À trente kilomètres à l’ouest de Laon, un promontoire calcaire s’avance dans la vallée de l’Ailette, dominant les prairies de soixante-dix mètres à pic. C’est sur cette pointe naturelle que s’éleva, entre le Xe et le XIIIe siècle, l’une des plus puissantes forteresses de l’Occident médiéval. Coucy-le-Château n’a jamais été une grande ville : huit cents âmes au mieux, un bourg serré entre ses remparts. Mais la seigneurie qui portait son nom rivalisait avec des principautés, et ses maîtres traitèrent d’égal à égal avec les rois de France, les empereurs germaniques et les souverains anglais.

Une devise, traditionnellement attribuée à Enguerrand III sans qu’aucune source ancienne ne l’atteste formellement, résume cette démesure : « Roi ne suis, ne prince, ne duc, ne comte aussi ; je suis le sire de Coucy.»

Coucy n’appartient pas au territoire de la Thiérache. Mais la seigneurie le borde étroitement par Marle, La Fère, Vervins, Crécy-sur-Serre, Landouzy et Fontaine. Les sires de Coucy interviennent constamment dans l’histoire thiérachienne, des ravages de Thomas de Marle aux garnisons de la guerre de Trente Ans. Pour Terascia, raconter Coucy, c’est éclairer un voisin dont l’ombre a pesé sur tout le territoire.

Des archevêques aux premiers sires (Ve–XIe siècle)

L’histoire de Coucy commence par une donation. À la fin du Ve siècle, Clovis aurait offert le domaine de Coucy-la-Ville à l’archevêque Remi de Reims, en reconnaissance de son baptême. Flodoard, le chroniqueur rémois du Xe siècle, rapporte la légende d’une course autour du domaine pendant la sieste royale : le prélat, malgré son âge, aurait parcouru assez de terrain pour inclure Coucy dans la donation. Saint Remi lègue ensuite le domaine à l’Église de Reims par son testament de 533.

Le premier château est construit en 920 par l’archevêque Hervé de Reims, pour défendre les terres ecclésiastiques contre les Normands et les seigneurs voisins. La construction est hâtive — « fort à la hâte par les seuls paysans du lieu », écrit Lépinois — et c’est autour de cette fortification que naît la ville de Coucy-le-Château, tandis que l’ancien village de la vallée décline.

La place passe ensuite de main en main au gré des guerres féodales. Herbert II de Vermandois s’en empare vers 925 et y enferme Charles le Simple, arraché à sa prison de Château-Thierry. Après la mort d’Herbert (943), Coucy passe au comte Hugues le Grand, puis au comte Thibaut le Tricheur de Chartres, qui refuse de la rendre à l’archevêque de Reims et s’attire une excommunication. En 958, le roi Lothaire assiège le château pendant quinze jours. Thibaut finit par restituer la place, mais l’archevêque Odalric, las de ces querelles, préfère céder Coucy en fief à Eudes de Chartres, fils de Thibaut, moyennant un cens annuel de soixante sous. C’est la fin de quatre siècles de propriété ecclésiastique.

Les premiers sires identifiables apparaissent dans la seconde moitié du XIe siècle. Albéric, attesté en 1059, fonde l’abbaye de Nogent-sous-Coucy. Sa fin est obscure et violente : en 1079, « trahi par sa femme même, il fut surpris dans son lit, lié, garrotté et emmené au loin sans que jamais depuis il ait revu son château ». Son petit-fils Enguerrand Ier de Boves hérite de la seigneurie, y ajoute le comté d’Amiens par sa mère et les seigneuries de Marle et de La Fère par son mariage avec Ade de Marle. La puissance de Coucy commence à peser sur la Thiérache.

Thomas de Marle, le sire terrible (1116–1130)

Thomas de Marle, fils d’Enguerrand Ier et d’Ade de Marle, est le premier sire de Coucy dont la vie est connue en détail. On la doit surtout à deux abbés qui lui étaient hostiles : Guibert, abbé de Nogent-sous-Coucy, son voisin, et Suger, abbé de Saint-Denis. Par sa mère, il tient Marle et La Fère ; il fortifie Crécy-sur-Serre et Nouvion. Par lui, la seigneurie de Coucy touche la Thiérache.

Guibert doute qu’il soit le fils d’Enguerrand, et le père voue à ce fils une haine tenace. Enguerrand s’est épris de Sybille, fille du comte de Porcien et épouse de Godefroi de Namur ; il l’a enlevée, et la guerre avec Namur a ravagé le Porcien. Installée à Coucy, la marâtre travaille à écarter Thomas de l’héritage.

Les griefs viennent des clercs. Guibert lui attribue trente hommes tués de sa main au cours de la guerre d’Amiens et, ailleurs, dix hommes aveuglés en un seul jour. Excommunié en 1114, privé de son baudrier de chevalier en 1115, Thomas voit Louis VI prendre Crécy et Nouvion au carême de 1115. En 1130, il s’empare par ruse de marchands qui voyageaient sous son propre conduit. Le roi marche sur Coucy et parvient près du château, sans l’assiéger. Jeté à bas de son cheval par les chevaliers de Raoul de Vermandois, blessé par le comte lui-même, Thomas est transporté à Laon. Il y meurt en refusant jusqu’au bout de rendre ses prisonniers. Sa seigneurie passe entière à son fils Enguerrand II.

Lépinois invitait déjà à nuancer ce portrait : les témoins sont des clercs, dont plusieurs étaient ses ennemis, et la responsabilité de Sybille dans l’escalade de la violence est considérable. Le dossier complet est présenté dans l’article Thomas de Marle, le chevalier insoumis.

Enguerrand III le Magnifique et son château (1192–1242)

Après Thomas, Enguerrand II meurt en croisade (1148) et son fils Raoul Ier épouse Alix de Dreux, sœur du comte de Dreux — la famille entre dans l’orbite directe de la couronne. Selon Lépinois, Raoul trouve Vervins réduit à un village de vallée : il en « transporte les habitants sur la montagne » et entoure la ville nouvelle d’un mur défendu par vingt-deux tours. Barthélemy place ce déplacement plus tôt, sous Enguerrand II, et les remparts de pierre datent de la fin du XIIe et du début du XIIIe siècle. Il accorde des chartes à Vervins (1163) et à Marle (1174). Mais c’est son fils qui donne à Coucy sa dimension définitive.

Enguerrand III, surnommé « le Magnifique », hérite en 1192. Par trois mariages successifs — Eustache de Roucy, Mahaut de Saxe (sœur de l’empereur Othon IV), puis Marie de Montmirail — il accumule les seigneuries : Montmirail, Oisy, Crèvecœur, La Ferté-Gaucher, la vicomté de Meaux, la châtellenie de Cambrai. Il entretient une garde de cinquante chevaliers, prend le titre de comte du Perche et ambitionne un temps la couronne de France pendant la minorité de saint Louis.

C’est lui qui fait démolir le vieux château de 920 et élever la forteresse dont les ruines subsistent. Le donjon, achevé dans les années 1220, est un colosse : cinquante-quatre mètres de hauteur, près de cent mètres de circonférence, des murs de sept mètres d’épaisseur à la base qui s’amincissent à trois mètres au sommet. Trois salles voûtées en ogives se superposent, chacune de quinze mètres et demi de diamètre intérieur. La salle basse, divisée par deux rangées de douze arcades, atteint treize mètres sous voûte ; un puits de soixante-cinq mètres descend sous la deuxième arcade. Au sommet, une plate-forme de vingt-trois mètres de diamètre, ceinte d’un parapet de cinq mètres percé de vingt-quatre croisées et vingt-quatre meurtrières. La porte, haute de six mètres et défendue par une herse, est ornée d’un relief sculpté : un cavalier se défendant, l’épée à la main, contre un lion. Un fossé profond et une chemise — un mur circulaire de dix mètres de haut et six de large — isolent le donjon du reste de la forteresse.

Quatre tours de trente-deux mètres flanquent les corps de bâtiment. L’enceinte de la ville, construite simultanément, est défendue par treize tours supplémentaires et trois portes fortifiées. Enguerrand fait aussi bâtir les châteaux de Saint-Gobain, d’Assis, de Marle et le châtelier de La Fère.

En 1197, pendant la minorité d’Enguerrand III, sa mère Adélaïde accorde aux habitants de Coucy une charte communale calquée sur celle de Laon : un mayeur et des jurés élus, l’abolition de la mainmorte, une rente annuelle de cent vingt livres. Enguerrand confirme cette charte et fait rédiger un corps de coutumes propres à Coucy, distinctes de la coutume de Vermandois.

Il meurt en 1242, désarçonné au gué de Gercy, transpercé par sa propre épée. Il est enterré à l’abbaye de Foigny, en Thiérache.

Enguerrand VII, le dernier grand sire (1346–1397)

Les trois sires suivants — Raoul II (mort à Mansourah en 1250), Enguerrand IV (qui fait pendre trois écoliers flamands et s’attire un procès retentissant devant saint Louis) et Enguerrand V (branche de Guînes) — maintiennent la puissance sans l’accroître. C’est Enguerrand VII qui porte la seigneurie à son dernier éclat.

Orphelin à deux ans — son père Enguerrand VI meurt à la bataille de Crécy en 1346 —, il grandit dans une France ravagée par la peste et la guerre de Cent Ans. La Jacquerie de 1358 touche ses terres de plein fouet. Livré en otage en Angleterre pour la rançon de Jean II, il y épouse Isabelle, fille du roi Édouard III, et reçoit le comté de Soissons et la baronnie de Bedford. Gendre du roi d’Angleterre et vassal du roi de France, il navigue entre les deux couronnes avec une habileté de diplomate.

En 1368, il affranchit vingt-deux villages de ses domaines des droits de mainmorte et de formariage. Le texte de l’acte nomme chaque localité avec le montant de sa rente : Coucy-la-Ville, Folembray, Trosly, Allemant, Vauxaillon… Le motif est explicite : les terres sont dépeuplées, les serfs ont fui, les champs sont en friche. Ce document, conservé dans son intégralité, est l’un des témoignages les plus directs de la dépopulation qui frappe l’ancienne France au lendemain de la peste.

Vingt ans plus tard, en 1388, Enguerrand obtient du roi Charles VI des lettres patentes établissant deux foires franches à Coucy. Le texte des lettres dresse un tableau de désolation : «grans mortalitez», la ville « par troiz foiz comme tous ars et destruiz par feu de meschief », les habitants « tellement apauvris, diminuez et amendrizen pueple, maisons, manoir, rentes, revenues et toute autre chevance, que icelle ville est en voie et péril d’estre déserte et inhabitable». Le roi reconnaît néanmoins que le château reste «l’un des plus notables et plus beaux chasteaux de nostre royaume » et une «clef et frontière» vers le Hainaut, le Cambrésis et le pays de Liège. Les deux foires — à la Saint-Nicolas de mai et à la Saint-Nicolas de décembre — contribuent à ranimer la ville.

En 1396, Enguerrand se joint à la croisade de Nicopolis contre les Turcs de Bajazet. Il conseille la prudence, mais les jeunes chevaliers français chargent sans attendre les Hongrois. Le désastre est total : trois cents chevaliers massacrés devant le sultan, les survivants conduits en captivité. Enguerrand meurt le 18 février 1397, en Bithynie. Son corps est ramené à l’abbaye de Nogent-sous-Coucy. Avec lui s’éteint la lignée directe des sires de Coucy.

Le château de Coucy au XIIIe siècle, imaginé par Eugène Viollet-le-Duc en 1856.

Le château de Coucy au XIIIe siècle, imaginé par Eugène Viollet-le-Duc en 1856.

Orléans, Bourgogne, Anglais : les guerres du XVe siècle

En 1400, Marie de Coucy, fille d’Enguerrand VII, vend la seigneurie à Louis d’Orléans, frère du roi Charles VI, pour quatre cent mille livres. Louis obtient l’érection en pairie en 1404, mais il est assassiné en 1407 par les sbires du duc de Bourgogne. Son fils Charles hérite de Coucy et de la guerre civile.

En 1411, le duc de Bourgogne envoie Paleran de Luxembourg, comte de Saint-Pol, assiéger Coucy. La ville tombe rapidement — le commandant Enguerrand de Fontaines livre la place sans combat, « tout le peuple criant : Vive Bourgogne ! ». Mais Robert d’Esnes, gouverneur du château, résiste trois mois. Un mineur nommé maître Odon mine la forte porte de la première enceinte — celle que Lépinois qualifie de « l’un des plus forts édifices qui fussent à vingt lieues à la ronde ». L’explosion ne renverse que la moitié de l’épaisseur du mur. Une tour minée, retenue par le mur de ville dans sa chute, reste suspendue avec son homme d’armes en sentinelle au sommet. La garnison finit par capituler contre huit mille écus et un sauf-conduit.

En 1419, la forteresse change de mains par une trahison nocturne. Pierre de Xaintrailles, frère du célèbre Poton, commande le château pour le duc d’Orléans. Une femme de chambre, éprise d’un prisonnier bourguignon, dérobe les clés sous le chevet du lit du gouverneur pendant son sommeil. Les prisonniers libérés assassinent Xaintrailles dans sa chambre, égorgent les sentinelles et ouvrent les portes à un parti bourguignon embusqué dans la vallée. La Hire, qui tient la ville, tente de reprendre le château, mais d’Humereuille, posté sur la plate-forme du donjon, fait pleuvoir une pluie de pierres sur les assaillants. La Hire, voyant qu’il perd inutilement des hommes, fait passer au fil de l’épée soixante prisonniers et se retire vers Guise.

Jean de Luxembourg, comte de Ligny, accourt au secours des Bourguignons, mais ceux-ci — cupides — ferment les portes du château devant leur propre allié, refusant de le laisser entrer avant qu’il ne leur garantisse la propriété du butin. Luxembourg, furieux, menace de faire pendre leur envoyé. Les portes s’ouvrent. Il prend possession du château « en son nom ». L’épisode éclaire le caractère de ce seigneur qui, dix ans plus tard, livrera Jeanne d’Arc aux Anglais.

La Hire et Poton de Xaintrailles, brûlant de venger la mort de Pierre, reprennent Coucy en 1420. La forteresse finit par revenir au duc d’Orléans après le traité d’Auxerre, mais le connétable de Saint-Pol se venge en vendant à Paris les tuyaux de plomb qui distribuaient l’eau dans le château — preuve d’un système hydraulique sophistiqué.

Charles d’Orléans, prisonnier en Angleterre après Azincourt (1415), ne reverra ses domaines que vingt-cinq ans plus tard. Le duc de Suffolk s’empare de Coucy en 1423. La baronnie ne revient définitivement aux Orléans que vers 1450.

Le château de Coucy en 1910 - Archives de la Somme - Crédits: Société Photographique et Cinématographique de Picardie.

Le château de Coucy en 1910 – Archives de la Somme – Crédits: Société Photographique et Cinématographique de Picardie.

Le démantèlement (1652)

Deux siècles passent, pendant lesquels le château change de fonction sans perdre sa masse. En 1652, la Fronde lui est fatale.

Hébert, commandant de la place depuis Louis XIII, refuse de remettre le château au maréchal d’Estrées, gouverneur de Laon, au motif qu’il tient son commandement du roi défunt et non du cardinal Mazarin. Le siège commence le 10 mai 1652. Six pièces de canon, tirées de La Fère et de Péronne, ouvrent une brèche dans la porte de Laon au cinquième jour. Les assiégeants prennent la ville, mais Hébert se retire au château avec une partie des habitants.

Le 22 mai, le duc de Lorraine, allié de Condé, envoie douze cents fantassins et huit cents cavaliers qui dispersent les assiégeants, défont le régiment de Piémont et s’emparent de la ville. Mais les Lorrains n’entrent pas au château — Hébert conserve le commandement. En juin, le duc de Lorraine se retire vers le Luxembourg. Les bourgeois, conduits par le maire Scellier, réaffirment leur fidélité au roi.

En septembre, Mazarin ayant quitté la France, Hébert remet le château sans difficulté. Loin de le punir, le roi le récompense : Hébert n’avait « jamais admis dans sa forteresse de troupes étrangères et n’avait reconnu aucune autre autorité supérieure à lui que celle du Roi ». Loin d’être un traître, Hébert est un officier fidèle au roi — c’est Mazarin qu’il refuse de reconnaître.

Puis vient la destruction. Le roi ordonne de raser le château « de manière que l’emplacement pût en être labouré ». L’ingénieur Métézeau — fils du constructeur de la digue de La Rochelle — dirige les travaux. Les voûtes intérieures des tours sont dynamitées, la chemise du donjon rompue en plusieurs endroits, les bâtiments découverts. La porte de Laon et l’hôtel de ville, adossé à ses murs, sont détruits. Les matériaux sont abandonnés au maréchal d’Estrées, les habitants corvéables fournissent la main-d’œuvre. Une contribution de quinze mille livres est levée sur la ville et les villages voisins, puis offerte à Hébert en dédommagement.

L’ordre prescrit un rasement total. Mais Métézeau ne va pas au bout. Il fait sauter les voûtes, abat les bâtiments, rompt la chemise — puis s’en va, laissant « au temps et aux habitants le soin d’achever la destruction ». Les habitants, qui ont perdu quarante maisons et contracté une dette de quarante mille livres, transforment les ruines en carrière de pierres.

En 1673, Louis XIV donne Coucy en apanage à son frère Philippe d’Orléans. La maison d’Orléans conserve la seigneurie jusqu’à la Révolution. En 1692, un tremblement de terre ouvre la grosse tour « d’un pas de largeur ». Pendant la Révolution, le château passe à la nation et l’hospice de Coucy le reçoit gratuitement — pour en accélérer la démolition. Un spéculateur demande l’autorisation de tout raser : le maire Carlier s’y oppose et sauve ce qui reste.

Château de Coucy le 29 juin 1917. Source : vue aérienne militaire (collection personnelle).

Château de Coucy le 29 juin 1917. Source : vue aérienne militaire (collection personnelle).

1917 : vingt-huit tonnes de cheddite

En 1829, Louis-Philippe rachète les ruines pour six mille francs et fait combler les brèches du donjon. En 1848, l’État acquiert le domaine. À partir de 1856, Viollet-le-Duc entreprend des travaux de consolidation. En 1862, les ruines sont classées monument historique. Au début du XXe siècle, Coucy est le troisième site le plus visité de France, après Versailles et le Mont-Saint-Michel.

La Grande Guerre met fin à cette résurrection. En septembre 1914, les troupes allemandes occupent la ville. Pendant trois ans, le château sert de cantonnement. En mars 1917, l’état-major allemand ordonne le repli sur la ligne Hindenburg — l’opération Alberich. Le principe est la terre brûlée : routes défoncées, ponts coupés, puits comblés, villages dynamités. Le prince Rupprecht de Bavière, commandant de la 6e armée, plaide contre la destruction du château, mais le général Ludendorff maintient l’ordre.

Le 20 mars 1917, vingt-huit tonnes de cheddite sont placées dans le donjon et dix tonnes dans chacune des quatre tours d’angle. Les trois portes de la ville sont minées avec des charges moindres. Les explosions pulvérisent le plus grand donjon d’Europe. La ville est simultanément ravagée par les tirs d’artillerie. L’armée française reprend le secteur le 27 mars et trouve un champ de ruines.

En septembre 1918, les Allemands réoccupent brièvement le site avant d’en être chassés définitivement le 5 septembre. Les réparations de guerre permettent de dégager les tours et de consolider les murs, mais les débris du donjon restent en place.

Ce qui reste

Aujourd’hui, les ruines du château de Coucy couvrent quatorze hectares avec plus de deux mille mètres de remparts et les bases de trente-trois tours. L’enceinte de la ville conserve ses portes fortifiées — la porte de Laon, avec sa voie d’accès coudée, et la porte de Soissons. Les caves voûtées et les soubassements des tours d’angle sont encore accessibles. Du donjon ne subsiste qu’un amas de blocs fracturés par l’explosion de 1917, mais sa base circulaire demeure lisible dans le paysage.

L’église Saint-Sauveur, construite au XIIe siècle sous Enguerrand II, remaniée aux XIIIe et XVIe siècles et restaurée après 1918, conserve son portail roman à arcades en trèfle et zigzag normand.

Le domaine, classé monument historique depuis 1862, a été érigé en domaine national par décret du 10 septembre 2021. Il est géré par le Centre des Monuments Nationaux.

Olivier Laffitte

Sources

  • Melleville (Maximilien), Histoire de la ville et des sires de Coucy-le-Château, Laon, Bureau du Journal de l’Aisne, 1848.
  • Lépinois (Ernest de Buchère de), Histoire de la ville et des sires de Coucy, Paris, Dumoulin, 1858.
  • Froissart (Jean), Chroniques (éd. Kervyn de Lettenhove).
  • Monstrelet (Enguerran de), Chronique (éd. Douët-d’Arcq).
  • Pierre de Fénin, Mémoires.
  • Flodoard, Annales et Histoire de l’Église de Reims.
  • Guibert de Nogent, De vita sua, livre III.
  • Suger, Vie de Louis VI le Gros.
  • Barthélemy (Dominique), Les deux âges de la seigneurie banale. Pouvoir et société dans la terre des sires de Coucy (milieu XIe – milieu XIIIe siècle), Paris, Publications de la Sorbonne, 1984.
  • Juvénal des Ursins (Jean), Histoire de Charles VI.
  • Base Mérimée, notice PA00115617.
  • Site officiel du château : www.chateau-coucy.fr

Illustration photo Szeder László