Présentation
Jeantes est un village de l’ancienne Thiérache, mentionné dès le XIIe siècle sous les formes Jantha et Janta-Curtis. Ancien site gaulois et gallo-romain, seigneurie de l’abbaye de Clairfontaine au XIIIe siècle, puis des comtes d’Apremont jusqu’à la Révolution, il est aujourd’hui connu dans toute l’Europe pour les 400 m² de fresques que le peintre hollandais Charles Eyck exécuta dans son église fortifiée en 1962. Son patron est saint Martin.
Étymologie
Marie-Thérèse Morlet reconnaît n’avoir aucune forme antérieure au XIIe siècle pour Jeantes, ce qui rend l’étymologie incertaine. Elle propose néanmoins une origine celtique : cambita, formé sur Cambo, signifiant courbe, courbure — peut-être une référence au tracé sinueux du ruisseau local. Cambita aurait dû aboutir normalement à chante ; il faut admettre un changement antérieur de c en g.
Histoire
Des origines gauloises à l’abbaye de Clairfontaine
Des vestiges gaulois et gallo-romains — dont un fragment d’autel découvert vers 1860 au lieu-dit Ereule — attestent une occupation ancienne. Au XIIIe siècle, Jeantes appartient à l’abbaye de Clairfontaine. Le hameau de Jeantes-la-Cour relevait quant à lui de l’abbaye de Saint-Michel. En dernier lieu, la seigneurie appartint aux comtes d’Apremont jusqu’à la Révolution.
Un habitat dispersé typique
La carte de Cassini (v. 1750) montre Jeantes avec ses nombreux hameaux encore présents aujourd’hui : la Sablonnière, Coutenval, le Coq-Banni (Cocq Banny en 1676), la Longue-Rue, Rogemont, l’Épinette — et quatre moulins à eau dont le Robinet et le Balizeau. Le hameau du Coq-Banni comptait autrefois tailleur, tonneliers, laboureur et manouvriers, mais n’eut jamais d’école.
Patrimoine
Église fortifiée Saint-Martin — classée MH 1987
L’église Saint-Martin est classée Monument historique depuis 1987. Entièrement en brique, son donjon rectangulaire est flanqué de deux tours carrées. Les fonts baptismaux en pierre bleue de Tournai datent du XIIe siècle. Mais ce qui attire des milliers de visiteurs — dont de nombreux Néerlandais — ce sont les peintures murales qui la décorent intégralement.
Les fresques de Charles Eyck (1962)
En 1962, à l’invitation du curé de Jeantes, le peintre hollandais Charles Eyck exécuta quelque 400 m² de fresques dans l’église — œuvres belles et tourmentées dont le style rappelle Modigliani et Chagall. Cet ensemble fait de Jeantes un lieu de pèlerinage artistique unique en Thiérache, visité par des milliers de touristes, en particulier des Néerlandais venus honorer leur compatriote.
Sources historiques
« Nous ne possédons pour Jeantes aucune forme antérieure au XIIe siècle, aussi est-il difficile de proposer une étymologie certaine. Mais Jeantes pourrait répondre à un nom celtique « cambita », formé sur Cambo et qui signifie courbe, courbure. » — Marie-Thérèse Morlet, La Toponymie de la Thiérache, 1953–1955
Pour aller plus loin
- Marie-Thérèse Morlet — La Toponymie de la Thiérache, Revue Internationale d’Onomastique, vol. 5–7, 1953–1955
- Melleville — Dictionnaire historique du département de l’Aisne
- Terascia.com — Charles Eyck à Jeantes-la-Ville (article Jacky Billard)
- Wikipedia — Jeantes
- Base Mérimée — église Saint-Martin (classée MH 1987)