Chef-lieu de canton · Arrondissement de Vervins · Aisne (02)
Code INSEE : 02381 · Code postal : 02500 · Patronne : Notre Dame
Région historique : Thiérache / duché de Guise

Présentation

Hirson est la ville la plus orientale de la Thiérache, positionnée historiquement à l’avant-garde du royaume de France face au Hainaut. Bâtie autour d’un château-fort sur la presqu’île Notre-Dame — formée par la confluence de l’Oise et du Gland — elle fut pendant des siècles le verrou militaire de la frontière franco impériale. Dotée d’une charte judiciaire dès 1156, elle est aujourd’hui une ville d’environ 9 000 habitants, chef-lieu de canton.

Hirson, place Pasteur

Hirson, place Pasteur. © Terascia / O. Laffitte

Étymologie

Hirson a porté successivement les noms de Yrechon (Xe s.), Hyrecon, Irecaon, Hérisson, Herson, Héricium (XIIe s.), Hirsonium, avant d’adopter sa forme actuelle. Selon Melleville, le nom évoque la quantité de hérissons qui peuplaient le territoire lorsqu’il n’était encore qu’une forêt dense. Chaurand précise que la métaphore du hérisson — animal toujours sur la défensive — désignait également un type de fortification hérissée de défenses, image immédiatement parlante pour les auditeurs médiévaux.

Formes attestées : Yrechon (Xe s.) · Irecon (1148) · Irecheon (1158) · Yrizun (1189) · Hyrecon · Irecaon · Hérisson · Herson · Héricium (XIIe s.) · Yrechon-in-Therasca (fin XIIIe s.) · Hirsonium

Géographie

Hirson est bâtie à la confluence de l’Oise et du Gland. Au Xe siècle, un canal fut creusé pour relier les deux cours d’eau, créant ainsi la presqu’île Notre-Dame — site du château-fort. Cette position insulaire naturelle fit la force et la réputation militaire d’Hirson pendant cinq siècles.

Histoire

Aux origines — Nervi, Rémi, Francs

La région d’Hirson se trouve aux confins des territoires des Nervi (nord) et des Rémi (sud), deux peuples belges que César conquit en 57 av. J.-C. Des monnaies et vestiges gallo-romains ont été découverts sur le territoire, ainsi que des sépultures franques. Le château, établi sur un rocher formant l’extrémité d’une colline entre l’Oise et le Gland, ne prit probablement de l’importance qu’après les invasions normandes qui pénétrèrent en Thiérache en 882 ou 892. Une chapelle y était établie dès l’an 1000, desservie par des religieux de Saint-Michel.

945 — Première mention écrite

En 945, l’évêque de Laon Raoul II défendait par charte aux seigneurs de Guise et d’Hirson d’inquiéter l’abbaye naissante de Saint-Michel — première mention écrite des seigneurs d’Hirson. La famille d’Hirson était une branche de celle de Guise, qui resta suzeraine du fief.

978 — Hirson dans les chroniques impériales

En 978, Hirson est mentionné parmi les contrées parcourues par les troupes d’Othon II, empereur d’Allemagne, lors de son conflit avec Lothaire, roi de France.

1156 — La charte de coutume

En 1156, Godefroi de Guise, Nicolas d’Avesnes et Jacques, son fils, accordèrent aux habitants d’Hirson non une charte de commune au sens plein, mais un code judiciaire — la Charte des franchises, des statuts et ordonnances de la ville d’Irson — précisant les peines applicables aux délits, les droits des habitants et les devoirs envers le seigneur. Tout étranger peut s’établir contre un droit de bourgeoisie, tout habitant peut quitter la ville librement. Melleville et Desmasures divergent sur le montant du droit de bourgeoisie : 5 sous selon le premier, 2 sous selon le second.

1234 — Fondation du prieuré

En 1234, Gauthier, comte de Blois, seigneur d’Avesnes et de Guise, fonda à Hirson une chapelle où deux moines de Saint-Michel-en-Thiérache devaient prier pour lui. Ce fut l’origine d’un prieuré qui persista jusqu’à la Révolution.

1242 — Hugues d’Hirson, abbé général des Prémontrés

En 1242 mourut Hugues d’Hirson, abbé général de l’ordre des Prémontrés — l’une des plus hautes dignités ecclésiastiques de son temps. Natif d’Hirson, il illustre le rayonnement de la ville au-delà de la Thiérache.

1346 — La prise de Louis de Châtillon

En 1346, le château — tenu pour Charles de Blois, duc de Bretagne — est enlevé de vive force par Louis de Châtillon, fils de Jeanne de Hainaut, dame de la maison d’Avesnes. Veuve de Louis de Châtillon-Blois tué à Crécy la même année, Jeanne fait expulser les gens du château et tient la place jusqu’à son remariage avec le comte de Namur et l’accord de 1348.

Raoul de Cambrai est une chanson de geste du Xᵉ siècle remaniée au XIIᵉ siècle.

Raoul de Cambrai est une chanson de geste du Xᵉ siècle remaniée au XIIᵉ siècle.

Hirson dans la littérature médiévale

La chanson de geste Raoul de Cambrai — dont la rédaction remonte au XIIe siècle — constitue l’un des plus anciens témoignages littéraires sur Hirson et la Thiérache. Dans le poème, Hirson (Ireçon) est la seigneurie du troisième fils d’Herbert de Vermandois :

Mandons Herbert, ja est siens Ireçon
et de Theraisce tient les plus forts maisons
Il tient bien trente que chastiaus que donjons.

(v. 1850-1852)

« Faisons venir Herbert — Hirson lui appartient, il tient en Thiérache les maisons fortes les plus sûres. Il possède trente châteaux et autant de donjons. »

Meyer et Longnon précisent qu’à l’époque de la rédaction du poème, Hirson était le siège d’une châtellenie relevant des seigneurs de Guise.

1530 — Échec d’une attaque impériale

Selon Desmasures, Hirson fut attaqué « sans succès par les Impériaux, au mépris du traité de Cambrai conclu dès le mois d’août précédent ». La place avait été modernisée au tournant du siècle ; les défenses tinrent.

1593-1594 — La lettre d’Henri IV au capitaine Caruel

En 1593, les troupes royales s’emparèrent du château d’Hirson, alors place ligueuse — terre du duché de Guise. Jean Caruel, capitaine ligueur portant d’argent à trois merlettes de sable, fut relâché sur parole par Henri IV et devint ensuite gouverneur royal du château et bourg d’Hirson. L’année suivante, depuis son camp devant Laon, le roi lui écrivit, le 31 mai 1594 :

« La grâce que je vous ai fait de vous mettre en liberté, votre foi vous oblige de le reconnaître à l’endroit de mes serviteurs qui peuvent tomber entre vos mains. C’est pourquoi je sais, le capitaine Jarroy est prisonnier de ceux de votre suite, je vous en avertis par la présente d’user de courtoisie en son endroit et le relâcher sur sa foi comme vous êtes, à quoi vous ne ferez faute à l’occasion du siège de l’an passé, je vous mettrai en liberté moyennant celle dudit Jarroy et sortirez l’un pour l’autre, sur ce, je prie Dieu qu’il vous ait, capitaine Caruel, en sa sainte garde. »

Écrit au camp devant Laon, le dernier jour de mai 1594. Signé HENRI.

Que le roi de France prenne la plume pour un capitaine de château de frontière — au moment même où il assiège Laon — révèle l’importance stratégique d’Hirson et le poids personnel de Caruel.

Reconstitution du château d'Hirson

Maquette du château

1636-1650 — Trois sièges et la fin du château

En quinze ans, le château soutient trois sièges qui scellent son destin. Le 25 juillet 1636, un détachement espagnol commandé par le comte d’Issembourg attaque la place ; la garnison de Christophe de Caruel, capitaine au régiment de Guise, résiste trois semaines avant de capituler le 15 août, avec les honneurs. L’année suivante, le vicomte de Turenne reprend le château pour la France (12 juin 1637). En 1650 enfin, les troupes de don Francisco de Melos s’en emparent une dernière fois : le mineur fait sauter la grosse tour le 29 août, et le fort, détruit presque entièrement, ne sera plus rétabli. Sur une partie de son emplacement fut construit un auditoire, converti ensuite en dépôt de sûreté.

➤ Le récit complet de ces trois sièges — sources primaires, positions d’artillerie, identification de la « hauteur du Caillou » — se trouve dans l’article dédié : Château fort d’Hirson — le verrou de l’Oise.

Hirson - Impasse du chateau.

Hirson – Impasse du chateau. © Terascia / O. Laffitte

La Fronde — Caruel et le château de la Lobiette

Pendant les troubles de la Fronde, un Caruel commandant d’Hirson — probablement de la même famille que Jean Caruel de 1594 — s’empara par ruse du château de la Lobiette, alors occupé par Jacob de la Lobbe. Dom Lelong rapporte qu’il « enleva le château par trahison, ayant pris les dehors de l’amitié pour s’en faire ouvrir les portes ».

La détresse des populations (1635-1650)

Pendant cette période de calamité, les missionnaires de saint Vincent de Paul écrivaient depuis la région : « Nous venons de visiter trente-cinq villages du doyenné de Guise. Nous y avons trouvé plus de 600 personnes dont la misère était si grande qu’ils se jettent sur les chiens et sur les chevaux, après que les loups en ont fait leur curée. » La commune d’Hirson fut particulièrement secourue par les disciples de saint Vincent.

La justice seigneuriale — l’affaire Gosset (1701)

En 1701, la justice d’Hirson était rendue par le prévôt Demeaux au nom de Mlle de Guise. Le 19 décembre 1701, il condamna par contumace le fils Gosset à être pendu et étranglé à une potence plantée sur la place d’Hirson — son corps devant y rester vingt-quatre heures avant d’être porté aux fourches patibulaires — et à 500 livres d’amende envers Son Altesse Sérénissime, pour avoir frappé Cadet, mort des coups reçus.

1734 — La banalité du moulin

En 1734, Louis-Henri, prince de Condé, duc de Guise, obtint un arrêt du parlement confirmant les droits des ducs de Guise sur la banalité du moulin d’Hirson. Desmasures le décrit au milieu du XIXe siècle comme « une forte usine, construite dans une situation des plus pittoresques ».

1763 — L’incendie et la disparition du château

Le 23 avril 1763, un enfant mit le feu dans la maison d’un couvreur. En moins de deux heures, 300 maisons furent consumées. 103 familles furent ruinées, pour une perte estimée à 300 000 à 400 000 livres. Peu après, le prince de Condé autorisa les habitants à prendre les pierres des murs du château pour reconstruire leurs maisons — ce qui acheva de faire disparaître les derniers vestiges de la forteresse. Hirson crût rapidement malgré le désastre : 400 feux avant l’incendie, 450 à la Révolution.

1856 — Le legs Brisset

M. Brisset, natif d’Hirson et ancien chirurgien-major de l’armée, légua à sa mort en 1856 la somme de 500 000 francs pour la construction d’un hôpital — l’un des legs les plus importants jamais consentis à une ville de la région.

Patrimoine

Le château d’Hirson

Sur l’éperon qui domine l’Oise veillait jadis le château fort d’Hirson, « le verrou de l’Oise », dont l’histoire mérite à elle seule le détour.

Disparu en grande partie depuis 1763, le château d’Hirson a été l’une des places fortes majeures de la frontière franco-impériale pendant cinq siècles.

Hirson, emplacement de l'ancien château

Hirson, emplacement de l’ancien château. © Terascia / O. Laffitte

La rotonde SNCF — classée MH 1995

L’ancienne rotonde SNCF (la Florantine) est classée aux Monuments historiques depuis 1995. Hirson fut un nœud ferroviaire important — voir l’article Hirson, une ville, une gare.

Église Sainte-Thérèse (1931) — art déco en béton armé

L’église Sainte-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus, construite en béton armé selon un plan basilical, est une œuvre rare en France. Financée par l’ingénieur Aimé Joseph Bonna (consacrée le 30 septembre 1931), sa façade de 23 mètres est sculptée par Jacques Martin. L’intérieur art déco est orné de 1 500 roses de plâtre. Désacralisée puis rachetée en 2012 par le pianiste Kit Armstrong, elle est aujourd’hui dédiée à la musique.

Vestiges in situ

En parcourant le centre-ville, on remarque encore le pan d’une ancienne tour, un piétement de l’ancien portail et, à proximité du parc, l’ancien moulin du XIe siècle.

Hirson, l'ancien moulin du XIe siècle.

Hirson, l’ancien moulin du XIe siècle. © Terascia / O. Laffitte

Repères chronologiques

Date Événement
882 ou 892 Invasions normandes en Thiérache
945 Charte de Raoul II, évêque de Laon — première mention écrite des seigneurs d’Hirson
978 Passage des troupes d’Othon II
An 1000 Chapelle d’Hirson desservie par les religieux de Saint-Michel
1156 Charte de coutume (Godefroi de Guise, Nicolas d’Avesnes, Jacques son fils)
1234 Fondation de la chapelle et du prieuré (Gauthier de Blois)
1242 Hugues d’Hirson, abbé général des Prémontrés
1346 Prise du château par Louis de Châtillon ; Jeanne de Hainaut tient la place jusqu’en 1348
1425 Prise du château par Jean de Luxembourg
1530 Échec d’une attaque impériale
1593 Prise par les troupes royales d’Henri IV (guerres de Religion)
1636 Siège espagnol — Issembourg face à Caruel ; chute le 15 août
1637 Reprise par Turenne (12 juin)
1650 Destruction finale par Melos (29 août)
1680 École de filles fondée par Mlle de Guise
1734 Banalité du moulin (prince de Condé)
1763 Incendie du 23 avril — 103 familles sinistrées ; pierres du château réemployées
1856 Legs Brisset (500 000 F — hôpital)
1931 Église Sainte-Thérèse consacrée
1995 Rotonde SNCF classée MH
2012 Église rachetée par Kit Armstrong

Population historique

Année Population
1760 1 247 hab.
1800 2 414 hab.
1836 2 880 hab.
1861 3 238 hab.

Source : Melleville (XIXe s.)

Sources

Études anciennes et érudition locale (XVIIIe-XIXe s.)
DESMASURES Alfred, Histoire des communes du canton d’Hirson, Vervins, 1863. Source de référence pour l’histoire locale, les sièges du XVIIe siècle (Issembourg, Caruel, Turenne, Melos), l’incendie de 1763 et les antiquités du canton.
MELLEVILLE Maximilien, Dictionnaire historique du département de l’Aisne, Laon, 1865. Notice « Hirson » — droit de bourgeoisie, charte de 1156.
LELONG D., Histoire ecclésiastique et civile du diocèse de Laon, 1783. Détails du siège de 1637 par Turenne ; lettre d’Henri IV au capitaine Caruel (1594).

Source primaire
Charte de coutume d’Hirson, 1156 — accordée par Godefroi de Guise, Nicolas d’Avesnes et Jacques son fils.

Études toponymiques et linguistiques
MORLET Marie-Thérèse, « Étude sur la toponymie de la Thiérache », Bulletin philologique et historique du Comité des travaux historiques et scientifiques, 1953-1955.
CHAURAND Jacques, travaux sur les parlers de l’Aisne et l’onomastique de Raoul de Cambrai.
MEYER Paul & LONGNON Auguste (éd.), Raoul de Cambrai, chanson de geste, Société des Anciens Textes Français, 1882.

Études archéologiques modernes
DOYEN Bénédicte, « Châteaux, abbayes et peuplement en Thiérache (XIe-XIIIe siècles) », Revue archéologique de Picardie, n° 3-4, 2000, pp. 119-153.