Présentation
Aisonville et Bernoville est un village de l’ancienne Thiérache, situé dans une plaine élevée et accidentée de l’Aisne, à 60 kilomètres au nord de Laon et à 35 kilomètres à l’ouest de Vervins. La commune est née de la réunion de deux villages distincts — Aisonville et Bernoville — séparés autrefois par le hameau de Coupevoye.
Le territoire est traversé par la rigole de l’Oise et la rigole du Noirieux, à la ligne de partage des eaux entre les bassins Artois-Picardie et Seine-Normandie. La commune comptait 259 habitants en 2023.
Étymologie
Aisonville
Selon la toponymiste Marie-Thérèse Morlet, Aisonville dérive de Aïsonis villa, formé sur le nom d’homme germanique Aiso (Förstemann, 46). Une variante est possible : le toponyme pourrait provenir d’un Agisonis villa, issu du nom germanique Agiso (Förstemann, 42). Dans les deux cas, le second élément est le latin villa (domaine rural), si fréquent dans la toponymie du nord de la France.
La tradition locale propose une tout autre explication : le nom viendrait d’une troupe d’oisons venus séjourner sur les étangs du lieu — interprétation pittoresque que le blason communal a reprise, mais que la linguistique ne retient pas.
Bernoville
Morlet fait dériver Bernoville de Bernonis villa, formé sur le nom d’homme germanique Berno, attesté dès le VIIIe siècle (Förstemann, 266 ; Polyptyque d’Irminon, 451). Ce prénom est lui-même issu d’une forme primitive Berino. L’évolution Bernonis villa → Bernoville s’est faite par désanalisation tardive de l’o. La tradition locale, qui voit dans ce nom celui des « premiers propriétaires », est en accord involontaire avec la linguistique.
Homonyme documenté : Bernouville (Eure).
Géographie
Aisonville et Bernoville occupe une plaine élevée et vallonnée, caractéristique du plateau de la Thiérache méridionale. Le territoire est traversé par la rigole de l’Oise et la rigole du Noirieux, et se situe exactement sur la ligne de partage des eaux entre les bassins Artois-Picardie et Seine-Normandie.
Les communes limitrophes incluent notamment Montigny-en-Arrouaise et Grougis, dont la gare était voisine de celle d’Aisonville à moins de 2 kilomètres.
Histoire
Deux villages, une histoire commune
Aisonville et Bernoville formèrent jusqu’à la Révolution française deux paroisses distinctes. Au milieu du XVIIe siècle, Aisonville comptait davantage d’habitations que Bernoville ; un moulin en bois, aujourd’hui disparu, était représenté au sud-ouest du village. Le hameau de Coupevoye coupait le chemin entre les deux localités.
L’ensemble des terres relevait de l’abbaye de Liessies depuis le XIIe siècle. La seigneurie dépendait de Guise et de l’abbaye de Vermand ; le dernier seigneur connu fut un certain Hennet. La famille de Chastenet de Puységur — originaire de Lectoure, anoblie au XVIe siècle — tint également la seigneurie de Bernoville et d’Aisonville à partir de 1644, lorsque Jacques de Chastenet épousa Marguerite du Bois du Liège, fille du seigneur de Bernoville. Son fils, le maréchal de France Jacques François Maxime de Chastenet de Puységur (1656–1743), fit construire le château de Bernoville. La famille resta seigneur du lieu jusqu’en 1783.
En 1790, la Révolution réunit les deux paroisses pour créer la commune d’Aisonville-et-Bernoville.
La bataille d’octobre 1918
Du 10 au 18 octobre 1918, Aisonville et Bernoville fut le théâtre d’une bataille acharnée de la Grande Guerre. Près de dix régiments français vinrent à bout d’une puissante armée allemande retranchée dans le village.
Les sources divergent sur le bilan humain : Wikipedia cite 305 morts côté français pour 2 000 victimes au total ; genealogie-aisne.com avance le chiffre de 400 morts. La commune est décorée de la Croix de guerre 1914–1918.
La ligne de chemin de fer (1900–1951)
De 1900 à 1951, Aisonville fut desservie par la ligne à voie métrique Guise–Le Catelet, reliant Le Catelet–Gouy à Bohain puis Guise. La gare, située dans le bas du village rue de la Gare, assurait le transport du courrier, des marchandises, des betteraves et des voyageurs. Elle se trouvait à moins de 2 kilomètres de la gare de Grougis. Après 1945, le trafic déclina avec l’essor du camion et de l’autobus ; la ligne fut déclassée le 1er janvier 1951. L’ancienne gare, reconvertie en habitation, subsiste encore aujourd’hui.
La brasserie d’Aisonville
Une brasserie fonctionna longtemps à Aisonville. En 1994, une microbrasserie relança cette activité, produisant notamment la bière ambrée Bernoville et la Bière du Pays de Guise. Elle ferma en 2001.
Patrimoine
Château de Bernoville
Construit dans la première moitié du XVIIIe siècle par le maréchal de Puységur, le château de Bernoville présente une architecture régionale caractéristique, associant brique et pierre de taille, avec allée d’honneur et jardin. Il est classé et inscrit Monument Historique partiellement en 1997 et 2012. Ses anciennes écuries ont été reconverties en hôtel trois étoiles.
Église Saint-Jean d’Aisonville
L’église Saint-Jean, implantée au milieu du cimetière d’Aisonville, constitue le principal témoignage de l’ancienne paroisse du village.
Église Notre-Dame-de-la-Nativité de Bernoville
L’église de Bernoville perpétue l’identité de l’ancienne paroisse distincte, réunie à Aisonville en 1790.
Fermes remarquables
Le village conserve plusieurs fermes d’intérêt architectural, dont certaines arborent un porche monumental et une tour-pigeonnier en pierre, typiques du patrimoine rural de la Thiérache.
Monument aux morts
Le monument aux morts commémore notamment les combattants de la bataille d’octobre 1918, dont le bilan humain fut particulièrement lourd pour la commune.
Héraldique
Le blason d’Aisonville et Bernoville, adopté en septembre 2018, est parti en deux : le premier quartier représente les armes de la famille de Chastenet de Puységur (d’azur au chevron d’or, accompagné en pointe d’un lion du même, au chef d’or) ; le second évoque Aisonville par trois oies essorantes d’argent sur fond de sable, en référence à la tradition locale des « oisons sur les étangs ».
Personnalités liées à la commune
Marie Martine Camps-Laurent (†1777), dame de Bernoville, d’Aisonville, de Roberfart et autres lieux, épouse de Ferdinand de l’Épine. Son testament de 1774 fut annulé par arrêt du parlement de Paris en 1780.
Jacques François Maxime de Chastenet de Puységur (1656–1743), maréchal de France, constructeur du château de Bernoville.
Sources historiques
« Aisonville << Aïsonis villa, formé du nom d’homme germanique Aiso (Foerst. 46). Aisonville pourrait provenir d’un Agisonis villa, de Agiso (Foerst. 42). » — Marie-Thérèse Morlet, La Toponymie de la Thiérache, 1953–1955
« Bernoville << Bernonis villa, formé sur un nom d’homme germanique Berno, attesté au VIIIe siècle. Berno provient d’une forme primitive Berino. Bernonis villa a donné Bernoville, par désanalisation de l’o, qui a dû être assez tardive. » — Marie-Thérèse Morlet, La Toponymie de la Thiérache, 1953–1955
Pour aller plus loin
- Marie-Thérèse Morlet — La Toponymie de la Thiérache, Revue Internationale d’Onomastique, vol. 5–7, 1953–1955
- Wikipedia — Aisonville-et-Bernoville
- genealogie-aisne.com — fiche commune 02008
- Archives départementales de l’Aisne — fonds commune