Présentation
Taisnières-en-Thiérache est l’un des quatre villages de la « terre de Saint-Humbert », domaine donné en 921 par Charles le Simple à l’abbaye de Maroilles. Sur les bords de l’Helpe Majeure, le village conserve les traces d’un long bras de fer juridique avec ses seigneurs ecclésiastiques, inscrit jusque sur le toit de son église.
Étymologie
Le nom tire son origine de l’ancien français taisson, désignant le blaireau, issu du bas latin taxo(nem), suivi du suffixe -aria au pluriel marquant la présence. Le sens initial est vraisemblablement « repaire du blaireau ». Les formes anciennes se succèdent : Taisneras en 921, Tasnerias en 1131 (charte de l’évêque Lietard), Taynières en 1186 (Jacques de Guise), Tesneriis en 1237 (bulle du pape Grégoire IX), Taisnières en 1245 (cartulaire de l’église de Cambrai), Tesnières en 1258 (cartulaire de l’abbaye de Maroilles), puis Taisnières en 1349 (pouillé de Cambrai).
Géographie
Le village se situe dans le sud-est du département du Nord, en plein cœur de l’Avesnois, traversé par l’Helpe Majeure. Le relief s’étage entre 131 et 191 mètres d’altitude. En 1186, Taisnières formait une paroisse du décanat d’Avesnes.
Histoire
Le diplôme de Charles le Simple, daté de 921, affecte Taisnières et ses dépendances à l’abbaye de Maroilles : « Tradimus eidem monasterio… Maricolas… et Taisneras ». Une charte de 1245, dite « loi des villages de Saint-Humbert », accorde aux habitants des franchises communales avec l’assentiment des religieux. Mais la communauté dut soutenir, jusqu’à la Révolution, un grand nombre de procès contre l’abbaye pour défendre ces droits.
L’acrimonie des moines de Maroilles, lassés de ces conflits, s’inscrivit jusque sur le toit de l’église : en 1766, l’abbé fit former en ardoises rougeâtres les lettres V. D. P., initiales de « Village de Plaideurs ». Les habitants, eux, traduisaient ces lettres par « Vilain Dom Paul », en référence à Dom Paul Bondu, alors receveur de l’abbaye. En juillet 1789, les paysans de Taisnières se rendirent à Maroilles et mirent à sac l’abbaye — épisode connu comme le « vacarme de Maroilles ».
Un fort villageois, dont des ruines subsistaient encore à la fin du XVIIIe siècle, servait de refuge aux habitants en cas d’attaque.
Patrimoine
L’église paroissiale actuelle a été bâtie en plusieurs étapes : la tour en 1724, le clocher en 1728 — portant l’ensemble à 41 mètres de hauteur —, le corps principal et le chœur en 1754-1760. Le chœur, d’un beau style malgré sa simplicité, fut richement décoré ; le maître-autel d’ordre corinthien date de 1783. L’église conserve une chasuble de 1566, brodée en soie et fil d’or sur damas rouge.
Le pont sur l’Helpe Majeure, bâti en 1604, s’effondra au milieu du XVIIIe siècle ; le pont actuel, construit en 1757 en pierres bleues, n’a qu’une seule arche.
La cloche de l’église entretient un pré, dit « el pré del cloque », dont le revenu finance depuis le XIIIe siècle la sonnerie de complies. La tradition rapporte qu’un riche voyageur, égaré avec son valet dans les bois entre Sambre et Meuse, fut sauvé par le son de cette cloche qui le guida hors de la forêt jusqu’au village. En remerciement, il fit don d’un pré au clocher de Taisnières pour perpétuer la sonnerie qui l’avait sauvé.
Personnalités
Adrien-Louis Flament, peintre, sculpteur et mathématicien, naît à Taisnières le 24 août 1734. Formé à Anvers puis admis à l’académie de peinture et de sculpture à Paris, il revient s’établir dans son village natal, dont il devient lieutenant-mayeur jusqu’à sa mort le 6 septembre 1777. Il laisse inachevé un traité d’arithmétique universelle et d’algèbre.
Sources
- Bulletin de la Commission historique du département du Nord, 1866 (Gallica)
- Annuaire statistique du département du Nord, 1838
Illustration photo Havang(nl)