Clermont-Les-Fermes – 02340

Présentation

Clermont-les-Fermes est un village singulier de l’ancien Laonnois, situé dans une plaine élevée à 50 kilomètres au nord-est de Laon. Ce n’est pas un village au sens ordinaire du terme : il se compose de trois fermes réunies dans une même enceinte de murs avec une entrée commune, et de quelques maisons bâties en dehors — un village fortifié dont les fermes sont disposées autour d’une place centrale. Son patron est saint Blaise. Clermont n’a jamais eu de seigneurs laïques.

Étymologie

Clermont vient du latin Clarus mons (1168) : la colline claire, le mont dégagé. Le qualificatif -les-Fermes fut ajouté pour distinguer cette localité des nombreuses autres Clermont de France, et rappelle directement la composition architecturale du village.

Géographie

Le territoire de Clermont était encore inculte et sans habitation au XIIe siècle. Son caractère de plaine élevée isolée explique qu’il ait fallu attendre une donation monastique pour qu’il soit défriché et peuplé. Au lieu-dit le Petit Clermont, 1 200 médailles en argent et en bronze ont été découvertes — témoignage d’une fréquentation antique du site.

Histoire

La donation à l’abbaye Saint-Martin de Laon (1168)

Le territoire de Clermont appartint à Foulques, seigneur de Saint-Erme. En 1168, il le donna à l’abbaye Saint-Martin de Laon (ordre de Prémontré), qui s’empressa d’y faire construire une ferme après avoir défriché le terrain. La charte de donation, souscrite par Hugues de Pierrefonds, est conservée dans le cartulaire de Saint-Martin (tome I, p. 212). Plus tard, la ferme passa à l’évêque de Laon, qui en tirait un revenu de plus de 30 000 livres avec celle de Clanlieu.

Le procès du pourceau (1494)

En 1494, un porc de la ferme de Clermont étrangla un jeune enfant au berceau — le fils de Jean Lenfant, vacher de la ferme, et de sa femme Gillon. La mère était absente, partie réclamer un gage à Dizy ; la fille aînée (9 ans), chargée de surveiller l’enfant, était sortie jouer. Le porc entra dans la maison « qui n’est pas de grande fermeture » et déchira le visage et la gorge de l’enfant.

Le grand mayeur de Saint-Martin de Laon, Jean Levoirier, instruit l’affaire. Les parents sont reconnus innocents. Le porc, « détenu prisonnier en ladite abbaye », est condamné à être pendu et étranglé en une fourche de bois joignant les fourches patibulaires des religieux, près de leur ferme d’Avains. La sentence est exécutée.

Ce jugement, prononcé le 4 juin 1494, est l’un des rares procès d’animaux conservés dans les archives françaises. Melleville en reproduit le texte intégral.

« En détestation et horreur dudit cas, afin d’exemple et garde justice, avons dit, jugié, sentencié, prononcé et appointé que ledit pourceau, étant détenu prisonnier, sera par le maître des hautes-œuvres pendu et étranglé en une fourche de bois. Ce fut faict le quatrième jour de juing, l’an 1494. » — Sentence du grand mayeur de Saint-Martin de Laon, 4 juin 1494, reproduite par Melleville

Patrimoine

Village fortifié à plan centré

Clermont-les-Fermes est un village fortifié atypique : trois fermes réunies dans une même enceinte de murs, avec une entrée commune et une place centrale, et quelques maisons en dehors de l’enceinte. Cette architecture défensive collective est l’un des exemples les mieux conservés de la Thiérache méridionale.

Sources historiques

« Clermont n’est point un village proprement dit. Il se compose seulement de trois fermes réunies dans une même enceinte de murs et ayant une entrée commune, et de quelques maisons bâties en dehors de cette enceinte. Clermont n’a jamais eu de seigneurs laïques. » — Melleville, Dictionnaire historique du département de l’Aisne

Pour aller plus loin

  • Melleville — Dictionnaire historique du département de l’Aisne (charte 1168 + jugement 1494)
  • Cartulaire de Saint-Martin de Laon (tome I, p. 212)
  • Terascia.com — Clermont-les-Fermes
  • Wikipedia — Clermont-les-Fermes