Présentation

Prestigieuse ville de la Thiérache belge, Chimay s’est constituée autour d’un château dont les chroniques parlent dès l’an mille. Ses seigneurs ont tenu, pendant cinq siècles, l’un des carrefours stratégiques entre Hainaut, principauté de Liège et royaume de France.

Aux origines de la seigneurie

Les plus anciens seigneurs de Chimay connus apparaissent dans les chartes de la seigneurie voisine de Florennes, siège de la puissante maison de Rumigny. En 1007, un certain Warner ou Walter de Chimay figure parmi les témoins d’une donation à l’abbaye de Florennes. En 1029, Adélard de Chimay souscrit une charte de l’évêque de Liège aux côtés de Godefroid de Florennes. Vers 1096-1110, Wédéric de Chimay assiste à un acte passé dans la collégiale Sainte-Monégonde de Chimay — la plus ancienne mention de cet édifice dans notre corpus. Aucun de ces trois seigneurs n’était connu de l’historien Hagemans, qui rédigea au XIXe siècle l’histoire du bailliage de Chimay.

En 1110, au concile de Reims, Aselard de Chimay apparaît avec son épouse Basilide et leurs fils Adelard, Gilbert, Roger et Godefroid. C’est probablement le même que l’Alard II attesté dans des chartes entre 1115 et 1148. Une alliance matrimoniale scelle alors le lien entre les deux maisons : selon les Genealogiae Fusniacenses, rédigées vers 1160 par un moine de l’abbaye de Foigny, une fille d’Alard II de Chimay épouse Nicolas II de Rumigny. Le lien n’est plus seulement féodal — il est désormais inscrit dans le sang.

Au XIIIe siècle, les sires de Chimay sont solidement implantés dans le réseau féodal régional. En 1213, Alard de Chimay scelle un acte à Floreffe aux côtés de Hugues de Florennes. En 1218, Roger de Chimay, avoué de Couvin, cède à l’évêque de Liège ses droits sur le village de Gonrieux. En 1220, ce même Roger confirme une charte d’Élisabeth de Merbes, épouse du seigneur de Florennes. Après 1191, la châtellenie du Thour, fief du Porcien, passe dans la maison de Chimay par un mécanisme que les sources n’éclairent pas encore.

Du comté à la principauté

La seigneurie de Chimay est érigée en comté par Charles le Téméraire, puis en principauté en 1486 par Maximilien d’Autriche. La famille de Croÿ marque durablement la ville : Charles de Croÿ, premier prince de Chimay, chevalier de la Toison d’Or et parrain de Charles Quint, meurt en 1527. Son mausolée en marbre noir, orné d’un gisant d’albâtre, se trouve dans le chœur de la collégiale. En 1606, Charles III de Croÿ fait bâtir des fortifications — six tours et des galeries — et ouvrir une nouvelle rue menant au château, marquée par une porte triomphale à trois arcades. La famille princière y apposa au XIXe siècle ses armes et sa devise : Juvat pietas.

Place forte installée dans la vallée de l’Eau Blanche, Chimay fut mise à mal à sept reprises au cours des guerres qui ravagèrent la région. La ville a su se relever à chaque fois ; aujourd’hui restaurée, elle offre au visiteur un patrimoine remarquablement préservé.

La collégiale et Froissart

La collégiale des Saints-Pierre-et-Paul, en pierre et ardoise, occupe le cœur de la ville. Son chœur, partie la plus ancienne, date de 1250. On y admire une croix gothique ornée d’un Christ en bois polychrome du XVIe siècle. L’imposant clocher bulbeux, qui date de 1732, abrite un carillon de vingt-six cloches. L’édifice succède à une collégiale plus ancienne, dédiée à sainte Monégonde, attestée dès la fin du XIe siècle.

La figure la plus illustre associée à cette collégiale est celle de Jean Froissart, le grand chroniqueur du XIVe siècle. Né à Valenciennes vers 1337, poète et infatigable voyageur des cours européennes, Froissart est nommé chanoine et trésorier du chapitre de Chimay vers 1383, grâce à la protection de Guy II de Châtillon, comte de Blois, qui possédait alors la seigneurie. Froissart s’installe durablement à Chimay autour de 1396, où il poursuit la rédaction de ses Chroniques. Après 1404, on ne trouve plus trace de lui. La tradition place sa sépulture dans la chapelle Sainte-Anne de la collégiale, où une pierre commémorative perpétue son souvenir.

Le patrimoine civil

L’hôtel de ville, ancien marché couvert dont la façade date de 1724, domine la grand-place. Le monument des Princes, fontaine édifiée en 1852, est une allégorie représentant quatre membres de la famille princière : Pierre-Paul Riquet, Madame Tallien, son époux le quinzième prince de Chimay, et Philippe d’Alsace.

Le château

L’imposant château, dont les origines remonteraient à l’an mille, a été successivement forteresse médiévale, point de défense stratégique de la principauté au XVe siècle, puis résidence seigneuriale. L’architecture offre au visiteur le charme d’un lieu unique dans la région. Le donjon conserve ses voûtes surbaissées ; sur la façade, on distingue encore les traces des glissières de l’ancien pont-levis. La salle des gardes est ornée d’un étonnant pavement constitué de quarante-cinq mille ardoises posées sur chant. Une ancienne chapelle accueillit un temps le Saint-Suaire.

Le théâtre de deux cent vingt places fut construit en 1863 par le prince Joseph, en mémoire de sa mère Thérésia Cabarrus, princesse de Chimay — la célèbre Madame Tallien —, passionnée de musique. Il rappelle, par sa décoration, le théâtre que Louis XV fit construire à Fontainebleau. Entièrement restauré en 1991, c’est un lieu de niveau international où se déroulent chaque année un concours de chant baroque et un festival de musique baroque.

Sources historiques

Roland (C.-G.), « Histoire généalogique de la Maison de Rumigny-Florennes », Annales de la Société archéologique de Namur, t. XIX, 1891. — Hagemans, Histoire du bailliage de Chimay. — Borgmans, Cartulaire de Couvin. — Genealogiae Fusniacenses (~1160), dans Dom Bouquet, Recueil des historiens de France, t. XIV. — La Curne de Sainte-Palaye, Mémoires sur la vie de Jean Froissart.

NB. Il ne faut pas quitter Chimay sans avoir dégusté sa célèbre bière trappiste, fabriquée par les moines de l’abbaye de Scourmont, toute proche!