Présentation
Solre-le-Château est une commune du département du Nord, située dans l’arrondissement d’Avesnes-sur-Helpe et le canton de Fourmies. Le bourg se trouve en Avesnois, dans le parc naturel régional, traversé par la Solre qui y prend sa source, à une altitude variant de 168 à 236 mètres. Chef-lieu de canton dès 1790, il prit le titre de ville en 1818. Ses habitants sont appelés les Solréziens. Durant la Révolution, la commune porta le nom de Solre-Libre.
Étymologie
Le nom apparaît sous la forme Solra dans la chronique de Gislebert, Sorre-le-Chastel en 1186 chez Jacques de Guise, Sorre en 1219 dans le cartulaire de l’abbaye d’Alne, Sorre-le-Castiel en 1251, Sorra-Castelli en 1349 dans le pouillé de Cambrai. Les formes évoluent ensuite vers Solre-le-Castiau (1482), Solre-le-Casteau (1525), Sor-le-Chasteau (1613, Guichardin). Le toponyme associe le nom de la rivière Solre à la présence du château fort.
Histoire
Le château fort de Solre existait déjà au XIIe siècle. En 1185, le comte de Hainaut Baudouin le garnit de troupes pour résister à l’invasion du duc de Brabant. En 1186, Solre formait une paroisse du décanat d’Avesnes, à la collation de l’abbaye de Floreffe.
La seigneurie comprenait le bourg et le village d’Épinoy, adjoint en 1472. Elle appartenait à Bauduin de Lannoy, seigneur de Molembois, chevalier de la Toison d’Or, qui mourut en 1474, peu après la prise de son château. En 1473, le bourg avait été dévasté et le château pris et brûlé par les troupes du connétable de Saint-Pol, événement qui contribua à la haine du duc de Bourgogne contre le connétable et le mena à l’échafaud.
En 1514, Philippe de Lannoy fonda un hôpital dont il confia la direction à six sœurs grises, communauté qui atteignit trente religieuses. Au XVIe siècle, la terre passa à la maison de Croÿ. Philippe de Croÿ fut créé premier comte de Solre en 1592 par Philippe II, roi d’Espagne.
En 1637, la guerre entre Français et Espagnols s’étant portée dans les Pays-Bas, Turenne, alors âgé de vingt-six ans, attaqua si vivement le château que les défenseurs se rendirent à discrétion. Quelques soldats amenèrent au vicomte une femme d’une rare beauté. Il en fit chercher le mari et la lui rendit en disant : « C’est à la modération et à la sagesse de mes soldats que vous devez l’honneur de votre épouse. » En 1651, le bourg fut pillé par le général Rose, commandant les troupes allemandes au service de France. En 1656, Turenne s’empara de nouveau du château avant d’aller mettre le siège devant Valenciennes. Solre fut cédé à la France en 1678 par le traité de Nimègue, en même temps que Maubeuge.
Le château, considérablement agrandi aux XIVe et XVIe siècles, fut démoli entre 1794 et 1800. Il n’en subsiste que des traces de fossés et d’une tour.
Le 9 décembre 1793, un parti autrichien commit de graves excès dans le bourg, tuant deux habitants. En février 1814, les Russes s’emparèrent de Solre-le-Château. Le 8 mars, un détachement de la garnison française de Maubeuge tenta de détruire les magasins ennemis, pénétra jusqu’à la place en battant la charge, mit les Russes en fuite, mais ne put achever sa mission et se retira sur Maubeuge. Le 13 juin 1815, Napoléon, se rendant sur la frontière, traversa le bourg.
Patrimoine
L’église Saint-Pierre-Saint-Paul, édifice du XVe siècle en pierre bleue, est classée monument historique depuis 1932. L’abside, avec ses voûtes d’arêtes et ses fenêtres ogivales primitives, paraît plus ancienne que le reste. Reconstruite en 1514 grâce à un impôt sur la bière levé par Philippe de Lannoy, elle reçut un clocher en pierre. Un incendie le 10 mai 1611 détruisit la flèche. Sa reconstruction fut confiée à Jehan Lecoustre, maître charpentier de Beaumont, en Belgique, qui conçut une flèche bulbiforme — à la fois poste de guet à 360° et dispositif de défense contre les tempêtes du sud-ouest. Ce clocher penche visiblement, particularité qui frappe les visiteurs. La tour abrite une petite cloche de 1260 et une grosse de 1612 rappelant l’incendie et la générosité des archiducs Albert et Isabelle. L’intérieur conserve de beaux vitraux de 1532 et un buffet d’orgue provenant de l’abbaye de Liessies.
L’hôtel de ville, bâti en 1574, servait de halle au rez-de-chaussée. Les clefs de voûte des entrées portent, en caractères gothiques, des sentences morales destinées aux marchands : « Soÿes léaulx. Uses de conscience. Gens qui traictes icÿ la marchandise, ne gaignes riens avec divine offense, car mauldite est richesse mal acquise. » L’édifice, profondément remanié en 1865, perdit son escalier extérieur et son beffroi à six pans de style Renaissance.
À un kilomètre du bourg, deux menhirs connus sous le nom de « Pierres de Saint-Martin » se dressent dans un champ, séparés par un intervalle de trois mètres. Le plus grand mesure 3 mètres de haut pour 5,04 mètres de circonférence, le second 1,08 mètre sur 3 mètres de tour. L’hospice et la chapelle Saint-Roch sont les seules constructions échappées à la démolition de 1793. Deux maisons à encorbellement, datées de 1570 et 1574, témoignent de l’architecture civile du XVIe siècle.
Héraldique
Les armes de la commune se blasonnent : écartelé aux 1 et 4 d’argent à trois fasces de gueules, aux 2 et 3 d’argent à trois houes à quatre roues de sable (armes des familles de Croÿ-Solre et de Croÿ-Renty).