Présentation
Accrochée au flanc d’une falaise rocheuse et entourée de remparts, Avesnes-sur-Helpe est l’une des villes médiévales les mieux conservées de la Grande Thiérache. Sous-préfecture du Nord et chef-lieu de son arrondissement, elle offre, avec Chimay et Vervins, l’un des patrimoines historiques les plus riches de la région. La ville a donné son nom à la région de l’Avesnois.
Avesnes appartient administrativement à l’Avesnois, géologiquement aux Ardennes, historiquement au Hainaut et paysagèrement à la Thiérache. Elle se trouve à 17,5 km de Maubeuge, 84 km de Lille et 181 km de Paris. La commune comptait 4 012 habitants (les Avesnois) en 2023.
Étymologie
Jusqu’en 1962, le nom officiel était simplement Avesnes. Plusieurs Avesnes existent dans le nord de la France (Nord, Pas-de-Calais, Somme, Seine-Maritime), tous avec des formes anciennes similaires.
L’hypothèse d’Ernest Nègre, qui rattache le nom à avoine au sens de « terre maigre », est rejetée par les linguistes : les plus anciennes attestations sont toujours du type Avisna, Avisnis, Avesna, et non aveine ou avene. L’évolution phonétique Avisna → Avesna est régulière en langue d’oïl.
L’étymologie retenue dérive du germanique avisna / afisna signifiant « pâturage » (cf. vieil anglais æfesn), ce qui s’accorde avec la tradition herbagère du territoire. En flamand : Hoven aan Helpe.
Géographie
La ville est traversée par l’Helpe Majeure (69 km), qui prend sa source à Ohain et rejoint la Sambre canalisée à Noyelles-sur-Sambre. Avesnes-sur-Helpe se situe sur un éperon rocheux dominant la vallée, à 170 mètres d’altitude, ce qui lui a conféré sa valeur stratégique tout au long de son histoire.
Elle se trouve au cœur du Parc naturel régional de l’Avesnois, zone de production des fromages de Maroilles et Dauphin. Jusqu’aux années 1950, Avesnes était l’un des plus importants marchés au beurre et fromages de France.
Histoire
La maison d’Avesnes et le rayonnement européen
Wédric III le Barbu fonde la ville au XIe siècle en créant les premières fortifications vers 1050 sur un éperon rocheux dominant l’Helpe Majeure. En 1080, son fils Thierry construit une seconde tour ; un bourg castral s’organise autour de la place Guillemin. En 1114, Gossuin dit le Borgne d’Oisy accorde des franchises de tonlieu et fonde l’église.
En 1191, Jacques d’Avesnes — seigneur d’Avesnes, de Condé, de Guise, de Landrecies et d’Hirson, avoué de l’abbaye de Saint-Michel, La Capelle dans son patrimoine — commandait l’aile droite de l’armée de Richard Cœur de Lion à la bataille d’Arsuf.
La maison d’Avesnes rayonne bien au-delà de la région. Philippa de Hainaut, fille de Guillaume d’Avesnes, devient reine d’Angleterre. Henri VII, descendant de Bouchard d’Avesnes, est empereur d’Allemagne. Marguerite d’Avesnes épouse Louis V de Bavière et devient impératrice. Jacques d’Avesnes tient les fiefs dont descendent les d’Albret, Condé et Guise — et par eux, des ancêtres d’Henri IV.
Au Moyen Âge, Avesnes est la ville du drap et connaît une grande prospérité.
Les destructions et la domination espagnole
En 1477, Louis XI détruit la ville, alors bourguignonne. Elle passe sous la domination de l’Autriche puis de l’Espagne. Charles Quint et Philippe II la visitent. Marie de Médicis y séjourne en 1631. La ville est convoitée par les rois de France comme bastion avancé sur la route de Paris, avant d’être finalement intégrée au royaume de France par le traité des Pyrénées en 1659.
Vauban et les fortifications
Après son rattachement à la France, Vauban améliore et modernise les fortifications de la ville entre 1690 et 1723. Des fragments de remparts subsistent encore, formant un site classé. La Porte de Mons (XVIIe siècle) est l’un des témoins les mieux conservés de cette période.
Napoléon, Waterloo et les grandes guerres
Napoléon Ier loge à Avesnes à la veille de la bataille de Waterloo (1815). Le Prince Impérial y séjourne à la veille de Sedan. En 1918, la ville sert de quartier général au Kaiser et au maréchal Hindenburg. En 1940, elle subit peu de dommages ; mais les Allemands incendient le clocher lors de leur retraite le 2 septembre 1944.
Patrimoine
Collégiale Saint-Nicolas
L’église collégiale Saint-Nicolas est l’édifice majeur d’Avesnes. Bâtie dès le XIIIe siècle, détruite par Louis XI en 1477 (seul le chœur en brique et pierre subsiste), reconstruite, puis détruite de nouveau en 1514 par un incendie, elle est achevée au XVIe siècle. Sa tour carrée de 60 mètres domine la campagne. En 1944, un obus incendiaire allemand détruit la charpente. Son carillon de 48 cloches est l’un des plus beaux instruments de l’art campanaire du Nord.
Les remparts et fortifications Vauban
Avesnes possédait des fortifications avant même d’être française — construites pour se défendre des Français. Après 1659, Vauban les améliore considérablement (1690–1723). Des fragments subsistent et constituent un site classé. La Porte de Mons (XVIIe siècle) est conservée.
La place du Général-Leclerc
Place principale de la ville, elle est ornée de l’hôtel de ville du XVIIIe siècle, de la collégiale Saint-Nicolas et d’une maison espagnole du XVIe siècle — ensemble architectural cohérent et rare dans la région.
Le musée de la Société Archéologique
Situé dans l’Institut Villien, ce musée conserve des pièces remarquables : le vase de Sains-du-Nord (250 ap. J.-C., représentant Mercure), une fibule mérovingienne de Ferrière-la-Grande (600 ap. J.-C.), un évangéliaire de Liessies (1145) et un retable de la Nativité (1540).
Le monument à Jessé de Forest
Jessé de Forest, teinturier né à Avesnes en 1576, est le colon pionnier du groupe qui fonde la ville de New York. Un monument lui est dédié en ville.
Autres monuments
Le monument au tambour Stroh (inauguré 1905), le monument aux Guillemin (1910, René Bertrand-Boutée), le monument aux morts (1929, Paul Vannier), la place de la Rotonde et son kiosque à danser, le cinéma art déco Le Caméo et la maison où logea Napoléon Ier complètent un patrimoine urbain exceptionnel.
Personnalités liées à la commune
Wédric le Barbu, fondateur de la ville au XIe siècle.
Bouchard d’Avesnes (1182–1244), seigneur d’Avesnes au XIIIe siècle.
Jessé de Forest (1576–1624), colonisateur, pionnier de la fondation de New York.
Gabriel Meurier (v. 1520–v. 1587), linguiste, auteur d’une Grammaire Françoise (1557).
Achille Émile Prisse d’Avennes (1807–1879), égyptologue, participant au déchiffrement des hiéroglyphes avec Champollion.
Gabriel-Pierre Bauduin (1689–1768), lazariste, fondateur d’un hôpital à Varsovie en 1758.
Louis Marie Joseph Gossuin (1759–1821), député du tiers aux États Généraux de 1789.
Eugène Walckiers (1793–1866), compositeur et flûtiste.
Mère Thérèse Monique Carlin (1787–1844), fondatrice des sœurs de Sainte-Thérèse.
Héraldique
Les armes d’Avesnes-sur-Helpe sont celles des anciens seigneurs : « Bandé d’or et de gueules de six pièces. » La devise de la ville : « Avesnes est bâtie sur l’roc qui si in vont is’ rattrotent. »