Chef-lieu de canton · Arrondissement de Vervins · Aisne (02)
Code postal : 02260 · Patronne : Sainte Grimonie
Région historique : Thiérache
Présentation
La Capelle est le chef-lieu de canton le plus septentrional de l’Aisne, à 16 kilomètres de la frontière belge. Fondée autour du tombeau de sainte Grimonie, place forte de la frontière française dès le XVIe siècle, elle fut le théâtre d’un moment décisif de l’histoire mondiale : le 7 novembre 1918, les plénipotentiaires allemands y franchirent les lignes pour négocier l’armistice. Elle possède une église signée Charles Garnier — l’architecte de l’Opéra de Paris — et un hippodrome international créé en 1874. Sa patronne est sainte Grimonie.
Étymologie
Selon Marie-Thérèse Morlet, La Capelle représente le latin capella — diminutif de cappa (manteau). Ce mot désigna d’abord l’édicule où était conservé le manteau de saint Martin de Tours (mort vers 400), avant que son sens s’élargisse à toute petite église. La Capelle doit donc son nom au petit oratoire érigé sur la tombe de sainte Grimonie à la fin du IIIe siècle, autour duquel le village se forma peu à peu.
Histoire
Sainte Grimonie — fondatrice légendaire (fin IIIe siècle)
À la fin du IIIe siècle, le terroir de La Capelle n’est qu’un désert couvert de bois. Une jeune femme irlandaise (* »née en Hibernie »*, selon l’Histoire et offices de Sainte Grimonie, imprimé à Saint-Quentin en 1851) — fille d’un chef irlandais païen — fuit un mariage imposé. Elle s’établit en ermite à La Capelle, alors nommée Dutonum. Ses émissaires la retrouvent et la décapitent. Les fidèles élèvent un petit oratoire sur sa tombe — et le bourg naît à l’entour, portant dès lors le nom de La Capelle (la chapelle). Sa compagne Preuve, elle, est écossaise — Melleville les dit toutes deux écossaises, c’est une erreur. Jean-Paul Meuret qualifie ce récit de « mythe fondateur ». Fête patronale : 7 septembre (date de l’élévation des reliques en 1231 — le martyre est le 30 avril). En 2019, le fémur de Grimonie conservé à Lesquielles-Saint-Germain — documenté par procès-verbal depuis 1231 — a suscité un vif débat entre communes et diocèse de Soissons.
Place forte de François Ier
La Capelle n’acquiert de l’importance qu’au début du XVIe siècle, quand François Ier, dans la vue de défendre cette partie des frontières du royaume, fait entourer le bourg de fortifications. Il en fait la première ville d’une ligne défensive s’étendant jusqu’à Guise. La construction débute en 1533, confiée à l’ingénieur Antonio da Castello, natif de Città di Castello en Ombrie, qui élève entre 1533 et 1537 le fort carré de la place. En 1539, les murailles de l’enclos de l’abbaye cistercienne de Foigny sont abattues pour fournir les matériaux des ouvrages (Melleville, 1865).
Les sièges
- 1557 — Attaque espagnole · bourg pillé et incendié
- 1594 — Mansfeld à la tête de 11 000 hommes et 12 pièces de canon prend le bourg après 14 jours de tranchée
- 1598 — Restituée à la France par le traité de Vervins (occupée depuis 1594)
- 1636–1637 — Investie le 3 juillet 1636 · capitulation le 10 juillet (Cardinal-Infant Ferdinand) · reprise par La Valette après vingt jours de siège (1–21 septembre 1637)
- 1650 — En pleine Fronde, les Espagnols reprennent la place le 17 juillet après dix-sept jours de siège ; ils l’occupent six ans, jusqu’à la reprise française de 1656
- 1663–1674 — Les fortifications sont progressivement démolies à partir de 1663 ; le gouvernement militaire est supprimé par ordonnance du 18 avril 1674 (Louis XIV), rendues inutiles par le déplacement de la frontière après le traité des Pyrénées (1659)
Le 7 novembre 1918 — l’armistice passe par La Capelle
Le 7 novembre 1918, les plénipotentiaires allemands conduits par Matthias Erzberger franchissent les lignes à La Capelle. Le commandant de Bourbon-Busset, mandaté par le maréchal Foch, les reçoit à la villa Pasques avant de les conduire à Rethondes. C’est à 1,5 km de La Capelle, à Haudroy, qu’un monument en grès des Vosges porte l’inscription : « ici triompha la ténacité du poilu ».
Patrimoine
Église Sainte-Grimonie — Charles Garnier (1883–1887)
L’église Sainte-Grimonie, construite entre 1883 et 1887, est l’œuvre de l’architecte Charles Garnier — auteur de l’Opéra de Paris. Il y mêle le style roman italien à l’esprit mauresque, alors à la mode. Singularité architecturale rare en Thiérache.
La borne leugaire romaine
En bordure de la RN 2, sur le tracé de l’ancienne voie romaine Reims–Bavay, se dresse une borne romaine cylindrique en pierre du Laonnois. C’est la seizième borne depuis Bavay (39 km). Particularité : elle mesure les distances en lieues gauloises (2 450 m) et non en milles romains (1 478 m) — c’est donc une borne leugaire, et non milliaire.
Villa Pasques — l’armistice de 1918
La villa Pasques fut le lieu de la première rencontre entre Bourbon-Busset et les délégués allemands le 7 novembre 1918. Elle abrite depuis 1992 la communauté de communes de la Thiérache du Centre avec sa salle du Souvenir.
Hippodrome international (1874)
L’hippodrome de La Capelle, créé en 1874, accueillit sa première réunion officielle le 1er août 1874 devant 10 000 personnes. Rouvert en 1920, il inaugura ses tribunes en 1924 devant 25 000 personnes. Depuis 1959, il reçoit les tiercés PMU.
Personnalités liées à la commune
Roland de La Capelle, recteur de l’université de Paris en 1430. C.-J. Fondeur, auteur d’un dictionnaire géographique au XVIIe siècle.
Pour aller plus loin
- Marie-Thérèse Morlet — La Toponymie de la Thiérache, Revue Internationale d’Onomastique, vol. 5–7, 1953–1955
- Henri Congnet (1795–1870) — notice sur sainte Grimonie, publiée par Paul Guérin dans Les Petits Bollandistes, vies des saints
- Alain Brunet et Jean-Paul Meuret — « Les prétentions du gouverneur de La Capelle sur la ville de Vervins », Mémoires FSHA Aisne, t. 52, 2007
- Melleville — Dictionnaire historique du département de l’Aisne
- Terascia.com — Novembre 1918, à Haudroy — l’armistice
- Villa Pasques — salle du Souvenir · armistice 1918