Présentation

Origny-Sainte-Benoîte, gros bourg de l’ancienne Thiérache bâti sur la rive gauche de l’Oise est situé à 12 kilomètres à l’ouest de Guise. Il doit son nom et son histoire à une abbaye aujourd’hui disparue, dont l’église paroissiale occupe encore l’emplacement. Le bourg fut, avant même le XIIe siècle, l’un des rares de la région à obtenir le statut de commune affranchie.

Étymologie

Le nom apparaît en 1145 sous la forme Oriniacum, dans une charte de l’abbaye de Saint-Nicolas-aux-Bois, puis se décline sous de nombreuses variantes : Horigniacum (1146), Auregniacum-Sancte-Benedicte (1163), Oregni (1175), Aurigniacum (1181), Origni (1270), jusqu’à Origny-Saincte-Benoiste (1603) puis la forme actuelle. Le déterminant « Sainte-Benoîte » renvoie à la sainte patronne, honorée dès le haut Moyen Âge sous la forme Sancta-Benedicta.

Histoire

La légende fondatrice, rapportée par Melleville, situe en l’année 359 le martyre de Benoîte d’Origny, dame romaine convertie au christianisme, retirée dans une cellule près d’Origny pour y prêcher. Dénoncée au préfet romain, elle fut mise à mort sur le Mont d’Origny. Ses reliques attirèrent bientôt un concours de fidèles, autour desquelles se forma une communauté de moines, rapidement séculière et organisée en chapitre ; à leurs côtés s’établit une petite communauté de filles qui, placée sous leur dépendance, devint l’abbaye de Bénédictines — Matton en situe la fondation formelle vers 854. Les religieuses, de naissance noble, suivaient la règle de saint Benoît et ne furent cloîtrées qu’à partir de 1521.

L’histoire de l’abbaye est aussi celle de ses désastres répétés. Dès 873, elle fut incendiée par Raoul, comte de Cambrai — l’épisode qui devait devenir le nœud de la chanson de geste Raoul de Cambrai. Mériène, abbesse d’Origny au Xe siècle et mère naturelle de Bernier (né de sa liaison avec Elbert Ier, seigneur de Ribemont), périt dans cet incendie ; c’est pour venger sa mère que Bernier devait plus tard tuer Raoul de Cambrai de sa propre main. L’abbaye brûla de nouveau en 943, par les Anglais en 1339, par les Navarrais en 1358, par les Impériaux en 1480, par les Espagnols en 1537 et 1642, par la foudre en 1595, et une dernière fois en 1761.

Les habitants d’Origny furent affranchis et institués en commune par une abbesse avant l’année 1174 — l’un des affranchissements les plus anciens attestés dans la région — mais la charte qui en consacrait les droits ne se retrouve plus. Les seigneurs d’Origny relevaient de l’abbesse elle-même : ils lui devaient hommage annuel, l’escortaient à cheval lors des processions, et étaient tenus d’assister en armes aux exécutions capitales prononcées dans le bourg. Une longue lignée est documentée depuis Wiard d’Aurigny (1142) jusqu’à Pierre de Bléscourt (1498). Aux XVIe et XVIIe siècles, la seigneurie passe aux Roucy, seigneurs de Sissonne, avant que Claude de Roucy-Sissonne ne la vende en 1605 à Marie Hennequin, dame de Beaurevoir ; le duc de La Vallière en fait l’acquisition en 1745 et sa famille la conserve jusqu’à la Révolution.

Au moment de la Révolution, l’abbaye comptait vingt-cinq dames de chœur pour un revenu de 71 000 livres, aux côtés d’un chapitre de neuf chanoines de Saint-Vaast disposant de 15 000 livres de rente. L’abbaye fut supprimée en 1790 et ses bâtiments vendus comme biens nationaux.

Patrimoine

L’église paroissiale actuelle occupe l’emplacement de l’ancienne abbatiale et en conserve le souvenir, notamment à travers le tombeau de sainte Benoîte, encore objet de vénération.

Le franchissement de l’Oise, assuré depuis l’Antiquité par un gué puis par un pont plusieurs fois reconstruit, et l’activité de batellerie qui s’y est développée, témoignent du rôle du bourg comme point de passage sur la rivière.

Personnalités

Origny-Sainte-Benoîte est la patrie de Pierre d’Origny, poète ; de J.-B. Godart, naturaliste distingué, mort en 1825 ; ainsi que de J. Florimond Gougelot et N. Dermoncourt, tous deux généraux du temps de l’Empire.

Sources

  • MATTON, Auguste, Dictionnaire topographique du département de l’Aisne, Laon, Société académique de Laon.
  • MELLEVILLE, Maximilien, Dictionnaire historique du département de l’Aisne, 1865.
  • MORLET, Toponymie de la Thiérache.
  • Alfred Desmasures, Histoire des communes du canton d’Hirson, Vervins, 1863 (pour Elbert Ier, Mériène et Bernier).

Illustration photo Markus3