Présentation

Preux-au-Bois est un village de l’Avesnois, blotti en lisière de la forêt de Mormal, à 12 kilomètres au nord-ouest de Landrecies et à 7 kilomètres au sud du Quesnoy. Attesté dès le milieu du XIe siècle sous la forme Petrosum, le village doit son nom à un terrain pierreux aux portes de la grande forêt. Son patron est saint Martin.

Le creusement d’un étang de plaisance en 1978 a mis au jour des tuiles et des tessons gallo-romains entre le château et l’église, révélant une occupation antique du site et une continuité d’habitation que rien ne laissait soupçonner.

Étymologie

Le nom de Preux-au-Bois dérive du latin Petrosum — « le lieu pierreux » —, attesté en 1046. L’évolution phonétique suit le passage classique du latin au roman : Petrosum devient Preus, puis Preux. Le complément au Boisau Bos dans les formes médiévales — distingue le village des homonymes en rappelant sa situation en lisière de la forêt de Mormal.

Géographie

Le territoire de Preux-au-Bois, l’un des plus petits de l’Avesnois avec seulement 3,99 km², s’étire entre les terres agricoles et la lisière occidentale de la forêt de Mormal, le plus grand massif forestier du département du Nord. Le village occupe un léger relief dans un paysage de prairies bocagères, typique de l’Avesnois.

Histoire

Antiquité et Moyen Âge

Les vestiges gallo-romains découverts en 1978 attestent d’une occupation ancienne du site, concentrée entre le futur emplacement du château et celui de l’église. En 1186, la paroisse de Preux relève du décanat d’Haspres. En 1242, un certain Gilles Froteau fonde un hôpital dans le village — signe d’une communauté déjà structurée au XIIIe siècle.

La seigneurie sous les Habsbourg

Au XVIe siècle, la seigneurie appartient à Ghislain de Boufflers, qui se révolte contre l’autorité espagnole. Philippe II ordonne la saisie de ses biens : en 1590, le domaine est vendu à Charles de Martigny. En 1586, le roi d’Espagne avait déjà accordé une modération d’un tiers des droits seigneuriaux pour la vente de trois fiefs situés à Preux-au-Bois, en faveur de Pontus de Tournai, seigneur de Noyelles — signe que le village comptait plusieurs fiefs relevant directement du comté de Hainaut.

Les Sucre — du château de Preux à l’Amérique du Sud

En 1600, le château de Preux passe à la famille de Sucre, une famille flamande anoblie par le roi d’Espagne. Les Sucre portent le titre de marquis de Preux-au-Bois et possèdent également les seigneuries de Bellaing et d’Oisy-les-Aubry.

C’est au château de Preux-au-Bois que naît, le 19 mars 1665, Charles de Sucre y Pardo, chevalier et marquis de Preux, qui sera nommé par le roi d’Espagne gouverneur de Carthagène des Indes. Il meurt à Caracas en 1746. Son arrière-petit-fils, Antonio José de Sucre (1795–1830), sera l’un des héros de l’indépendance sud-américaine : lieutenant de Bolívar, vainqueur de la bataille d’Ayacucho, premier président de la Bolivie — dont la capitale porte son nom.

Le château de Preux est détruit en 1712, dans les remous de la bataille de Denain. Ses matériaux sont réemployés pour construire l’église Saint-Martin en 1764 — le sanctuaire actuel du village. La famille de Sucre cède le domaine en 1824 à M. de la Coste de Sebourg.

Louise Thuliez — résistante des deux guerres

Preux-au-Bois est le village natal de Louise Thuliez (1881–1966), institutrice devenue l’une des grandes figures de la Résistance française. Pendant la Première Guerre mondiale, elle organise avec Henriette Moriamé une filière d’évasion pour les soldats alliés via la forêt de Mormal et la Belgique, en lien avec l’infirmière britannique Edith Cavell. Arrêtée en 1915, condamnée à mort puis graciée, elle passe trois ans dans la prison de Siegburg. En 1940, elle reprend le combat : passage de soldats vers l’Angleterre, ravitaillement en médicaments du maquis des Glières. Commandeur de la Légion d’honneur à titre militaire, elle publie en 1933 ses mémoires sous le titre Condamnée à mort. La place du village et l’école primaire portent son nom.

Les guerres mondiales

Le cimetière communal abrite un carré militaire du Commonwealth où reposent 66 soldats tombés lors de la libération du village en 1918. Le monument aux morts, érigé en 1920, témoigne du tribut payé par la commune.

Patrimoine

L’église Saint-Martin (1764), bâtie avec les matériaux de l’ancien château des Sucre, domine le centre du village. L’enceinte du château médiéval était encore partiellement visible en 1723, bien qu’alors déjà en ruines. La chapelle Saint-Roch, érigée en 1792, et une grotte de Lourdes complètent le patrimoine religieux du village. Un buste du général Antonio José de Sucre y Alcalá, président à vie de Bolivie en 1826 et descendant des seigneurs de Preux, avait été inauguré en 1995 — il a été dérobé en mai 2019.

Une tradition contestée — la bataille des Nerviens

Le comte Lelong, dans son Histoire du diocèse de Laon, situe la célèbre bataille entre César et les Nerviens (57 av. J.-C.) « près de Landrecies, du côté de Preux-au-Bois, vis-à-vis la forêt de Mormal ». Il argue que la Sambre, en cet endroit, n’avait que trois pieds de profondeur — conformément au récit de César —, et que la route venait d’Amiens. Le docteur Le Glay a toutefois contesté cette localisation, proposant les environs de l’Escaut, vers Bonavis et Vaucelles dans le Cambrésis. La question reste débattue.

Sources

« C’est dans le nord de la France que cette famille fit souche avant de migrer aux Amériques par Charles de Sucre y Pardo, né le 19 mars 1665 au château de Preux-au-Bois. » — Wikipedia, Antonio José de Sucre

Illustration photo Hektor