour, où il est si bien reçu, note la Gazette, « qu’il n’est pas prêt de retourner sur les terres d’Espagne ».

En 1638, la menace change d’échelle. Au printemps, Lambert, le nouveau gouverneur de La Capelle, attaque une position espagnole fortifiée que la Gazette désigne comme le « bourg de Formy » — probablement le site du Trou Féron, à Féron — en coordination avec le gouvernement de Guise — les deux juridictions couvrent le même théâtre. En juillet, Piccolomini reçoit l’ordre d’attaquer Guise ou, à défaut, Landrecies. Mais la Cour a anticipé : Saint-Préuil, François de Jussac d’Ambleville, maréchal de camp surnommé « Tête de fer », jette dans la place cinq cents chevaux et six régiments — Longueval, Poitou, Saintonge, Du Gué, Castelnau et Rabutin. Quincé et Saint-Préuil convoient ensuite cent cinquante chariots de blé à Landrecies, ravitaillant la place pour quatre mois. Piccolomini, avec huit mille hommes dont beaucoup de malades, renonce.

En juin 1639, un incendie ravage deux cents maisons dans Guise. Le château, sur son promontoire, n’est pas touché. Quincé ne s’arrête pas. En août, avec le comte de Saligny, il nettoie les forts espagnols d’Étreux, Cartignies, Boulogne et Le Fay — quatre nids de partisans qui coupaient les routes entre Guise, Landrecies et La Capelle. Les femmes prises à Étreux sont, comme toujours, renvoyées sans rançon aux portes d’Avesnes. La Gazette note que depuis la perte de ces forts, la ville n’a plus rien qui la couvre — et que le gouverneur espagnol a dépêché un courrier au Cardinal-Infant, croyant Quincé venu l’assiéger.

La guerre ne faiblit pas. En décembre 1640, la garnison d’Avesnes pousse jusqu’aux barrières du faubourg de Ville et rafle tout le bétail des prairies en plein midi. Quincé, qui faisait ses dévotions aux Minimes, fait tirer un coup de canon pour alerter les villages, puis sort avec sa cavalerie et trois cents mousquetaires — son régiment et deux régiments irlandais, Sinot et Coulon. Il rattrape les Espagnols au passage d’Iron, les taille en pièces à Quieri (ancien lieu-dit entre Iron et Cartigny), les poursuit l’épée dans les reins jusqu’à Cartigny, à six kilomètres d’Avesnes — vingt kilomètres de course. Cinquante mille livres de butin recous, rendues aux propriétaires. En juin 1641, il surprend à nouveau Boulogne avec une ruse de guerre : il glisse dans ses troupes « grand nombre de trompettes et de tambours » qui mènent un tel vacarme que la milice espagnole, croyant affronter dix fois plus d’hommes, s’enfuit.

Mais en mai 1642, après la bataille de Honnecourt, la menace change de nature. Dom Francisco de Mello fait courir le bruit qu’il marchera sur Guise. Quincé — désormais maréchal de camp — jette huit cents paysans armés de fusils dans la place, fait abattre les maisons trop proches de la forteresse, et le chevalier de la Valière dirige les travaux de fortification. L’ennemi décampe vers Charlemont. Un an plus tard, en mai 1643, c’est le duc d’Enghien qui renforce Guise — Rambure, cinq compagnies Royales, deux Suisses — tandis que Mello installe son armée entre Avesnes, Guise et La Capelle. Quelques jours plus tard, Rocroi balaie tout. Le 8 juin, Quincé quitte Guise avec un convoi de vivres pour rejoindre l’armée victorieuse. Enghien le fait maréchal de camp sur le champ — en même temps que Sirot. Le lendemain, il passe devant Avesnes avec le marquis d’Aumont. Le canon les canonne, deux chevaux sont tués sous eux. En retour, ils renvoient courtoisement une prisonnière au baron de Crèvecœur, qui leur fait porter un déjeuner.

Six ans de gouvernement, du premier raid de janvier 1637 à la promotion de juin 1643. Quincé n’est jamais nommé dans les histoires de France. Il ne commande pas de bataille rangée, ne négocie pas de traité, ne porte pas de titre qui retienne l’attention des mémorialistes. Mais pendant six ans, c’est lui qui tient le promontoire — et depuis le promontoire, la frontière. Après son départ, Louis de Bridieu, futur gouverneur de Guise, prend le gouvernement en 1644. Les bastions de Claude de Lorraine ont tenu contre Thomas de Savoie, servi de base à Quincé, repoussé Piccolomini sans combat et vu passer Enghien. Ils tiendront encore sept ans, jusqu’au plus grand siège de l’histoire de Guise.

Armoiries de Guise

Armoiries de Guise

Le siège de 1650

C’est le morceau de bravoure. Celui que la ville célèbre encore, celui qui a fait frapper des médailles et anoblir des bourgeois.

Avant le siège, il y a l’homme. Louis de Bridieu gouverne Guise depuis 1644. Au printemps 1650, il ne reste pas derrière ses murs. La Gazette du 30 avril raconte : il envoie dix cavaliers provoquer la garnison du Quesnoy, qui refuse de sortir. Ils rabattent alors vers Landrecies, où soixante cavaliers espagnols les chargent. Les Français les attirent dans une embuscade à huit kilomètres de là, « proche de l’Arbre de Guise ». Mésilles, cornette de la compagnie de Guise, et cinquante mousquetaires se jettent si rudement sur les Espagnols que le lieutenant Salomon est ramené prisonnier à Guise avec quarante-sept cavaliers « et jusqu’à leur trompette ». Un seul mort français. Bridieu annonce son retour et « le peu d’état qu’il faisait de leurs forces ».

En juin, la Fronde fait basculer la frontière. Turenne, passé au service de l’Espagne, marche sur la Thiérache avec l’armée des Pays-Bas. Le 31 mai, Charles de Monchy, marquis d’Hocquincourt, arrive à Guise avec deux mille chevaux et trois mille fantassins. Le 1ᵉʳ juin, Hirson tombe — del Ponti s’en empare, le maître de camp Dom Joseph Guasco est tué d’un coup de fusil. Le 5 juin, deux escadrons ennemis poussent les gardes de Guise. Hocquincourt sort avec « seulement quelques volontaires et ceux de sa maison », se mêle aux ennemis, puis se replie sur trois cents mousquetaires embusqués derrière un rideau de terrain. Dix-huit morts chez l’ennemi, dont le lieutenant-colonel du régiment de Wittemberg. Des prisonniers rapportent que l’armée ennemie compte quatorze à quinze mille hommes, la plupart cavalerie, la moitié de leur infanterie pas armée, et qu’ils souffrent déjà d’une grande disette de vivres.

Le 16 juin, Guise est investie. Le Journal du siège dessine la carte : le comte de Fuensaldagne, Alonso Pérez de Vivero, commandant l’armée des Flandres, s’installe à Flavigny-le-Petit, Turenne à la Motte (lieu-dit près de Guise), le général espagnol Esteban de Gamarra à Saint-Germain, le marquis Sfondrato et les Lorrains du major Fauge et du baron de Clinchamp au-dessus du bourg de Villers. Guise est encerclée.

Bridieu prend une décision brutale. Il fait transporter les provisions dans le château, puis ordonne aux habitants de brûler eux-mêmes les faubourgs de Villers, de Chanteraine et de la ville haute. Tout ce qui pourrait servir de couvert à l’ennemi part en fumée — par les mains de ceux qui y vivent. Le geste dit l’homme : il ne défend pas une ville, il défend une forteresse, et il le sait depuis le premier jour.

La garnison est modeste : entre treize cents et deux mille hommes selon les sources — le Journal détaille les corps : quatre à cinq cents du régiment de Guise, trois à quatre cents de Persan, autant de Clermont, quatre cents Polonais sous Mélisco, trois cents Suisses sous les frères de Salis. Bridieu les répartit avec précision. Persan tient la contrescarpe du château, Guise la haute ville, les Suisses la pièce à corne, les Polonais la demi-lune, Clermont la contrescarpe jusqu’à Chanteraine. Montfort, lieutenant du gouverneur, commande tous les dehors. Le comte de Clermont commande la ville — avec huit cents habitants sous la conduite de trois magistrats : Poulain, des Forges et de la Chasse.

Les premiers jours sont une guerre de harcèlement. Mésilles se signale dès le 16, avec ses soixante cavaliers. Le 19, il a déjà deux chevaux tués sous lui. Le 20 juin, un trompette de Fauges vient offrir la neutralité au nom de la maison de Lorraine — c’est-à-dire la trahison. Rejeté. Le lendemain, même offre, même refus. Ce même 21 juin, Roquefort, lieutenant du régiment de Persan, et un habitant nommé Vive entrent dans la place déguisés, portant une lettre de Son Éminence qui promet le secours. Le moral tient.

Le 22 juin, les Espagnols prennent la barrière du grand pont et installent trois batteries au Mont Marlot. Les bombes commencent à tomber sur le château et la ville. Un trompette apporte une sommation — renvoyé avec mépris. C’est ce jour-là qu’un jeune homme nage dans l’Oise, un couteau entre les dents, sous le feu des batteries, et coupe le câble d’un bateau que les Espagnols ont amarré sur la rivière. Matton le nomme Pierre Wateau. Le Journal le confirme sans le nommer. L’épisode est établi.

Le 23, le capitaine Saint Laurens du régiment de Guise et un habitant nommé Burlet sont tués. Les bombes provoquent un début de panique chez les civils — Bridieu y met bon ordre. Le 24 au soir, les Espagnols emportent la demi-lune de Chanteraine — ils en sont rechassés dans la nuit. Le 25, le boulevard du Mont Éventé est battu, une brèche s’ouvre au niveau du gué. Les assiégés la retranchent de nuit.

Le 26 juin, le greffier de l’Élection Vignois est tué au grand pont. Mais ce jour-là, un signal change tout : l’armée du roi apparaît derrière la rivière de Verly. Du Plessis-Praslin est là.

Entrée principale du château

Entrée principale du château

Dans la nuit du 27 juin, l’assaut général est donné. Huit cents fantassins et deux cents cuirassiers attaquent la brèche du Mont Éventé et l’emportent. Les habitants refluent vers la porte aux Poissons. Bridieu et Clermont veulent contre-attaquer, mais au même moment l’ennemi lance un assaut simultané sur les dehors du château. Côté Chanteraine, les Espagnols glissent par les jardins, pétardent la deuxième porte. Ils entrent dans la ville. Habitants et soldats se replient dans le château.

Au pied du château, quinze cents hommes attaquent les contrescarpes. Six cents Espagnols prennent un poste sous le bastion de la Charbonnière et se retranchent pendant quatre heures. Un ingénieur trace au cordeau dans le fossé la tranchée pour attacher le mineur. Cent vingt officiers espagnols sans affectation, la pique en main, viennent renforcer la position. Quarante Français sont tués ou blessés.

À la pointe du jour, le conseil de guerre ordonne la contre-attaque. Montfort — qui a commandé jour et nuit tous les dehors depuis le début du siège — conduit deux cents hommes vers le logement ennemi. Le capitaine de Houy reçoit une balle dans les reins et une autre au pied. Mélisco est blessé. Un enseigne tué, un sergent suisse criblé de deux coups de mousquet. Les soldats hésitent. Clermont sort alors de son poste, l’épée à la main, rallie les hésitants et aide Montfort à reprendre la position. Les Espagnols sont repoussés dans leurs tranchées, abandonnant cent vingt piques, deux cents mousquets, des rondaches, deux cents pioches et pelles. Soixante morts sur la place. La blessure de Montfort, que l’on crut d’abord mortelle, ne l’est pas.

Le 29 juin, selon Matton, Mésilles monte à cheval avec quatre-vingts cavaliers. Ils se sont déguisés — en diables, en Turcs, en sauvages, en Maures. Ils sortent de nuit par les casemates et sèment la panique dans les lignes espagnoles. Le Journal du siège confirme la sortie — soixante cavaliers par les casemates, sous le marquis de Soliez, Fiennes et Pont — mais ne dit rien des déguisements. L’Extraordinaire non plus, qui se contente de célébrer Mésilles pour « ses fréquentes sorties ». Ce double silence est concordant : un acte de guerre sous fausse bannière, si efficace fût-il, n’a pas sa place dans le registre chevaleresque que Renaudot construit. Le Journal et l’Extraordinaire confirment l’événement ; tous deux taisent le procédé. Matton, archiviste rigoureux, le tenait d’une source locale qui n’avait pas les mêmes pudeurs.

Le 30, Fuensaldagne envoie une sommation par trompette — accompagnée de deux mines attachées à la muraille du château, derrière l’église, à mi-côte. La réponse de Bridieu existe en deux versions. L’Extraordinaire rapporte qu’il retourne le conseil à Fuensaldagne : « de ne hasarder plus son armée pour la prise d’une place qu’il n’emporterait point ». Le Journal du siège cite un mot plus ramassé, plus fier : « les personnes d’honneur ne peuvent maintenir cette qualité sans conserver la place ». Les deux sont de lui. La seconde est celle d’un gouverneur qui parle pour la postérité.

Le lendemain, 1ᵉʳ juillet, sur les sept heures du soir, les mines jouent. L’une reste sans effet. L’autre n’emporte qu’un morceau de rocher — rendant la place plus escarpée qu’avant. Matton, qui cite une tradition locale, parle de quarante-huit tonneaux de poudre. La Gazette ne donne pas de chiffre, mais le Journal note que Fuensaldagne, Turenne et les généraux, venus pour l’assaut, repartent. Turenne, dit Matton, était monté au clocher des Minimes pour observer le résultat. Il en redescend « très désappointé ».

Mais le siège n’est pas levé par les mines ratées seules. Il est levé par la faim.

Pendant que la garnison résiste, le maréchal du Plessis-Praslin mène à l’extérieur une guerre d’interdiction méthodique. Il s’est posté le 25 juin à Vadencourt, à trois kilomètres de Guise. Il fait couper les chemins par des abattis d’arbres et des fossés. Quatre lieutenants généraux — Villequier, Hocquincourt, La Ferté-Senneterre, Bougy — sont lancés successivement avec cavalerie et mousquetaires entre Guise, Landrecies et Avesnes pour bloquer les convois. Bougy passe une semaine entière dans les bois entre les trois villes. Dès la première semaine, le pain de vingt-quatre onces se vend vingt sols dans le camp espagnol. Au vingt-huitième jour, il en coûte cent sols — et après cette date, il n’y en a plus du tout, même chez les officiers. Le régiment de Turenne, six cents hommes au départ, fond à deux cent cinquante par la désertion. Les soldats menacent de sédition générale. Les Espagnols interdisent aux Français frondeurs l’accès aux tranchées. L’armée se disloque.

Le 29 juin, le coup décisif tombe. Un convoi de sept cents cavaliers et trois cents chevaux de somme chargés de pain et de munitions tente de passer par Sorbais, dans le gouvernement de La Capelle. Roquépine, gouverneur de la place, et Gonteri sortent avec deux cent cinquante hommes seulement. Ils chargent, mettent les Espagnols en déroute sur huit kilomètres à travers les bois de La Capelle, capturent trois cents chevaux de somme, les poudres, les boulets, et cinquante mille rations de pain. Cent cinquante ennemis tués, autant de prisonniers. Les vivres sont ramenés dans La Capelle. Le chevalier de Roquespine, neveu du gouverneur, disparaît dans l’action — tué ou prisonnier, on ne saura jamais.

Dans la nuit du 1ᵉʳ au 2 juillet, à dix heures du soir, l’armée espagnole lève le siège. En partant, elle met le feu à la ville. Les habitants — « ces fidèles habitants de Guise, qui ont gaiement employé leurs vies et brûlé jusqu’à leurs maisons pour le service du Roi et de leur patrie » — éteignent l’incendie aussitôt. Bridieu constate la retraite et salue d’une triple salve de canon et de mousqueterie. Du Plessis-Praslin se met à la tête de sa cavalerie et de mille mousquetaires pour poursuivre.

Le bilan est lourd des deux côtés. La ville est brûlée au quart, tous les faubourgs détruits — par les habitants eux-mêmes au premier jour, par les Espagnols au dernier. Plus de vingt civils sont morts, plus de trente ont été pris. Mais l’ennemi a perdu un cinquième de son armée — par les salves, les sorties, la famine, la maladie, la désertion. La Gazette compte huit cents morts et plus de trois mille déserteurs. L’anecdote de Bugnate, chef de la milice de la ville, résume le siège mieux qu’un discours : en rentrant dans sa maison, il trouve quatre Espagnols attablés chez lui. Il en tue trois.

Ce siège n’est pas l’histoire d’une garnison qui résiste seule. C’est l’histoire de deux mâchoires qui se ferment — Bridieu à l’intérieur, du Plessis à l’extérieur — et d’un convoi intercepté par La Capelle qui achève d’affamer l’assiégeant. Le château a tenu. Mais c’est la faim qui a gagné.

Bridieu est couvert d’honneurs — il restera gouverneur trente-trois ans. Des bourgeois sont anoblis. Une médaille commémorative est frappée. En 1715, on célèbre encore l’anniversaire. En 1836, le portrait de Bridieu est offert à la ville. Et dans les campagnes autour de Guise, on raconte longtemps l’histoire de l’abbé Migneau des Essarts qui, avec ses douze cents paysans armés, harcelait les convois espagnols sur les chemins creux de la Thiérache pendant que la garnison tenait les bastions.

Montfort porte la nouvelle à la Cour. La réjouissance, dit la Gazette, est extraordinaire. Ce succès, « lorsqu’on s’y attendait le moins, apprend aux bons Français à demeurer fermes au soutien de la bonne cause : et aux autres à quitter de bonne heure la mauvaise ». La Fronde est dans chaque mot.

Passage du premier bastion

Passage du premier bastion

De la reconstruction à l’obsolescence programmée

Bridieu ne quitte pas Guise. Il y reste trente-trois ans — de 1644 à sa mort en 1677. Pendant que la Fronde s’achève, que les armées continuent de ravager la Thiérache, il finance sur ses propres deniers les compagnies suisses que le roi ne paie plus. Il fait construire une muraille d’une trentaine de mètres pour consolider les remparts ébranlés par les mines de Fuensaldaine. En 1654, il écrit à Letellier une longue lettre où il détaille les distances stratégiques de Guise aux places voisines — une trentaine de kilomètres de Cambrai et d’Avesnes, une vingtaine de Landrecies et de La Capelle — comme pour rappeler à la cour que sa garnison est le pivot de tout le dispositif de la frontière nord. Louis XIV l’entend : il visite Guise en octobre 1654, y revient en juillet 1655 pour y tenir conseil de guerre avec Mazarin et Turenne, y passe en revue trente-deux mille hommes aux champs de Lesquielles et de Buironfosse. En septembre 1656, c’est encore à Guise que le roi et Turenne préparent le siège de La Capelle.

Le 18 novembre 1657, la ville honore son gouverneur. Ses armoiries et celles de Guise sont sculptées sur marbre bleu du Hainaut et scellées au bastion du Mont-Éventé — celui-là même que les mines espagnoles avaient ébranlé sept ans plus tôt. Le sculpteur, Nicolas de Brissy, venu de Marbais, est payé cent livres.

Mais le traité des Pyrénées, en 1659, change la donne. La frontière recule vers le nord. Avesnes, Landrecies, Le Quesnoy, Marienbourg, Philippeville, Rocroy passent à la France. Guise n’est plus en première ligne. Elle glisse de la deuxième ligne de défense à la troisième. Le roi concentre les moyens plus au nord, là où Vauban construit son Pré Carré.

C’est pourtant Vauban qui vient à Guise. La séquence est précise. En avril 1672, Louis XIV envoie le duc d’Harcourt inspecter les fortifications. En octobre, le comte de Luc, grand maître de l’artillerie, vient à son tour. Le 19 janvier 1673, Vauban arrive en personne. Il rédige un mémoire technique que Matton cite d’après le Dépôt des fortifications : consolider la demi-lune devant la grande porte, raser la Haute-Ville — le terme est de Vauban lui-même —, prolonger le revêtement de la porte Chanteraine, achever le bastion de Chanteraine. Mais Vauban ne redessine rien. Il consolide les tracés de Claude de Lorraine. La forteresse bastionnée du premier duc, construite un siècle plus tôt, reste le cadre.

Bridieu avait préparé le terrain. De 1665 à 1667, il avait fait construire au-delà de la porte Chanteraine jusqu’au bastion Saint-André. Les travaux de Vauban prolongent les siens. Le trésorier de France à Soissons, Chantereau-Lefebure, dirige le chantier. L’ingénieur Rivière reconstruit les bastions Saint-André et de la Charbonnière. Trente-six maisons sont expropriées pour dégager les abords — la plupart en ruines depuis le siège de 1650, estimées vingt mille cent quatre-vingts livres. En 1675, on construit le logement du gouverneur dans le fort.

Bridieu meurt le 6 mars 1677. La ville lui rend les honneurs funèbres les 11 et 14 mars. Elle compte alors trois cent quatre-vingt-quatre habitants. Un mémoire municipal de l’hiver 1676-1677 décrit la misère : deux cent soixante-quatre personnes en ville, cent vingt dans les faubourgs, une quarantaine réduites à la mendicité. Le petit Hôtel-Dieu ne peut accueillir que douze à quatorze malades. Guise a survécu à tous ses sièges, mais la guerre l’a vidée.

Son successeur, Jean-Paul de Laffite de Pelleport, n’a pas la stature de Bridieu. Les conflits municipaux remplacent les faits d’armes. La mémoire, elle, tient : en 1715, soixante-cinq ans après le siège, la mairie condamne cent trente et un habitants à dix sous d’amende pour ne pas s’être présentés au feu de joie commémoratif. L’argent sert à réparer le pavé de la place d’armes.

Guise en 1830

Guise en 1830

Le lent déclin

Au XVIIIe siècle, le château s’endort. L’entretien est minimal. En 1711, il n’y a plus de garnison — seulement deux guetteurs postés au donjon, payés cinquante livres par mois. En 1730, on répare le pont-levis de la poterne. Vers 1771, on perce la demi-lune de Chanteraine pour y faire passer une chaussée. La forteresse s’ouvre à la circulation : signe que plus personne ne pense sérieusement à la défendre.

La Révolution lui inflige un affront symbolique. Le 22 mars 1793, des volontaires arrachent et brisent l’écusson en bronze aux armes du prince de Condé au-dessus de la première porte du château. Mais l’affront est suivi d’un sursaut. Valenciennes est tombée, l’ennemi menace Cambrai et Landrecies, la Convention rebaptise Guise « Réunion-sur-Oise ». Le général Custine inspecte le château et le trouve dans un état alarmant : la ville n’est protégée que par un simple mur de trois mètres sans terrassements, le château n’a plus de contrescarpe. Mais il conserve un chemin couvert, une demi-lune au sud et quatre souterrains très étendus. Le lieutenant du génie Joseph Kirgener — un futur général — arrive le 28 août 1793 pour diriger les travaux de remise en état. Sept mille huit cents palissades sont commandées, cinq cents chevaux de frise, sept cent quatre-vingts toises de liteaux. Le château, un instant, retrouve une fonction militaire.

En 1798, il en trouve une autre : prison de guerre. Sept cents soldats anglais y sont enfermés, gardés par cinquante-quatre gardes nationaux sédentaires.

Puis vient 1815. Waterloo a eu lieu. Le corps d’armée prussien de Bülow campe entre Etreux et Oisy. La garnison de Guise est dérisoire : quatre-vingt-trois fusiliers vétérans, soixante-trois gardes nationaux de Seine-et-Oise, dix-neuf artilleurs à pied — cent soixante-cinq hommes sous le colonel Derlon. Le 24 juin, Blücher fait bombarder le fort pendant cinq heures. Douze maisons brûlent au faubourg de la Poterne. L’artillerie française démonte deux pièces ennemies au Mont Marlot. Mais les gardes nationaux désertent — cinquante-sept d’un coup la veille. Le 25 juin, à dix-huit heures, il reste quarante-sept soldats. Derlon capitule. Les Prussiens, qui connaissent déjà l’abdication de Napoléon, se montrent d’une arrogance extrême. Les contributions de guerre s’élèvent à sept cent soixante-dix mille cinq cent treize francs. Le contraste avec 1650 est saisissant : même promontoire, même enjeu, mais plus d’hommes et plus de sens.

Le déclassement suit. Une ordonnance de 1821 classe Guise place forte de troisième classe — un rang qui maintient les servitudes militaires sans remettre la place en état de défense. En 1842 et 1843, deux ordonnances royales tranchent : seul le fort reste poste militaire. Le reste est abandonné. La démolition commence. La porte Chanteraine, construite par Bridieu en 1665, est abattue cent quatre-vingts ans plus tard. La porte du grand pont suit en janvier 1847 — on récupère l’horloge de 1627 et le carillon de 1740. Le bastion Saint-André est vendu en 1858. En février 1843, pour faire passer une locomotive destinée au chemin de fer Valenciennes–frontière belge, le capitaine du génie Revel doit en faire abattre la cheminée : elle ne passe pas sous la porte. L’anecdote dit tout. Les remparts de Guise ne résistent plus qu’à la circulation.

Le fort, lui, tient encore. Un fait divers de mai 1847 — un vol de linge dans l’enceinte — confirme qu’il est toujours défendu par des murs solides, des fossés, des ponts-levis gardés en permanence par des sentinelles. Ce que l’on démolit, ce sont les remparts de la ville. Le château, sur son promontoire, reste debout. Mais il n’a plus de raison d’être.

La mort annoncée

Le 5 septembre 1870, un conseil de guerre se tient à Guise. La décision est unanime : on ne défendra pas la place. Le commandant Baussin expose les faits sans détour — la garde mobile est insuffisamment instruite, les fusils sont disparates et hors d’usage, les vivres manquent. Une résistance serait inutile et exposerait la ville à des représailles. Le bataillon se replie sur Saint-Quentin avec le matériel. Pour la première fois de son histoire, le château de Guise n’est même pas défendu.

Les troupes allemandes occupent la ville. Godin, le fondateur du Familistère, paie de sa poche dix mille francs de rançon après un incident à l’usine. Le château de l’Étang est partiellement incendié. Le fort, lui, n’est plus un objectif : personne ne le bombarde, personne ne l’investit. Il est devenu invisible.

Puis on creuse dessous. En 1882, l’ingénieur Menche de Loisne présente un projet de tunnel ferroviaire sous le Mont Marlot et le fort, « sans nuire à la défense nationale d’après l’avis gouvernemental ». La défense nationale est encore officiellement invoquée — mais c’est une fiction administrative. Le tunnel est percé de 1882 à 1890 : cinq cent soixante-six mètres et soixante-six centimètres sous les fondations du château pour faire passer des trains. Le dernier coup de pioche est donné le 21 décembre 1889, jour de la Saint-Thomas — d’où le nom du tunnel. Les trains ont fait plus que les canons.

En août 1914, le château est bombardé. Il en sort très endommagé. Après la guerre, l’État le déclasse comme place de guerre en 1922 et le met en vente. Un entrepreneur parisien, Donadio, l’achète en février 1925 pour dix-huit mille quatre cent vingt-cinq francs. Il arrache les parements de grès des soubassements. Puis il revend le site à un vidangeur nommé Sonnet, qui comble les souterrains avec des déchets de voirie. Les infiltrations minent la base de la colline.

Le château de Guise, mille ans de sièges et de reconstructions, finit en carrière de pierres et en décharge publique.

Portrait de Maurice Duton - Club du vieux manoir

Portrait de Maurice Duton – Club du vieux manoir

La renaissance

En novembre 1954, un Guisard de vingt-six ans nommé Maurice Duton loue le site à la veuve Sonnet. Il a fondé deux ans plus tôt une association, le Club du Vieux Manoir, avec une idée simple : offrir aux jeunes des loisirs de plein air en les faisant travailler sur des monuments abandonnés. Il appelle cela des « camps-chantiers-patrimoine » — un concept qu’il a inventé et déposé en 1952. Guise est son premier chantier.

En février 1957, le mur de soutènement nord-est s’effondre. La municipalité fait évacuer et démolir les maisons du côté pair de la rue Chantraine. Le bastion du Cavalier et les vestiges du logis du gouverneur sont arasés.

Le travail est colossal. Il faut débroussailler, déblayer, consolider ce qui reste sous les remblais de Sonnet et les arrachages de Donadio. Les bénévoles dégagent quatre grandes salles et le cellier de l’arsenal. En 1964, les fondations de la collégiale Saint-Gervais-et-Saint-Protais — celle que Godefroi avait fondée au XIᵉ siècle dans l’enceinte du château — sont mises au jour. Neuf siècles après sa construction, la collégiale refait surface sous les pioches des jeunes du Vieux Manoir.

En 1963, André Malraux remet à l’association le premier Prix Chefs-d’œuvre en Péril. Le journal Le Monde le surnomme « le Goncourt des vieilles pierres ». Le 6 août 1965, les consorts Sonnet cèdent le château à la ville. Le Club du Vieux Manoir continue d’animer, de restaurer et d’entretenir le site. En 1970, l’association est reconnue d’utilité publique.

Maurice Duton meurt le 18 décembre 2000, à soixante-douze ans. La voie d’accès au château porte son nom — allée Maurice Duton. Plus de cinquante-cinq mille jeunes ont été accueillis à Guise depuis le premier coup de pioche.

Trois bastions subsistent aujourd’hui : l’Alouette, la Haute-Ville, la Charbonnière — ceux que Castello avait tracés en 1541–1542, que Claude de Lorraine avait bâtis, que Vauban avait consolidés. Le donjon médiéval est debout. La tour de guet aussi. La prison d’État aussi. De la caserne des Trois Mille et de la collégiale, il ne reste que les fondations et les caves. Un musée occupe les casemates du bastion de l’Alouette. Chaque année, les Ducales — la fête médiévale de Guise — ramènent du bruit et du monde sur le promontoire.

Le promontoire aujourd’hui

Le visiteur qui monte au château par l’allée Maurice Duton, découvre d’abord l’épaisseur du site — la porte voûtée, la tour circulaire, le mur de grès taillé dans la pente. L’enceinte bastionnée dessine un tracé triangulaire au sommet du promontoire. Le donjon médiéval s’y dresse encore : trente-deux mètres de haut, dix-huit mètres de diamètre, des murs de quatre mètres et demi à cinq mètres d’épaisseur — brique sur soubassement de grès.

Depuis le sommet, le panorama surprend par ce qu’il ne montre pas. L’Oise coule du nord au sud, à l’ouest du promontoire, mais on ne la voit plus. La ville s’est étendue dans la vallée et masque la rivière, repoussée à plus de quatre cents mètres du donjon. Il faut se souvenir de la gravure de Peeters pour comprendre ce que l’on regarde : en 1650, l’eau baignait le pied des remparts, les marécages cernaient la ville sur trois côtés, et le pont-levis était le seul accès. Le toponyme « Jardin de la presqu’île », qui désigne aujourd’hui un espace vert au bord de l’Oise, conserve la mémoire de cette géographie disparue : s’il y a une presqu’île, c’est que l’eau l’entourait.

Vue panoramique de Guise depuis le promontoire du château

Vue panoramique de Guise depuis le promontoire du château

Mille ans sous les bombes

Le château de Guise n’a jamais été pris de force quand il était défendu. Wautier tenait un castrum de bois en 1058. Jacques d’Avesnes en fit le cœur d’un espace seigneurial qui allait de la Sambre à la Serre. Jean de Luxembourg mit trois ans à l’isoler avant de le faire capituler — et encore, par un mécanisme de capitulation à terme, pas par assaut. Nassau le traversa en le brûlant, mais ne put le faire sauter. En 1650, Turenne y jeta seize mille hommes, quarante-huit tonneaux de poudre, et repartit, dit Matton, « très désappointé ». Même en 1815, cent soixante-cinq hommes tinrent cinq heures sous les obus de Blücher.

La seule chose qui a vaincu le château, c’est l’obsolescence. Le traité des Pyrénées l’a repoussé en troisième ligne. Les ordonnances de 1842 l’ont déclassé. Les trains ont creusé dessous. Les entrepreneurs ont arraché ses pierres. Le vidangeur a comblé ses souterrains.

Et c’est un Guisard, Maurice Duton, qui a décidé que l’histoire ne finirait pas comme ça.

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Olivier Laffitte

Sources

Sources primaires

  • Gazette (Renaudot), 1635–1643 — numéros dépouillés relatifs à la Thiérache
  • Gazette (Renaudot), 1650 — Extraordinaire n° 93, « La levée du siège mis devant Guyse par les Espagnols » ; « Journal du siège de Guyse »
  • Monstrelet (Enguerrand de), Chronique, éd. Douët-d’Arcq, Société de l’Histoire de France, 1857-1862
  • Le Laboureur (Jean), Histoire du Mareschal de Guébriant, Paris, 1676
  • Turenne (Henri de La Tour d’Auvergne), Mémoires, dans Grimoard, Collection de lettres et mémoires trouvés dans le portefeuille du maréchal de Turenne, Paris, 1782
  • Jan Peeters (1624-1678) – Dessin topographique de Guise, publié en 1656 dans la Topographia Galliæ de Zeiller et Merian.

Sources secondaires

  • Matton (Auguste), Dictionnaire topographique du département de l’Aisne, Paris, Imprimerie nationale, 1871
  • Matton (Auguste), Histoire de la ville de Guise et de ses environs, t. I (Des origines à 1688) — sections 1-6
  • Doyen (Bénédicte), « Les sites castraux de la Thiérache », 2000
  • Morlet (Marie-Thérèse), La Toponymie de la Thiérache
  • Mossay (Jean), Histoire de la ville d’Avesnes
  • Pécheur (abbé), Histoire de la ville de Guise et de ses environs — Papillon Vervins, 1851.
  • Potter (David), Renaissance France at War: Armies, Culture and Society, c. 1480-1560, Boydell Press, 2008 — p. 175-181 (fortifications de la frontière nord, chronologie Castello)
  • Depret (J.), Le Nord, terre de fortifications, Éditions Alan Sutton, 2008