Présentation
Aubenton est un bourg de l’ancienne Thiérache axonaise, situé sur le Ton, affluent de l’Oise, aux confins du Massif ardennais. Chef-lieu d’un canton qui porte son nom, la commune est limitrophe de sept villages : Brunehamel, Iviers, Beaumé, Leuze, Any-Martin-Rieux, Logny-lès-Aubenton et Mont-Saint-Jean.
Ville ancienne dotée d’une charte communale dès 1238, Aubenton est aussi connue pour être la ville natale de l’aviateur Jean Mermoz. Elle comptait 658 habitants (les Aubentonnais) en 2023.
Étymologie
L’étymologie d’Aubenton est remarquablement documentée par Marie-Thérèse Morlet, qui consacre une analyse approfondie au nom de la commune et de ses cours d’eau.
La tradition locale, reprise par Maton dans son Dictionnaire topographique de l’Aisne, fait dériver le nom d’Aubenton de la réunion des rivières Aube et Ton, confluant à Hannapes. Morlet réfute cette hypothèse : elle n’explique pas l’r intérieur du nom, et la ville n’est pas située au confluent des deux rivières, mais à 2 kilomètres de là.
En examinant les formes anciennes du cours d’eau, Morlet montre que le Ton et l’Aube actuels résultent d’une coupure arbitraire d’un nom unique : Aubenton désignait autrefois l’ensemble du cours d’eau, et c’est ce nom fluvial qui a donné son nom à la ville. La rivière et la ville ont longtemps porté le même nom. Morlet propose de rattacher Aubenton à une forme Albentone, dérivée d’une racine Alb- (cf. Albis > Elbe).
Géographie
Aubenton est traversée par le Ton (56 km), qui prend sa source à Auvillers-les-Forges et rejoint l’Oise à Étréaupont après avoir traversé quinze communes. Le Goujon (13 km), prenant sa source sur le territoire communal, se jette dans le Ton à Martigny. La commune appartient au bassin Seine-Normandie.
La région naturelle est celle de la Thiérache, aux confins du Massif ardennais, marquée par des vallons boisés, des bocages et un relief modéré.
Histoire
Les origines romaines
Le territoire d’Aubenton conserve les vestiges d’une première enceinte fortifiée romaine, bâtie à partir de l’an 21 et couvrant environ 37 hectares. Des monnaies romaines ont été retrouvées sur le territoire : à l’effigie d’Antonin le Pieux (161), de Julien (222), de Maximus (236) et de Philippe-Auguste (242).
La charte communale de 1238
Vers 1234, Nicolas V de Rumigny prend possession des terres d’Aubenton, de Logny et de Buirefontaine, cédées par son cousin Hugues de Châtillon. Le 20 avril 1238, Nicolas V octroie à Aubenton une charte communale instaurant un mayeur (maire), des jurés et des échevins pour rendre la justice. C’est l’acte fondateur de l’indépendance administrative de la ville.
Dans la première moitié du XIVe siècle, Aubenton est une prospère cité drapière dont les marchands fréquentent la foire du Lendit, près de Paris.
La guerre de Cent Ans — le récit de Froissart
Le chroniqueur Jean de Froissart, qui habitait Chimay (à 30 km d’Aubenton), relate la prise de la ville lors de la guerre de Cent Ans. En mars 1340, des gens du roi de France pillent Chimay — ville du comte de Hainaut, beau-frère d’Édouard III d’Angleterre — et se replient sur Aubenton. La réaction des comtes de Hainaut est immédiate :
« Ce samedi au matin fut l’assaut moult grand et très fier à la ville d’Aubenton en Thiérasche […] elle fut conquise par force d’armes et les guérites, qui n’étaient que de palis, rompues et brisées ; et entra dedans la ville, tout premièrement, messire Jean de Hainaut et sa bannière, en grand’huée et en grand’foule de gens et de chevaux. » — Jean de Froissart, Chroniques, v. 1340
Les guerres modernes et les fortifications
Comme toute la Thiérache, Aubenton subit les ravages de la guerre de Cent Ans, des guerres de Religion et de la guerre de Trente Ans (batailles de Condé et Turenne). La ville était entourée de sept tours d’enceinte, dont deux seulement subsistent : la tour de Chimay (ruelle de la Tour, reconvertie en gîte rural) et une autre visible depuis le chemin longeant le Ton.
Jean Mermoz, enfant d’Aubenton
Jean Mermoz naît le 9 décembre 1901 à Aubenton, dans une chambre du Lion d’Or, relais de voyageurs tenu par ses parents. Il est le descendant d’une famille d’origine savoyarde, venue dans les années 1780 travailler le bois dans les forêts de Thiérache, enracinée à Mont-Saint-Jean. À deux ans, il est conduit chez ses grands-parents maternels à Mainbressy (Ardennes). Il effectuera sa scolarité au Collège Professionnel d’Hirson, attiré par la mécanique.
Figure légendaire de l’Aéropostale, surnommé l’« Archange », Jean Mermoz disparaît dans l’Atlantique le 7 décembre 1936. Un musée lui est consacré sur la place du village. L’association Mémoire de Mermoz, fondée par Christian Libes-Mermoz, petit cousin de l’aviateur, perpétue sa mémoire.
Patrimoine
Église Notre-Dame
L’église Notre-Dame est le principal édifice religieux d’Aubenton. Jean-Baptiste de La Fontaine, seigneur de Saint-Clément (1703–1756), y est inhumé.
Tours d’enceinte médiévales
De l’enceinte médiévale d’Aubenton, sept tours existaient à l’origine. Deux subsistent : la tour de Chimay, transformée en gîte rural municipal, et une seconde tour sur terrain privé, visible depuis le chemin des remparts longeant le Ton.
Musée Jean-Mermoz
Installé sur la place du village, le musée Jean-Mermoz retrace la vie et l’œuvre de l’aviateur né à Aubenton. Il constitue l’un des pôles culturels du canton.
Monument aux morts
Le monument aux morts, surmonté d’un coq, et le monument au lieutenant André Bouxin (avec statue de Charles Georges Cassou, prix de Rome) témoignent du tribut payé par la commune lors des deux conflits mondiaux.
Personnalités liées à la commune
Nicolas d’Aubenton, abbé d’Ourscamps (1477).
Jean-Baptiste de La Fontaine, seigneur de Saint-Clément (1703–1756), inhumé dans l’église Notre-Dame.
Jean François Nicolas Marchoux (1754–1819), avocat et député des Ardennes au Conseil des Cinq-Cents.
Nicolas-Claude-Joseph Godelle (1773–1842), médecin et archéologue amateur.
Nestor Gréhant, physicien et médecin physiologiste, disciple de Claude Bernard, inhumé à Aubenton en 1910.
Blanche Gréhant, sa fille, poète d’Aubenton et de la Thiérache, féministe et pacifiste.
Jean Mermoz (1901–1936), aviateur pionnier de l’Aéropostale, né au Lion d’Or à Aubenton.
Émile Fontaine, Annette Pierron et Camille Pierron, résistants et Justes parmi les nations.
Héraldique
Les armes d’Aubenton se blasonnent : « D’or à un château de gueules maçonné de sable et ouvert du champ. » Le statut officiel du blason reste à déterminer.