Présentation

Féron est un village de l’Avesnois, situé sur l’ancienne frontière franco-espagnole, dont le nom évoque la présence de fer dans son sol. Donné à l’abbaye de Liessies dès 1095, il fut pendant des siècles un centre métallurgique majeur de la région. Le fort du Trou de Féron, sur son territoire, était au XVIIe siècle un site militaire de premier plan sur la frontière du Hainaut. Son église fortifiée, son château du Pont-de-Sains passé entre les mains de Talleyrand, et sa chapelle au sobre témoignage de terreur font de Féron une commune à l’histoire dense. Son patron est saint Martin.

Étymologie

Selon A. Desmasures, le nom de Féron évoque directement la présence de fer dans son sol — filons de mine rouge et jaune qui firent la richesse de la commune pendant des siècles. Les formes médiévales confirment cette racine.

Géographie

Féron se trouve sur l’ancienne frontière entre l’Espagne et la France — aujourd’hui entre le Nord et l’Aisne — au cœur du Parc naturel régional de l’Avesnois, dans un paysage de vallons, haies bocagères et ruisseaux. La Fontaine-Rouge, source ferrugineuse réputée, inspira au début du XXe siècle un projet de station thermale avec hôtel-casino — finalement abandonné.

Histoire

L’abbaye de Liessies et les forges (1095)

En 1095, Thierry d’Avesnes fait don de Féron à l’abbaye de Liessies, qui y développe l’industrie du fer dès le XIe siècle. En 1581, Philippe de Lallis, maître de forge originaire de Glageon, crée la forge du Pont-de-Sains. Au XVIIIe siècle, la minière du hameau de Couplevoie emploie 437 ouvriers en 1733. Les fourneaux produisent notamment des plaques de cheminées. L’abbaye possède encore un fourneau à la Rue Heureuse en 1791. L’activité cesse en 1860, avec l’essor de la houille et un édit protégeant la forêt.

La chapelle Lejeune — « occis par l’ennemi » (1643)

La chapelle Lejeune, érigée en 1643 en pierre bleue au hameau de la Coquelette, porte une inscription sobre et glaçante : « occis par l’ennemi ». Le lieu-dit Trou de Féron, au nord-ouest du village, abritait un fort espagnol attesté dès 1622 — en juin 1635, les Espagnols y construisent un fort pentagone que du Bec, gouverneur de La Capelle, rase avec quatre mille paysans de Thiérache. En mars 1638, Lambert, nouveau gouverneur de La Capelle, s’empare du bourg fortifié et l’incendie. La chapelle témoigne de la terreur qu’inspiraient alors les troupes françaises — qualifiées par les habitants de « maudits François, pires que les Turcs » (inscription de la rue d’Avesnes).

Le château du Pont-de-Sains et Talleyrand

Un premier château est élevé au XVIe siècle, dont subsiste la porte d’accès à deux tours. En 1747, Philippe-Joseph-Emmanuel du Puis fait construire un nouveau château. Saisi à la Révolution, Talleyrand le rachète. Il y ajoute une aile en 1808 et un étage en 1829. À la fin du XIXe siècle, la famille de Castellane y effectue d’importants remaniements. Le château appartient aujourd’hui à l’association La Maison des Enfants, qui y a créé un Centre d’aide par le travail pour adultes handicapés.

Patrimoine

Église fortifiée Saint-Martin (1614)

L’église Saint-Martin, succursale de Glageon érigée en paroisse vers 1627, est l’une des rares églises fortifiées de la Thiérache avesnoise. Sa tour carrée a été surélevée et dotée de meurtrières en 1614 pour protéger les habitants lors des conflits franco-espagnols. Le chœur actuel date de 1784. L’intérieur conserve :

  • Une Adoration des Mages du XVIIe siècle, école de Rubens
  • Des statues anciennes
  • Des pierres tombales de maîtres de forge

La ferme Daublain (1722)

La ferme Daublain (dite la Grosse Ferme), construite en 1722 en brique et pierre bleue, est un bel ensemble de trois ailes ouvert vers le sud-ouest.

Fontaine ferrugineuse

La fontaine ferrugineuse du début du XIXe siècle rappelle les filons de fer qui firent la richesse de Féron pendant des siècles.