Présentation
Maubert-Fontaine, commune de la Thiérache ardennaise, s’étend à une dizaine de kilomètres au sud-ouest de Rocroi, en lisière de la forêt des Potées. Le village, environné de sources vives et jaillissantes, doit à celles-ci une partie de son nom. Fondé par le chapitre de Reims au début du XIIIe siècle, il fut reconstruit à trois reprises au fil des invasions avant de se fixer à son emplacement actuel. L’église est aujourd’hui dédiée à saint Nicolas.
Géographie
Le territoire, arrosé par la Sormonne, repose sur des calcaires sableux et des marnes, avec des gisements de minerai de fer. Le village actuel occupe un troisième emplacement : le bourg primitif s’étendait sur les rièzes voisines du bois du Haut-Taillis, avant qu’un second Maubert ne se fixe, une demi-lieue au sud, au lieu-dit la Ville-Basse, qui s’étendait jusqu’au hameau de Dorville. Maubert-Fontaine appartenait au doyenné de Rumigny et relevait de la coutume de Reims.
Histoire
Une fondation du chapitre de Reims
Maubert-Fontaine compte parmi les dix-sept villages de l’avouerie des Potées, terre du chapitre de Reims placée sous la protection de la baronnie de Rumigny. Au début du XIIIe siècle, le chapitre y fonda un village neuf moyennant une redevance annuelle due au seigneur de Rumigny, son avoué — douze deniers blancs et une poule ou un chapon par famille. Les sources situent cette fondation entre 1208, date d’une charte signée par Milon de Nanteuil, doyen du chapitre, et 1216, année où le chanoine Roland (1891) place la mise en application effective du dispositif, en même temps que celle du village voisin de Marlemont.
Une seigneurie disputée puis transmise
En 1237, Nicolas VI de Rumigny fit pendre deux vassaux du chapitre, l’un de Maubert-Fontaine, l’autre de Marlemont ; le chapitre protesta et son père, Nicolas V, dut lui imposer réparation par charte d’avril de la même année. En 1238, Jacques de Rumigny céda au chapitre une maison et l’ensemble des vassaux du village ; en 1242, les habitants circulant vers Rumigny, Aubenton ou Martigny — déjà en Thiérache axonaise — furent exemptés du droit de vinage.
Le fief suivit ensuite la destinée de la maison de Rumigny : il passa à la maison de Lorraine par le mariage d’Isabelle de Rumigny avec Thibaut, fils aîné du duc Ferry III, qui rendit hommage au chapitre en 1279 ; puis, par le remariage de la veuve, au connétable Gaucher de Châtillon en 1312 ; il revint ensuite dans la maison de Lorraine, avant d’échoir en 1426 à Antoine de Vaudémont, comte de Rumigny, puis en 1595 à Charles de Lorraine, duc de Guise.
Trois siècles de guerre
Incendié une première fois par les Bourguignons en 1472, au cours de la guerre que Charles le Téméraire menait contre Louis XI, le village fut relevé grâce au bois fourni par le chapitre de Reims, qui se réserva en échange deux moulins à blé et un moulin à écorce. L’épreuve la plus rude vint des guerres qui opposèrent François Ier à Charles Quint, dans le second quart du XVIe siècle : les troupes impériales, envahissant la terre des Potées, incendièrent et pillèrent de nouveau Maubert-Fontaine, et la plupart des habitants, réfugiés dans l’église, périrent lorsque celle-ci s’effondra sur eux. Les survivants relevèrent le village à l’emplacement qu’il occupe aujourd’hui.
Sa fortification procède d’une décision royale bien documentée. En 1545, chargé par François Ier d’inspecter la frontière de Vervins à Coiffy, Martin du Bellay, seigneur de Langey, constata un grand pays ouvert d’une vingtaine de lieues entre La Capelle et Mézières, et jugea qu’il fallait y fortifier une place. Il recommanda Aubenton, où une citadelle bâtie sur la hauteur commanderait la ville. Le roi, pour des raisons qu’il garda pour lui, lui préféra Maubert-Fontaine.
La place ainsi fortifiée ne connut guère de répit. En 1551, son gouverneur, Nicolas de Gourdes, fut tué à la Pierre-Taillie au cours d’une expédition contre des bandes armées. Quarante ans plus tard, en décembre 1591, le maréchal de Saint-Paul tenta de l’emporter par escalade à la faveur de l’aube, mais ses échelles, trop vieilles, cédèrent sous le poids des assaillants, qui durent se retirer. En 1634, Richelieu, engagé dans sa politique de démantèlement des places fortes frontalières, en ordonna la destruction ; les troupes espagnoles achevèrent l’œuvre en 1643, pillant et brûlant si complètement le village qu’il n’y resta plus qu’une maison et deux granges. On en distinguait encore les vestiges des remparts et des fossés en 1790.
Patrimoine
Église Saint-Nicolas
L’église actuelle, dédiée à saint Nicolas et rattachée à la paroisse Saint-Remi en Thiérache, succède à l’édifice effondré lors des guerres de François Ier et de Charles Quint et à celui, fortifié, qui lui fit suite.
Les fortifications disparues
De la place forte démantelée en 1634 puis ruinée en 1643, il ne subsistait déjà plus, en 1790, que des vestiges de remparts, de fossés et de glacis, aujourd’hui disparus.
Sources historiques
Chanoine C.-G. Roland, Histoire généalogique de la maison de Rumigny-Florennes, Annales de la Société archéologique de Namur, t. XIX, 1891 — Édouard de Barthélemy, « Fondation de Maubert-Fontaine », Revue historique des Ardennes — Albert Meyrac, Géographie illustrée des Ardennes, 1900 — Martin du Bellay, Mémoires, éd. 1571, Livre X — Abbé L. Péchenard, Histoire de Maubert-Fontaine, rééd. Le Livre d’Histoire (non consultée en texte intégral à ce jour).
Illustration photo Havang(nl)