Présentation

Au nord de la Thiérache, là où la forêt cède la place aux plateaux de la Fagne, Couvin (Couvén en wallon) occupe depuis le XIe siècle la charnière entre la baronnie de Rumigny et la seigneurie de Chimay. Chef-lieu d’une châtellenie dont l’acte de vente de 1096 dessine les contours — usque Cimacum et usque Ruminiacum —, la ville fut pendant sept siècles l’une des vingt-trois Bonnes Villes de la principauté de Liège. Établie sur une falaise calcaire dominant la vallée de l’Eau Noire, Couvin est aujourd’hui une commune de 207 km² et près de 14 000 habitants, dans la province de Namur, à une vingtaine de kilomètres de la frontière française.

Étymologie

La ville est mentionnée pour la première fois en 872 sous la forme Cubinium, dans les possessions de l’abbaye parisienne de Saint-Germain-des-Prés. Roland relève la forme latine Cuvinum dans l’acte de vente de 1096. Le nom wallon Couvén conserve la trace de l’accentuation ancienne.

Géographie

Le territoire communal s’étend à cheval sur trois ensembles géographiques : la Fagne au nord, la Calestienne calcaire au centre et l’Ardenne boisée au sud, avec des altitudes variant de 160 à 403 mètres. L’Eau Noire, qui prend sa source sur le plateau de Rocroi, traverse la ville du sud au nord avant de disparaître dans les grottes de Neptune et de reparaître à Nismes. L’Eau Blanche, née aux abords de Chimay, passe par Aublain et Boussu-en-Fagne. Les deux rivières se rejoignent près de Dourbes pour former le Viroin, affluent de la Meuse. La commune jouxte le département des Ardennes au sud et la province de Hainaut à l’ouest.

Histoire

Des origines à la principauté de Liège

Le site de la caverne de l’Abîme est occupé dès la préhistoire. Des monnaies romaines et un cimetière mérovingien témoignent d’une présence humaine continue. Au IXe siècle, le territoire relève de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Vers 996, Couvin entre dans la dot d’Hadewige et intègre le comté de Hainaut.

Le 16 juin 1096, le prince-évêque de Liège Otbert achète le château de Couvin et toutes ses dépendances à Baudouin II, comte de Hainaut, pour financer son départ en croisade. D’après Hagemans, l’évêque invoque les « vexations et rapines » que commettent sur ses terres les malfaiteurs du bourg — les habitants de Couvin et ceux de Chimay guerroyant fréquemment entre eux. L’acte de vente, conservé dans le Cartulaire de Couvin de Borgmans, précise les limites de la châtellenie : « A Cuvio Mosa usque Cimacum et usque Lessières et Helmont et Ruminiacum » — de Couvin jusqu’à Chimay, Léchelle et Rumigny. La châtellenie regroupe neuf localités : Couvin, Pétigny, Nismes, Frasnes, Boussu-en-Fagne, Pesche, Dailly, Aublain et Gonrieux. Couvin devient l’une des vingt-trois Bonnes Villes de la principauté de Liège, poste avancé dans le quartier de l’Entre-Sambre-et-Meuse.

La charge de châtelain revient au seigneur de Chimay. En 1218, une charte conservée aux archives de Liège règle en détail les droits respectifs de l’évêque et de Roger de Chimay dans le château : Roger dispose de la tour, de l’espace entre la chapelle et le château, d’un grenier et d’une écurie de cinq à six chevaux ; le prévôt et le portier logent au château, et tout le reste appartient à l’évêque. En échange, les mayeur et échevins jurent de défendre les droits du châtelain, les habitants doivent l’aider en cas de guerre, et l’évêque augmente de quinze livres le fief de la châtellenie. Par le même acte, Roger cède à l’évêque tous les droits que les seigneurs de Chimay exerçaient sur Gonrieux.

Des luttes sociales aux guerres de religion

La charge de châtelain reste attachée à la seigneurie de Chimay jusqu’en 1565. En 1316, Couvin figure parmi les signataires de la Paix de Fexhe, charte fondamentale des libertés liégeoises. Au XIVe siècle, la ville participe activement aux luttes sociales de la principauté : en 1408, elle est incendiée lors de la révolte des villes contre l’évêque Jean de Bavière. En 1554, les troupes d’Henri II l’assaillent et l’occupent pendant cinq ans.

Les guerres du XVIIe siècle

Sa position de frontière expose Couvin aux ravages du XVIIe siècle. En 1643, le Grand Condé prend la ville. En 1673, les Français la réoccupent et démantèlent le château fort. De nouvelles occupations suivent en 1696, 1707, 1711 et 1747.

De la Révolution à la Belgique

En 1793, le rattachement à la France est voté par les habitants. Le 3 juin, le district de Couvin est créé au sein du département des Ardennes : dix cantons, environ 18 000 âmes. L’annexion relance les forges, qui alimentent les fonderies de canons — c’est à Couvin que fut construit le premier haut fourneau à coke d’Europe. En 1815, le second traité de Paris transfère la ville au Royaume des Pays-Bas. En 1830, soixante-dix-huit volontaires couvinois rejoignent la Révolution belge et combattent à Vilvorde ; Léopold Ier remet à la commune un drapeau d’honneur. Couvin reçoit le titre de ville en 1985.

Patrimoine

La Halle

Construite au XIVe siècle au cœur de la vieille ville, la halle fut le centre des activités marchandes et du pouvoir municipal. Bâtiment de style néo-classique, restauré à plusieurs reprises, elle est classée au patrimoine immobilier de Wallonie depuis 2001.

Église Saint-Germain

La tour date du début du XVIIIe siècle. L’église elle-même a été reconstruite en 1863-1864 dans le style néo-gothique par l’architecte Deman. Le faubourg Saint-Germain, au pied de la falaise, tire son nom d’une église antérieure détruite dans les années 1830-1840.

Les grottes de Neptune

Découvertes dans les années 1890 à Pétigny, les grottes de l’Adugeoir — renommées grottes de Neptune — sont traversées par une branche souterraine de l’Eau Noire. Elles constituent aujourd’hui l’un des sites touristiques majeurs de l’Entre-Sambre-et-Meuse.

La poêlerie couvinoise

L’exploitation du minerai de fer oolithique remonte au moins au Moyen Âge. La révolution industrielle et l’arrivée du chemin de fer firent de Couvin un centre majeur de poêlerie, comptant cinq ateliers au XXe siècle. En 2024, un seul subsiste.

Personnalités

Watriquet de Couvin, poète et trouvère du XIVe siècle, est l’un des derniers représentants de la poésie didactique en langue d’oïl. Le général Jean-Baptiste Piron (1896-1974), commandant des forces belges libres pendant la Seconde Guerre mondiale, est né à Couvin ; la place principale porte son nom.

Sources historiques

L’histoire de Couvin est documentée par plusieurs monographies de la Société archéologique de Namur, en particulier l’Essai historique sur Couvin et sa châtellenie d’Antoine Charles Hennequin de Villermont (ASAN, vol. 9, 1866). Roland, dans son Histoire généalogique de la Maison de Rumigny-Florennes (1891), publie l’analyse de l’acte de vente de 1096 d’après le Cartulaire de Couvin de Borgmans et les Recherches sur le Hainaut ancien de Duvivier. Hagemans (Histoire du pays de Chimay, 1866) publie l’acte de 1096 en pièce justificative et analyse la charte de 1218 (Roger de Chimay / évêque de Liège) d’après l’inventaire de Schoenbroodt. Le pouillé du diocèse de Liège de 1558, cité par De Ridder, porte Covini dans le doyenné de Chimay, archidiaconat de Famenne.

« A Cuvio Mosa usque Cimacum et usque Lessières et Helmont et Ruminiacum »
— Borgmans, Cartulaire de Couvin, p. 3 (acte de vente, 1096)

Illustration photo Jean-Pol Grandmont