Présentation
Sentinelle du Hainaut aux portes de la Thiérache, Beaumont (Biômont en wallon) commande depuis le XIe siècle le passage entre les plaines du nord et les forêts du sud. Juchée sur un promontoire rocheux dominant de trente mètres la vallée de la Hantes, la ville est plus proche d’Avesnes-sur-Helpe et de Maubeuge que de Mons, chef-lieu de sa province. Ancienne résidence des puissants seigneurs de Croÿ — qui tenaient aussi Chimay —, Beaumont est aujourd’hui une commune de 93 km² et environ 7 000 habitants, dans la province de Hainaut. On la connaît aussi pour ses macarons, spécialité pâtissière à base d’amandes.
Géographie
Le territoire communal occupe un carrefour entre Mons, Charleroi, Philippeville, Chimay et Avesnes-sur-Helpe. La Hantes, affluent de droite de la Sambre, coule au pied du promontoire calcaire sur lequel la ville s’est établie. Beaumont jouxte Froidchapelle et Sivry-Rance au sud, Erquelinnes à l’ouest, et la frontière française n’est qu’à quelques kilomètres. La ville est souvent décrite comme la porte d’entrée de la « botte du Hainaut ».
Histoire
Le donjon de Richilde
Le site est occupé dès l’époque romaine et mérovingienne — des substructions, des monnaies et des tombeaux maçonnés en témoignent. Vers 1070, Richilde, comtesse de Hainaut, fait édifier un donjon sur le pic rocheux dominant la Hantes, avec pour mission de défendre la partie méridionale du comté. Ce donjon, mentionné sous le nom de « Tour Salamandre » à partir de 1432, est à l’origine de la ville. Sous Baudouin IV le Bâtisseur, à la fin du XIIe siècle, une enceinte fortifiée de 2 360 mètres entoure le bourg, qui devient une place forte du Hainaut.
L’âge d’or des Croÿ
En 1453, Philippe le Bon engage la seigneurie à son favori Antoine de Croÿ, dit « le Grand Croÿ ». La forteresse devient château, puis palais. Les Croÿ, qui tiennent aussi la principauté de Chimay, font de Beaumont leur résidence principale. Guillaume de Croÿ-Chièvres, précepteur du futur empereur, obtient l’érection de la baronnie en comté en 1518. L’année suivante, Charles Quint vient visiter la ville avec son fils Philippe — une visite qui engendrera la légende des Trois Auvergnats, reconstituée tous les cinq ans. Charles III de Croÿ, grand seigneur et cartographe dont les Albums documentent encore aujourd’hui les paysages de l’époque, naît et meurt à Beaumont.
Destructions et déclin
En 1554, les troupes d’Henri II ravagent la région. En 1655, l’armée de Turenne détruit le château — le même Turenne qui, cinq ans plus tôt, avait porté la guerre à travers toute la Thiérache. En 1691, les Anglais incendient la Tour Salamandre, qui échappe cependant à la ruine totale. Au XIXe siècle, les princes de Caraman-Chimay entreprennent d’importantes transformations.
Le passage des armées (1914)
En août 1914, près de cent mille soldats français traversent Beaumont en direction de la Sambre. Le 1er régiment de zouaves franchit la frontière à Beauwelz le 13 août ; le IIIe corps d’armée suit entre le 14 et le 18, en provenance de Rethel — soixante-dix à quatre-vingts kilomètres de marche sous un soleil de plomb. Ce sont les prémices de la bataille de Charleroi.
Patrimoine
Tour Salamandre
Vestige le plus imposant de l’ancienne enceinte, la Tour Salamandre est une massive tour rectangulaire de cinq niveaux, bâtie en calcaire de Solre-Saint-Géry et en grès thudinien. Classée au patrimoine wallon depuis 1943, elle abrite aujourd’hui un musée retraçant l’histoire de la ville et les liens entre les Croÿ et Charles Quint. On y évoque aussi le passage de Napoléon, une nuit de juin 1815, en route vers Waterloo.
Remparts
De l’enceinte médiévale subsistent des tronçons de courtines et plusieurs tours — dont la tour aux Chiens, la tour aux Bœufs et la tour Jean Robert. La poterne, déplacée de son emplacement d’origine, donne accès au sentier longeant la vallée de la Hantes.
Sources historiques
L’histoire de Beaumont est documentée par Les enceintes urbaines en Hainaut (Crédit Communal, 1983) et les Albums de Croÿ (t. I, 1988), qui reproduisent les vues de Jacques de Deventer. Le Patrimoine monumental de la Belgique (vol. 10, Hainaut, arr. Thuin, Mardaga, 1983) consacre une notice détaillée à la ville et à ses monuments.
Illustration photo Jean-Pol Grandmont