Présentation
Esquéhéries est un bourg de l’ancienne Thiérache, attesté dès 1157 sous la forme Scheriis, situé sur le Noirieu. Ancienne seigneurie des ducs de Guise, il est la patrie de Jean-Baptiste-André Godin (1817–1888), fondateur du célèbre familistère de Guise. Son église fortifiée, dite Fort Rouge, est l’une des plus intéressantes de Thiérache. La commune compte trois lavoirs, sept fontaines et des maisons ornées de briques vernissées.
Étymologie
Marie-Thérèse Morlet propose deux hypothèses. La première dérive Esquéhéries d’un Scariacae (terres de Scarius), formé sur le gentilice latin Scarius, attesté dans une inscription de Nîmes (Q. Scarius Rufinus, CIL XII 3270). La prononciation locale ekeri plaide pour cette origine. La seconde, proposée par Gamillscheg, retient un Askariacum formé sur le nom d’homme germanique Askhari (Förstemann, 1148).
Une tradition locale associe le nom au pays des Basques — l’un des hameaux se nommant Iron, comme la ville basque d’Irun en Espagne. Cette hypothèse est séduisante mais non étayée linguistiquement.
Géographie
Esquéhéries est traversé par le Noirieu, sur lequel la carte de Cassini (v. 1750) figure trois moulins à eau. La commune compte de nombreux hameaux : le Grand-Wez (ancien grenier à sel en 1758), le Chénot, la Petite-Rue, la Planchette, la Voierie, le Pré-Cailloux, les 40 Jallois.
Histoire
La seigneurie — des Guise au prince de Condé
Esquéhéries appartint successivement aux ducs de Guise, aux Récourt, aux seigneurs de Lesdins et du Sart, et enfin au prince de Condé. Le moulin dépendait de la baronnie d’Iron.
La restauration du Fort Rouge (12 juin 1570)
Le 12 juin 1570, les habitants d’Esquéhéries entreprennent la restauration du fort de l’église, appelé Fort Rouge. Cette date précise est exceptionnelle — elle témoigne d’une initiative collective consciente de la communauté villageoise pour renforcer son système défensif, en pleine période des guerres de Religion.
Patrimoine
Église fortifiée Saint-Martin — le Fort Rouge
L’église Saint-Martin, dite Fort Rouge, est l’un des édifices fortifiés les plus complets de Thiérache. Elle possède :
- Un chœur surmonté d’une salle-refuge
- Quatre tours circulaires flanquant le chœur et la façade
- Des murs ornés de signes en briques vernissées
Patrimoine civil
Le village conserve trois lavoirs, sept fontaines et une maison de 1729 ornée de signes en briques vitrifiées — témoignage d’une tradition décorative locale partagée avec les murs de l’église.
Personnalités liées à la commune
Jean-Baptiste-André Godin (1817–1888), industriel et philanthrope, est né à Esquéhéries. Fondateur des Poêleries de Guise, il crée en 1859 le familistère de Guise — cité ouvrière modèle inspirée du phalanstère de Fourier — offrant à ses ouvriers logement, école, crèche et théâtre. Le familistère est aujourd’hui classé aux Monuments historiques et inscrit au Patrimoine mondial de l’Humanité.
Sources historiques
« Esqueheries pourrait venir d’un Scariacae, issu d’un gentilice Scarius qui se trouve dans une inscription de Nîmes CIL XII 3270 : Q. Scarius Rufinus. »
— Marie-Thérèse Morlet, La Toponymie de la Thiérache, 1953–1955
Pour aller plus loin
- Familistère de Guise — familistere.com
- Site de l’entreprise Godin — godin.fr