Présentation

Guise est la capitale excentrée de la Thiérache, bâtie sur l’Oise autour d’un château attesté dès le Xe siècle. Chef-lieu de bailliage sous l’Ancien Régime, érigée en duché-pairie en 1528, la ville porta pendant deux siècles les ambitions d’une des familles les plus puissantes de France — les ducs de Guise, de la maison de Lorraine. Elle est aussi la patrie de Camille Desmoulins (1760–1794) et voisine du familistère de Jean-Baptiste André Godin (1817–1888). Ses patrons sont saints Pierre et Paul.

Note de prononciation : il faut prononcer le « u » de Guise — et non comme dans l’expression « à sa guise ».

Étymologie

Marie-Thérèse Morlet reconnaît que l’origine du nom est difficile à reconstituer : aucune forme n’est antérieure à l’an 1000. Elle propose une dérivation de Cutia, forme féminine du gentilice latin Cutius, qui aurait pu donner Guise après mutation de la consonne initiale. Des médailles romaines découvertes aux abords du château et le lieu-dit « la Haute Ville » suggèrent une occupation gallo-romaine, probablement autour d’un castrum. La tradition locale fait dériver le nom du celtique goys (fort, forteresse) ou du gué sur l’Oise (goué au Moyen Âge).

Géographie

Guise est bâtie sur la rivière Oise et sur la vieille chaussée gauloise de Laon au Cateau. Son château occupe un éperon remarquable — Doyen note que c’est l’exemple le plus remarquable de site castral topographiquement protégé de toute la Thiérache. La ville contrôle le passage de l’Oise et constitue la limite occidentale de la région thiérachienne.

Histoire

Des origines au château médiéval

Le château de Guise existe dès le Xe siècle. Il fut rasé au XIIe siècle par les comtes de Flandres et de Hainaut, puis reconstruit en 1549 par Claude de Lorraine. Au XIIe siècle, la ville est aux mains des seigneurs d’Avesnes. Elle passe ensuite aux Châtillon (XIIIe), aux comtes d’Anjou (XIVe), aux Armagnac (XVe), aux Rohan, puis aux Lorraine à partir de 1510. La terre est érigée en duché-pairie en 1527–1528, englobant Aubenton, Rumigny, Martigny, Any, Condé, Hirson, le Nouvion et leurs dépendances. À la Révolution, le duché appartient aux Bourbon-Condé.

Les sièges — une forteresse imprenable

Le château de Guise fut le théâtre de sièges répétés, jamais pris de force quand il était défendu :

  • 1339 — Les Anglais de Jean de Hainaut incendient la ville mais ne peuvent s’emparer du château, défendu courageusement par la femme du seigneur de Guise
  • 1422 — Jean de Luxembourg lui livre un assaut infructueux
  • 1424 — Jean de Luxembourg parvient à s’en emparer
  • 1486 — 12 000 Impériaux l’attaquent et sont contraints de se retirer
  • 1523 — Les Espagnols tentent la trahison sans succès
  • 1538 — Les Espagnols le prennent par surprise et détruisent les fortifications
  • 1540 — François Ier y rentre
  • 1594 — Henri IV met le feu aux faubourgs sans prendre le château
  • 1636 — Les Espagnols investissent Guise et doivent se retirer

Le siège mémorable de 1650

C’est le siège le plus célèbre. Après onze jours de tranchée ouverte, les Espagnols pénètrent dans la ville — mais tous leurs efforts échouent contre le château. On vit les femmes s’employer à la défense avec autant d’intrépidité que les hommes. Le roi, en récompense, accorda des exemptions, des privilèges et ennoblit plusieurs habitants. Une médaille commémorative fut frappée. En 1653, les Espagnols revinrent et furent contraints de se retirer avec une perte de 200 hommes.

Les ducs de Guise et la politique française

La maison de Guise joua un rôle considérable dans l’histoire de France au XVIe siècle :

  • François de Guise (1519–1563) fit condamner à mort le huguenot Henri de Condé après la conjuration d’Amboise. Assassiné en 1563 par un protestant au siège d’Orléans
  • Henri Ier de Guise dit le Balafré — instigateur de la Saint-Barthélemy (24 août 1572), chef de la Ligue catholique, assassiné le 12 décembre 1588 sur ordre de Henri III à Blois
  • Charles II de Guise — les États de Paris lui préférèrent Henri de Navarre (Henri IV)

La bataille de Guise — 28–30 août 1914

Du 28 au 30 août 1914, une importante bataille se déroule à Guise lors de la retraite de l’armée française. La forteresse et la ville ancienne en sortent très abîmées.

Jean-Baptiste André Godin et le familistère

Né à Esquéhéries en 1817, Jean-Baptiste André Godin choisit Guise pour implanter ses Poêleries et, en 1859, son familistère — cité ouvrière modèle inspirée du phalanstère de Fourier, offrant logement, école, crèche et théâtre à ses ouvriers. Le familistère est aujourd’hui classé aux Monuments historiques.

La charte communale de 1279

En 1279, les habitants de Guise achetèrent à Jean de Châtillon une organisation municipale : libre disposition de leurs biens, droit de se marier au-dehors, faculté de quitter la ville, droit d’avoir une cloche pour se rassembler, et d’élire trois prud’hommes parmi lesquels le seigneur choisissait le mayeur. Ces franchises furent payées cher : 100 livres tournois par an, service militaire et aide à la rançon du seigneur.

Patrimoine

Château-fort des ducs de Guise

Le château-fort, des XIIe–XIIIe siècles, fut reconstruit en 1549 par Claude de Lorraine et remanié par Vauban en 1673. Son donjon du XIIe siècle — haut de 32 mètres, circonférence de 55 mètres — est l’un des plus imposants du nord de la France. Très dégradé, il fut restauré à partir de 1954 par le Club du Manoir. Les Ducales de Guise sont la fête médiévale annuelle du site.

Familistère de Godin

Le familistère de Guise (1859), cité ouvrière modèle de Godin, est aujourd’hui un musée classé aux Monuments historiques et inscrit au Patrimoine mondial.

Église Saints-Pierre-et-Paul (XVe–XVIe siècles)

L’église de Guise, des XVe et XVIe siècles, est dédiée aux saints Pierre et Paul.

Personnalités liées à la ville

Camille Desmoulins (1760–1794), journaliste révolutionnaire, né à Guise, porta sa tête sur l’échafaud révolutionnaire. Roch Marcandier, journaliste, même sort. Le jurisconsulte Dumesnil de Romery, l’avocat Guy-Jean-Baptiste Target, le médecin d’Henri IV Abraham de la Framboisière, les généraux d’Empire Balland et Dubois. Jean-Baptiste André Godin (né à Esquéhéries, actif à Guise).

Pour aller plus loin

  • Terascia.com — La bataille de Guise (1914)
  • Terascia.com — André Godin, Thiérachien et homme de cœur
  • Marie-Thérèse Morlet — La Toponymie de la Thiérache, 1953–1955
  • Melleville — Dictionnaire historique du département de l’Aisne
  • Bénédicte Doyen — Châteaux, abbayes et peuplement en Thiérache, 2000
  • Abbé Pécheur — Histoire de la ville de Guise, 1851
  • Wikipedia — Guise
  • Château-fort de Guise — tél. 03.23.61.11.76
  • Familistère de Guise — familistere.com