Présentation
Au fond de la « botte du Hainaut », Momignies (Momgniye en picard) partage trente-six kilomètres de frontière avec la France — le Nord, l’Aisne et les Ardennes — mais seulement seize avec Chimay, sa voisine belge. Ville franche de la principauté de Chimay, la commune rassemble sept villages au cœur de la Thiérache, d’un pays de bocages, de forêts et de vastes étendues, sur la route des invasions du haut bassin de l’Oise. Momignies est aussi une curiosité hydrographique : c’est la seule zone de Belgique dont les eaux ne s’écoulent pas vers la mer du Nord. Elles partent vers la Manche par l’Oise et la Seine.
Géographie
La commune (86 km², ~5 200 habitants) est traversée par trois rivières qui creusent trois vallées dans trois sous-sols différents : l’Oise, née au nord de l’abbaye de Scourmont sur le territoire de Bourlers (Chimay), court vers l’ouest et donne son nom à Macquenoise avant de descendre vers l’Aisne ; la Wartoise prend sa source à l’étang de Cendron (Forge-Philippe) et conflue dans le Gland à Saint-Michel-en-Thiérache ; la Helpe Mineure naît près de Monceau-Imbrechies et s’en va vers l’Avesnois. Trois bassins versants, trois destins : la Manche, la Meuse, l’Escaut. Le territoire fait partie du parc national de l’Entre-Sambre-et-Meuse et un quart de sa surface est classé Natura 2000.
Histoire
Origines et principauté de Chimay
Momignies est l’une des créations villageoises les mieux documentées de la région. En 1182, un acte de confraternité entre le chapitre de Chimay et l’abbaye de Clairefontaine mentionne un « Robert de Mumeignies » comme témoin laïque — première attestation du village. C’est Gilles de Chimay, seigneur en titre, qui érige Momignies en village et en fait le relief comme fief relevant du château de Mons, en même temps que Bélièvre. Le territoire relevait du pagus Templutensis (la Fagne) et faisait partie, sur le plan ecclésiastique, de l’archidiaconat de Valenciennes au diocèse de Cambrai — avec Salles, Villers-la-Tour, Seloignes et Maçon —, tandis que Chimay même dépendait du diocèse de Liège. La Cassini du XVIIIe siècle note encore le village sous la forme Monmigny.
Momignies a partagé l’histoire de la principauté de Chimay — et ses malheurs. Située au débouché de la « trouée de Chimay », passage naturel entre le bassin parisien et les Pays-Bas, la communauté a subi l’insécurité chronique née de l’affrontement quasi permanent entre le royaume de France et l’Empire. En mai 1640, lors de la guerre de Trente Ans, l’armée française entre dans le Hainaut par Anor et cantonne à Momignies du 3 au 6 mai avant de marcher sur Chimay, qu’elle assiège et détruit le 28 mai.
La verrerie et la saboterie
En 1898, des commerçants français fondent une verrerie à Momignies — de l’autre côté de la frontière pour contourner les droits de douane vers l’Angleterre. La « verrerie blanche », spécialisée dans les flacons pharmaceutiques, fonctionne jusqu’en 1985. À Seloignes, la saboterie occupe plus de cent cinquante ouvriers au XXe siècle avant de disparaître face à la mécanisation.
2 septembre 1944
Le 2 septembre 1944 à 9 h 30, les premières troupes alliées franchissent la frontière franco-belge au lieu-dit Cendron, hameau de Forge-Philippe. Momignies est la première commune de Belgique libérée.
Patrimoine
Église de Momignies
Reconstruite en 1953 après les destructions de la guerre, l’église actuelle remplace un édifice mentionné dès le XVe siècle. Le bâtiment précédent, restauré en 1901 dans l’esprit du gothique hennuyer, avait lui-même été bâti en 1714.
Kiosque à musique
Construction octogonale du dernier quart du XIXe siècle, sur la place communale — témoin de la vie musicale qui animait les petites villes de Belgique à la Belle Époque.
Sources historiques
L’histoire de Momignies est liée à celle de la principauté de Chimay. Hagemans, dans son Histoire du pays de Chimay (1866), documente la création du village par Gilles de Chimay (1182) et publie la charte de confraternité Chimay-Clairefontaine où apparaît Robert de Mumeignies. Mirœus (Diplomaticum Belgicum, t. IV) fournit le texte latin de l’acte. Le manuscrit du doyen Le Tellier (XVIIe s.), cité par Hagemans, décrit le cantonnement français de 1640. Le site officiel de la commune (momignies.be) publie une notice historique centrée sur les invasions et l’économie locale.
Illustration photo Jean-Pol Grandmont