Présentation

Village de la Fagne, à 2 km à l’ouest de Chimay, Villers-la-Tour fait partie du groupe de localités rattachées au pagus Templutensis avec Salles, Seloignes, Maçon et Momignies. Le village doit son nom à une tour de défense, attestée au XVe siècle et figurée en 1596 par Adrien de Montigny dans les Albums de Croÿ, qui servit de refuge aux habitants jusqu’au milieu du XVIIIe siècle. Il n’en subsiste aujourd’hui aucun vestige.

Géographie

Section de la ville de Chimay (province de Hainaut), Villers-la-Tour couvre 802 hectares à l’ouest du chef-lieu. Comme les autres villages du pagus Templutensis, il relevait de l’archidiaconat de Valenciennes au diocèse de Cambrai — non du diocèse de Liège comme Chimay. Cette particularité ecclésiastique témoigne d’un rattachement antérieur à l’organisation féodale de la principauté.

Histoire

L’histoire documentée de Villers-la-Tour se confond largement avec celle de la seigneurie de Chimay. Le village figure dans l’acte de 1336 parmi les localités qui formeront les neuf villes du Sart de Chimay. À la mort de Marie de Namur, dame douairière de Chimay, le 10 août 1412, la terre de Chimay fait retour au comte de Hainaut. Les Neuf-Villes — Beauwelz, Momignies, Macon, Monceau, Seloignes, Villers, Salles, Robechies et Baileux — forment dès lors une recette comtale distincte, confiée à un receveur particulier, jusqu’à ce que Philippe le Bon les cède à Jean de Croÿ le 28 août 1445.

Sa tour est entretenue et armée dès 1416 : en 1416, on achète à Mons des arbalètes en bois d’if et en « blanc bos » ; en 1424, de la « pourre » (poudre) à bombarde à Avesnes ; en 1425, trente pierres de canon.

Cette même année 1425, selon André Lépine, la tour — dont la garde incombait à tour de rôle aux cent vingt chefs de famille des Neuf-Villes — est abandonnée par ses défenseurs, rappelés pour protéger Chimay lors d’une incursion ennemie. La tour est incendiée, le village pillé et déserté par ses habitants, comme les localités voisines. L’identité des assaillants n’est pas établie. Deux ans plus tôt, à l’automne 1423, Jacques, bâtard de la Hovarderie, capitaine de Chimay, alertait déjà la ville de Mons sur la menace des garnisons dauphinoises d’Hirson, place que Jean de Luxembourg n’enlève qu’en février 1425.

Les dégâts sont durables. Le 8 novembre 1428, Jacqueline de Bavière, comtesse de Hainaut, remet pour six ans aux habitants de Villers-lez-Chimay la moitié des rentes qu’ils lui doivent, en considération de leur extrême pauvreté : le village a été à plusieurs reprises foulé et saccagé « au temps des guerres ». Baileux obtient le même jour une faveur identique, le village étant si ruiné que ses habitants ne peuvent plus y demeurer. La tour est relevée : le 7 octobre 1431, le bailli de Hainaut Guillaume de Lalaing nomme Jean Raoul, dit Jonnart, demeurant à Chimay, « cappitaine, chastellain et garde » de la tour de Villers. Plusieurs fois ruinée et relevée, elle sert encore de refuge au XVIIIe siècle avant d’être déclassée et affectée à d’autres usages.

Le docteur Lebrun, de Villers-la-Tour, fut au XIXe siècle un informateur de l’historien Hagemans, auquel il signala des découvertes archéologiques à Wallers — témoignage de la curiosité érudite que pouvait nourrir un médecin de campagne pour l’histoire de son pays.

Patrimoine

La tour disparue

Située au sud-ouest de la place, la tour — souvent désignée comme « fort et tour » — se dressait au centre d’un enclos quadrangulaire de jardins, ceint de fossés en eau. Haute d’une quinzaine de mètres pour onze de large, elle avait des murs épais d’environ un mètre cinquante et abritait deux salles superposées ; la salle basse n’était accessible que par une échelle amovible. La gouache d’Adrien de Montigny (1596), dans les Albums de Croÿ, en conserve l’image : un bâtiment imposant, à l’échelle d’un simple village. Après la Seconde Guerre mondiale, on devinait encore ses fondations et deux petites mares, derniers restes des fossés. Seul le nom du village en garde aujourd’hui la mémoire.

Église Saint-Géry

L’ancienne église Saint-Géry, édifice néo-gothique construit en 1869 par l’architecte Carpentier, a dû être désaffectée et démolie en raison de son état de dégradation. Une nouvelle église a été bénie le 4 août 1976 — l’un des rares édifices cultuels du XXe siècle dans le pays de Chimay.

Potale Notre-Dame de Grâce

La potale Notre-Dame de Grâce, datée de 1862, se dresse rue Le Vailier. Ce type de petit édicule votif, encastré dans un mur ou posé sur un pilier, est caractéristique du paysage wallon de la Fagne.

Sources historiques

  • Gustave Hagemans, Histoire du pays de Chimay, Bruxelles, 1866 (réédition 1982).
  • Léopold Devillers, Cartulaire des comtes de Hainaut, de l’avènement de Guillaume II à la mort de Jacqueline de Bavière, Bruxelles, 1881-1896, t. III, p. 519-522 ; t. IV, p. 350-351 ; t. V, p. 452 et 474.
  • Adrien de Montigny, gouache de Villers-la-Tour, 1596, et Jacques Buchin, « Villers-la-Tour », dans Jean-Marie Duvosquel (dir.), Propriétés des Croÿ, vol. I : Principauté de Chimay, comté de Beaumont, baronnie de Quiévrain, Bruxelles, Crédit communal, coll. « Albums de Croÿ », 1988, p. 110-113.
  • André Lépine, Villers-la-Tour. Notes d’histoire. Liste des électeurs de 1972, Cahier du Musée de Cerfontaine n° 344, 2017 (cité par Wikipedia, non consulté).
  • Wikipedia, « Villers-la-Tour » ; diocèse de Tournai, 50e anniversaire de l’église, 2026.

Illustration photo Herpoel