Présentation
Ohain est un village de l’Avesnois, perché sur l’une des plus hautes collines de l’arrondissement d’Avesnes-sur-Helpe — jusqu’à 255 mètres d’altitude —, ce qui lui vaut le surnom de « petite Suisse du Nord ». Longtemps étroite dépendance du marquisat de Trélon, le village ne conquiert son indépendance communale qu’en 1637 et son indépendance paroissiale qu’en 1773. Son patron est saint Martin.
Étymologie
Le toponyme Ohain apparaît sous la forme Oaing dans une bulle du pape Alexandre III datée du 8 décembre 1180, qui confirme au chapitre Saint-Géry de Cambrai la possession de biens et revenus en ce lieu. La même graphie se retrouve dans le cartulaire du Mont-Saint-Martin en 1190 et 1240.
Géographie
Le territoire d’Ohain couvre 1 174 hectares, dominé par un relief de collines atteignant 255 mètres. En 1838, les terres se répartissaient en 578 hectares labourables, 339 de prés, 194 de bois et 16 d’étangs. La culture principale était le blé, complété par l’épeautre, l’orge, l’avoine et la pomme de terre. Le village était régi par la coutume du Vermandois et ressortissait à la prévôté de Maubeuge.
Hameaux et lieux-dits : la Maladrerie, la ferme de Beauvoir (longtemps siège d’une poste aux chevaux), les Horbes, Bourdonchamps, les Mottes, le Marais, l’Alouette, Hututu, le Bief-Fontaine, le Grand-Dieu.
Histoire
Avant l’histoire écrite
En 1895, du matériel néolithique — un fourneau, une hache et des poteries — a été exhumé au sud de la chapelle du Grand-Dieu. Au milieu du XIXe siècle, des sépultures mérovingiennes avaient été mises au jour : des cercueils en pierre taillée renfermant des restes humains accompagnés de bijoux et d’armes, le plus souvent deux corps par tombe.
Du marquisat de Trélon à l’indépendance
Au début du Moyen Âge, le village n’est qu’un chapelet de chaumières en torchis le long du chemin reliant les positions d’Anor et de Fourmies au château de Trélon. Les habitations se regroupent peu à peu autour d’une chapelle en torchis dédiée à saint Martin — « l’église de paille » de la tradition. Ohain fait partie de la seigneurie de Trélon, démembrée de la pairie d’Avesnes en 1381, érigée en marquisat en 1625 par Philippe IV d’Espagne.
Le chroniqueur Froissart mentionne le village à propos d’une expédition française vers Chimay en 1340. Ohain subit les destructions de toutes les guerres qui traversent la région : saccagé par les troupes de François Ier en 1543, brûlé par celles d’Henri II en 1552 et 1554, ravagé par les armées de Louis XIV en 1651 et 1653.
En 1637, la commune se sépare administrativement de Trélon. Les limites territoriales ne sont toutefois fixées qu’en 1730, et la paroisse ne devient indépendante qu’en 1773. Le chapitre de Maubeuge conserve jusqu’à la Révolution des propriétés et des rentes sur le village.
L’essor industriel
Au XVIIIe siècle, la bonneterie est la principale activité d’Ohain : en 1804, près de 200 personnes travaillent sur 70 métiers. Dès 1780, l’extraction de minerai de fer devient possible grâce à un filon courant de Féron jusqu’aux environs de Chimay. La famille de Mérode en est concessionnaire. En 1865, le comte Werner de Mérode accorde pour trente ans le droit d’exploitation aux sociétés des forges de Denain-Anzin et de Vezin-Aulnoye. L’extraction cesse vers 1880.
Trois carrières de pierre calcaire (« pierre bleue ») ont également été exploitées sur le territoire : à Morenrieux, près de la ferme de Beauvoir et sur la Trouillette face au Grand-Dieu.
En 1865, Delval-Hardy crée la première filature du village. En 1874, Bastien-Bourdu en fonde une seconde. Le village atteint 1 387 habitants en 1886. Les deux filatures, réunies sous le nom de Dégoussé et Cie, sont détruites par un incendie en mai 2000, puis rasées.
Charles Hanoteau, le bienfaiteur
Au milieu du XIXe siècle, le maire Charles Hanoteau dote la commune de ses principaux équipements : l’église actuelle, le cimetière, un bâtiment abritant mairie et école, et une salle de musique (aujourd’hui salle polyvalente).
Les guerres du XXe siècle
Pendant la Première Guerre mondiale, le village est occupé jusqu’au 9 novembre 1918, deux jours avant l’armistice. Le 3 juin 1944, au lieu-dit La Carnaille, deux avions de chasse américains mitraillent par méprise un autobus transportant des civils, faisant douze morts — dont des enfants. Ce drame reste vivant dans la mémoire locale.
Patrimoine
Au nord du village, sur un tertre, une chapelle du Grand-Dieu, élevée à la fin du XVIIe siècle, renferme un Christ flagellé en bois sculpté de grandeur naturelle, connu dans toute la contrée sous le nom de Grand Dieu d’Ohain. L’église Saint-Martin, construite au milieu du XIXe siècle sous l’impulsion de Charles Hanoteau, domine le centre du village. La ferme de Beauvoir, ancien relais de poste aux chevaux, est l’un des lieux-dits les plus anciens du territoire.
Sources
« Au N. du village, sur un tertre, petite chapelle élevée à la fin du XVIIe siècle, renfermant un Jésus flagellé, de grandeur naturelle, sculpté en bois, connu dans la contrée sous le nom de Grand Dieu d’Ohain. » — Bulletin de la Commission historique du département du Nord, 1866
Illustration photo Spotter2