Présentation
Le village de Macquenoise en Thiérache Belge est une section de la commune de Momignies, située dans la province de Hainaut. C’est ici, aux confins de la forêt de Thiérache, que l’Oise prend sa source. Les Gaulois y bâtirent des retranchements, les Romains y installèrent un marché : Macquenoise fut un carrefour bien avant d’être un village.
Étymologie
Le nom de Macquenoise n’apparaît dans les textes qu’en 1548. Selon le linguiste Jacques Chaurand, il dériverait de Macon — le domaine voisin, attesté depuis 887 — par l’adjectif maconoise, avec affaiblissement de la voyelle : la « terre maconoise », la terre de Macon. Le toponyme serait donc médiéval, bien que le site soit occupé depuis l’Antiquité.
Les Romains connaissaient l’endroit sous le nom d’ISAROMAGUS — le « marché de l’Oise », du gaulois Isara (forme ancienne du nom de la rivière, attestée sur la colonne milliaire de Tongres vers 200 après J.-C.) et magos (marché). Ce nom n’a laissé aucune trace dans la toponymie locale : il a cessé d’être employé au cours de l’époque prémédiévale.
Un carrefour antique
Le site de Macquenoise se trouvait à la jonction de quatre diocèses anciens — Cambrai, Reims, Liège et Laon — et sur un embranchement de la voie romaine reliant Reims à Bavay par La Capelle et Chimay. Un indicateur routier unique en son genre, découvert en 1947 par des campeurs, a confirmé l’importance du lieu dans l’Antiquité : cet objet représente trois édicules identifiés comme ISAROMAGUS (le marché), ISARA (la rivière) et F. FINIS (Fanum finis, le sanctuaire de la frontière). Le carrefour de La Rouillie, entre Macquenoise, Macon et Momignies, pourrait correspondre à l’emplacement de ce relais antique, comme le suggère la convergence de plusieurs indices topographiques et toponymiques.
Les vestiges archéologiques témoignent d’une occupation de longue durée. De nombreux ateliers de taille de silex ont été installés le long de l’Oise et de la Wartoise en des temps reculés. À l’époque gallo-romaine, le camp des Frumions — découvert en 1864 lors de la construction d’une route dans la forêt de Saint-Michel — abritait un atelier spécialisé dans la production de meules en grès quartzeux, alimenté par la carrière du Pas-Bayard, toute proche. Des thermes ont été identifiés au Pâchis, côté belge. Au lieu-dit Fourmatot, à 1 250 mètres au nord de l’église, des tombes et des urnes cinéraires des premiers siècles ont été exhumées.
Les retranchements gaulois
Entre La Lobiette, les bords de l’Oise et le centre du village actuel, un vaste système de retranchements en grès quartzeux brut a été décrit dès les années 1840 par le Dr Rousseau d’Hirson. Deux longues collines parallèles, séparées d’une vingtaine de mètres, portaient des tours de distance en distance. Le Dr Rousseau y voyait « le plus grand amas fait de main d’homme en grès quartzeux que l’on doive attribuer aux Gaulois » — un point central de ralliement des populations dans les bois, relié à une ligne défensive qui courait de Macquenoise jusqu’à Hirson. La tradition locale a longtemps associé ces ouvrages aux guerres de César, mais aucune source antique ne permet de l’affirmer. Encore partiellement visibles dans les dessins de Rousseau, ces vestiges ont été photographiés en 1998.
Un village de frontière
Au Moyen Âge, le site est dans l’orbite du domaine de Macon, attesté depuis 887. Vers 1150, Nicolas d’Avesnes fait bâtir le château de La Lobiette sur l’Oise, entre Hirson et Chimay, à proximité immédiate de Macquenoise — une place forte frontalière qui contrôle le couloir entre les deux villes. La famille d’Avesnes tient ce passage une génération avant la charte de 1183, par laquelle l’abbé de Saint-Michel autorise Jacques d’Avesnes à bâtir une maison forte dans la forêt.
Le village de Macquenoise lui-même est d’apparition tardive : sa première mention écrite date de 1548. L’Oise et la Wartoise servent depuis longtemps de repère naturel entre les juridictions. La frontière actuelle entre la France et la Belgique, dans ce secteur, hérite de cette ligne ancienne ; elle a été formalisée par le traité de Courtrai en 1820, quelques années avant l’indépendance belge.
Sources historiques
Chaurand (J.), « Noms de lieux de l’extrême nord-est du domaine picard », Nouvelle Revue d’Onomastique, n° 19-20, 1992. — Dr Rousseau, Histoire manuscrite d’Hirson (observations 1840-1880). — Matton (A.), Histoire de Guise, 1897 (cartulaire de Saint-Michel, charte de 1183). — Desmasures (L.-R.), Aperçu historique des communes du canton de Trélon, 1863.
Illustration photo Jean-Pol Grandmont