Présentation
Mariembourg est une section de la commune de Couvin, dans la province de Namur. Elle occupe le cœur de la Fagne, à une vingtaine de kilomètres au nord de Rocroi. À la différence des villages voisins, c’est une place forte tracée d’un seul jet en 1546, sur ordre de Charles Quint, pour fermer aux armées françaises les passages de la Thiérache. Son plan en étoile, resté lisible autour de la place Marie de Hongrie, rappelle cette origine militaire.
Étymologie
La place tient son nom de sa fondatrice, Marie de Hongrie, sœur de Charles Quint et gouvernante des Pays-Bas. Les Français la rebaptisèrent Henribourg de 1554 à 1559, en l’honneur d’Henri II, et la Révolution en fit brièvement l’« Avant-poste national ». L’orthographe Marienbourg resta officielle jusqu’en 1963.
Géographie
Mariembourg s’étend dans une plaine humide, au confluent de l’Eau Blanche, descendue de la forêt de Thiérache, et de la Brouffe, venue des bois de Cerfontaine. Au XVIᵉ siècle, les armées venues de France franchissaient les bois de Thiérache par trois vallées, vers Couvin, Pesche et Chimay, puis se regroupaient autour de Frasnes. La forteresse fut placée à ce point de convergence.
Histoire
Le terrain dépendait de Frasnes, dans la châtellenie liégeoise de Couvin. La terre de la Brouffe appartenait depuis 1134 à l’abbaye prémontrée de Floreffe, qui y entretenait un prieuré.
Après les ravages de 1542, Marie de Hongrie choisit en avril 1546 une prairie près du hameau de Pont-à-Fresne. Le chantier s’ouvrit vers le 15 mai, sous la surintendance d’Adrien de Blois, bailli d’Avesnes ; en septembre, la place pouvait se défendre. Le prince-évêque de Liège céda le site contre la seigneurie de Herstal, et Charles Quint racheta la Brouffe à Floreffe en 1547.
En juin 1554, l’armée d’Henri II traversa la Thiérache par Maubert-Fontaine et Rocroi, déboucha devant la place le 23 et obtint sa capitulation le 26. Pour contenir cette conquête, Charles Quint fit élever Charlemont et Philippeville. Le traité du Cateau-Cambrésis rendit Mariembourg aux Espagnols en 1559 ; la famille de Bryas en reçut le gouvernement héréditaire pour un siècle.
Durant la guerre de Trente Ans, la garnison rançonnait les villages de Thiérache, face à Maubert-Fontaine et à Rocroi. Au soir de la défaite de Rocroi, le 19 mai 1643, le général espagnol Francisco de Melo vint s’y réfugier, rapporte la Gazette de Renaudot.
Le traité des Pyrénées fit de Mariembourg une enclave française en 1659 ; sa justice ressortit au bailliage d’Avesnes jusqu’en 1678. Rattachée au département des Ardennes à la Révolution, la ville soutint le siège des Prussiens du 24 juin au 28 juillet 1815, puis fut attribuée au royaume des Pays-Bas. La forteresse fut démantelée de 1853 à 1855.
Patrimoine
Place Marie de Hongrie
Les huit rues de la ville fortifiée aboutissent toujours à la place centrale, plantée de tilleuls, qui conserve le puits de la forteresse.
Église Sainte-Madeleine
Bâtie peu après la fondation, l’église reçut une nouvelle tour et une nouvelle façade de 1674 à 1682. Dans le chœur repose Jeanne de la Cressonnière, épouse de Jacques de Bryas, sous une dalle sculptée à son effigie.
Chapelle Notre-Dame de la Brouffe
Isolée à quelque distance de la ville, la chapelle est le dernier vestige du prieuré médiéval de la Brouffe. Son portail, détruit en 1793, fut rétabli en 1811.
Personnalités
Jacques de Bryas, d’une famille artésienne qui avait tenu Renty contre Henri II en 1554, reçut le gouvernement héréditaire de Mariembourg en 1559. Son descendant Jacques-Théodore de Bryas, né à Mariembourg, devint archevêque de Cambrai en 1675.
Sources
A. de Robaulx de Soumoy, « Recherches sur l’histoire de la ville de Marienbourg et l’origine de Charlemont », Annales de la Société archéologique de Namur, t. 8, 1863-1864 · R. Wellens, « La forteresse de Marienbourg. Fondation, cession du territoire aux Pays-Bas (1546-1655) », Revue belge de philologie et d’histoire, t. 37, 1959 · F. Baix, « Fragments d’une chronique inédite de D. Martin de Remouchamps, abbé de Florennes », Bulletin de la Commission royale d’histoire, t. 76, 1907 · Gazette de France, extraordinaire n° 75, 18 juin 1643 · A. Meyrac, Géographie illustrée des Ardennes, 1900.
Illustration photo Vincent van Zeijst