Présentation
Iron est un village de l’ancienne Thiérache, bâti sur le bord d’un ruisseau et fait partie du canton de Guise. Ancienne baronnie, il possédait une forteresse détruite par les Espagnols et une maladrerie. Il est la patrie du jurisconsulte J.-B. Denizart (XVIIIe siècle). Son patron est saint Denis.
Étymologie
Selon Marie-Thérèse Morlet, Iron dérive de Ironem, formé sur le nom d’homme Irus, attesté dans une inscription latine (CIL III 6010, cf. Kaspers 95). Notons la ressemblance avec le nom basque d’Irun (Pays basque espagnol) — similitude toponymique relevée pour Esquéhéries dont un hameau se nomme également Iron.
Histoire
La forteresse et la maladrerie
Iron possédait autrefois une forteresse considérable, détruite par les Espagnols. Le village disposait également d’une maladrerie dont les revenus s’élevaient encore à 50 livres en 1648. Iron porta en dernier lieu le titre de baronnie.
Les seigneurs d’Iron
Iron fut tenu par les seigneurs de Tupigny du XIIe au XIVe siècle — Dreux de Tupigny (1172–1175), Gautier II de Tupigny (1209–1283), Gautier III (1313). Vers 1680, Louis-François d’Hervilly est baron d’Iron et seigneur de Leschelles.
Les Douze d’Iron, 1914-1915
Pendant la retraite d’août 1914, des centaines de soldats britanniques restent pris derrière les lignes allemandes, notamment après les combats du Grand-Fayt (26 août) et d’Étreux (27 août). Le 15 octobre, Vincent Chalandre, tisserand en soie retraité qui travaille comme journalier au moulin des Logez, découvre neuf d’entre eux, affamés, dans les champs du village ; deux autres les rejoignent en décembre. Avec Léonie Logez, la meunière, et les femmes des deux familles, il les cache et les nourrit pendant quatre mois : dans une cabane, au moulin, puis dans le grenier de sa maison.
Le 22 février 1915, un habitant, Bachelet, les dénonce au lieutenant-colonel Waechter, commandant de la zone d’étapes à Guise. Les onze soldats et Vincent Chalandre sont arrêtés le jour même, battus et conduits à l’hôtel de ville de Guise ; la maison des Chalandre, puis le moulin des Logez, sont incendiés devant les villageois. Le 25 février, après une procédure dont aucune trace n’a été retrouvée, les douze hommes sont fusillés au château de Guise. Exécuter des soldats en uniforme qui s’étaient rendus sans résistance, et le civil qui les avait protégés : c’est un crime de guerre.
Les familles sont condamnées à leur tour : Léonie Logez à cinq ans de prison, sa fille Jeanne à un an ; Madame Chalandre à quatre ans de travaux forcés, son fils Clovis, 16 ans, à trois ans, sa fille Germaine à deux ans et demi, tous déportés en Allemagne. Les trois plus jeunes enfants Chalandre sont laissés à la rue ; leur mère, revenue malade, meurt en juillet 1919. Les soldats reposent dans une tombe collective du cimetière communal de Guise, entretenue par la Commonwealth War Graves Commission ; Vincent Chalandre est inhumé à quelques mètres, dans une tombe retrouvée seulement en 2006. Le moulin n’a jamais été reconstruit. C’est la plus importante exécution de soldats britanniques par l’armée allemande durant la Grande Guerre.
Sources : Hedley Malloch, « The Story of the Iron Twelve », Western Front Association (en anglais) ; du même auteur, The Killing of the Iron Twelve. Voir aussi l’article La bataille de Guise, août 1914, et les débuts de l’occupation.
Personnalités liées à la commune
J.-B. Denizart, jurisconsulte réputé du XVIIIe siècle, est né à Iron.