Présentation

Maroilles est un village de l’Avesnois dont l’histoire est indissociable de son abbaye bénédictine fondée vers 652 — et du fromage AOP qui porte son nom depuis plus d’un millénaire. Bâti dans une clairière de la forêt charbonnière qui recouvrait autrefois la région, sur l’Helpe Mineure, il fut pendant des siècles le centre d’un domaine monastique de 4 300 hectares, avant que la Révolution ne détruise l’abbaye. Son patron est saint Humbert.

Étymologie

Maroilles est un composé gaulois formé de maro(s) (grand) et de -ialo (clairière, espace défriché, village) — le grand bourg dans la grande clairière. C’est en effet dans une trouée de la vaste forêt charbonnière que le village prit naissance. On retrouve la même racine dans les Mareuil, Mareau et autres Maroilles de France. La forme la plus ancienne attestée est Marogilo en 615.

Histoire

Saint Humbert — le fondateur (v. 625–681)

Vers 652, le comte Radobert, probablement un maire du palais mérovingien apparenté aux Pippinides, fonda une abbaye bénédictine sur les rives de l’Helpe Mineure. Pour la diriger, il fit appel à un noble du Vermandois, Humbert, né vers 625 à Mézières-sur-Oise. Humbert effectua deux pèlerinages à Rome — le second vers 674 — d’où il rapporta des reliques des saints Pierre et Paul et une statuette de la Vierge. Il plaça l’abbaye sous le vocable de Notre-Dame des Affligés. Mort vers 681, il fut canonisé ; l’Église le fête le 25 mars.

Le fromage — du craquegnon au Maroilles (960)

Les moines élaborèrent dès le VIIe siècle un fromage frais appelé craquegnon. En 960, l’évêque de Cambrai Enguerrand suggéra d’en prolonger l’affinage pour améliorer sa conservation — naissance du fromage de Maroilles. Fabriqué à l’origine avec le lait de la vache maroillaise — race issue du croisement Picarde/Rouge flamande, disparue vers 1930 —, il acquit rapidement une réputation qui dépassa les frontières de la Thiérache : Charles Quint en était dit friand, Henri IV en exigeait à chaque repas, et Diderot en fit l’éloge dans l’Encyclopédie. L’AOC lui fut accordée en 1955, l’AOP en 1996.

Les chartes médiévales et la naissance du bocage

Les paysans de Maroilles obtinrent de longue date des chartes de franchises exceptionnelles : exemption de nombreuses servitudes féodales, droit de clore leurs terres, liberté d’élevage, absence d’assolement obligatoire. Ces libertés façonnèrent le bocage de l’Avesnois — ses haies vives, ses prairies closes, son paysage si différent du Cambrésis voisin. Les archives locales sont remplies de litiges avec l’abbaye : les paysans refusaient leurs corvées si l’abbé n’avait pas préalablement fait curer ses chemins.

Frédéric d’Yves — abbé et conseiller du roi d’Espagne (1564–1599)

Au XVIe siècle, l’abbé Frédéric d’Yves (1564–1599), nommé par Marguerite de Parme et devenu conseiller de Philippe II d’Espagne, entreprit d’importantes reconstructions. C’est à cette époque que fut bâti le moulin à eau sur l’Helpe, dont le linteau porte la devise de l’abbé : Adhaerere Deo bonumIl est bon de s’attacher à Dieu.

La Révolution — le vacarme de Maroilles et les pierres recyclées

Le 29 juillet 1789, les habitants de Taisnières-en-Thiérache, excédés par les privilèges de l’abbaye, se présentèrent devant ses portes. Trouvant porte close, ils incendièrent l’église abbatiale et saccagèrent les lieux — épisode connu sous le nom de « vacarme de Maroilles ». Vendue comme bien national en 1791, l’abbaye servit de carrière de pierres jusqu’en 1794. Sur une idée du préfet François de Pommeroeul, en 1806, un arc de triomphe fut construit sur la place verte pour commémorer Austerlitz — avec les deux tiers de ses pierres tirées des ruines de l’abbaye.

Avril 1794 — bataille autour de Maroilles

Lors du siège de Landrecies en avril 1794, la division du général Fromentin se replia sur Maroilles. Montaigu, à la tête de 12 000 combattants, reçut l’ordre d’attaquer le village mais fut repoussé sur l’Helpe. De nombreuses habitations furent détruites.

Patrimoine

Église Saint-Humbert — inscrite MH 1969

L’église paroissiale Saint-Humbert, entièrement reconstruite au XVIIIe siècle en trois campagnes successives (tour-clocher 1729–1737, murs latéraux 1738, chœur 1768), est inscrite aux Monuments historiques depuis 1969. Édifiée en brique et pierre bleue, elle abrite les orgues de l’ancienne abbaye et les reliques de saint Humbert.

Moulin de l’abbaye — grange dîmière (inscrits MH 1977)

Le moulin de l’abbaye (1576, agrandi en 1634), emblème du village, fut détruit par un incendie le 27 septembre 1889. La petite maison attenante subsiste. La grange dîmière, réhabilitée, abrite aujourd’hui la Maison du Parc naturel régional de l’Avesnois. Moulin et grange sont inscrits aux Monuments historiques depuis 1977.

Le bocage de l’Avesnois

La frontière entre le bocage de Maroilles et les champs ouverts du Cambrésis est l’une des plus nettes de France — visible en quelques kilomètres lorsqu’on quitte Maroilles vers Cambrai. Ce paysage est le legs direct des chartes médiévales.

Pour aller plus loin