Présentation

Village de la châtellenie de Couvin dans la Fagne, Gonrieux occupe une place singulière dans l’organisation féodale de l’Entre-Sambre-et-Meuse : en 1218, Roger de Chimay cède à l’évêque de Liège tous ses droits sur cette localité, faisant de Gonrieux le seul village de la châtellenie entièrement dégagé de l’avouerie. Ses forêts, partagées selon des règles complexes entre l’évêque et les prévôts de Boussu, constituent la richesse et l’identité du lieu.

Étymologie

Le record de la châtellenie porte Gourieux. Le pouillé du diocèse de Liège de 1558 donne deux formes : Gonrieux et Gonhezer, dans le doyenné de Chimay, archidiaconat de Famenne.

Géographie

Gonrieux est une section de la commune de Couvin (province de Namur), au sud-ouest de Boussu-en-Fagne et à l’est de Dailly. Le village est entouré de forêts dont le bois de Gonrieux et la forêt Saint-Pierre, qui jouèrent un rôle central dans l’économie médiévale de la châtellenie.

Histoire

Des moines de Lobbes à la cession de 1218

Gonrieux fait partie des biens de l’abbaye de Lobbes, attestés dès 869. Après la vente de la châtellenie à l’évêque de Liège en 1096, Roger de Chimay, châtelain et avoué de Couvin, passe en 1218 un accord avec l’évêque par lequel il abandonne tous ses droits et prétentions sur Gonrieux et ses dépendances, en échange de l’augmentation de son fief de quinze livres de blanc par an. Gonrieux devient ainsi le seul village de la châtellenie où l’avoué n’exerce plus aucune prérogative.

L’économie forestière

Le record de la châtellenie détaille minutieusement le partage des revenus forestiers. Dans le bois de Gonrieux, l’évêque perçoit les treize dix-huitièmes des produits de vente, les cinq dix-huitièmes restants revenant à la famille des seigneurs de Boussu, prévôts héréditaires de Couvin. La forêt Saint-Pierre, à l’entrée du bois de Gonrieux, est entièrement au prince-évêque « sans parsonniers ». Les habitants de la châtellenie jouissent en commun des pâturages dans les forêts de Couvin, Frasnes, Regnissart et Gonrieux, mais ces pâturages sont vendus par voie d’enchère — chaque bourgeois pouvant néanmoins y mener seize porcs et la mère, pourvu qu’ils rentrent chaque nuit à son logis.

Les habitants de Gonrieux sont tenus à une corvée de bois au château de Couvin, mais seulement lorsque l’évêque ou l’avoué y séjournent — régime plus léger que celui de Frasnes, obligé chaque année à couper et transporter le bois de chauffage.

Les guerres et le guet

Comme les autres villages de la châtellenie, Gonrieux rechigne à envoyer ses hommes monter la garde sur les murs de Couvin. En 1544, les échevins de Liège condamnent Gonrieux, Nismes, Frasnes, Boussu, Aublain et Pesches pour refus de guet. En 1577, l’évêque Gérard de Groesbeck doit relancer l’ordonnance contre Gonrieux, Dailly, Pesches et Petigny, sous peine de perdre les droits et privilèges de la châtellenie. Au XVIIe siècle, Gonrieux est pillé par les Français — un épisode attesté par le témoignage du capitaine Hubert de La Tour, commandant la garnison de Couvin, qui rapporte que le lieutenant Mairy « s’était montré tout à fait courageux et vaillant aux armes » lors de la poursuite des pillards.

Patrimoine

Église Saint-Georges

La tour de l’église Saint-Georges, datée d’environ 1700, est classée au patrimoine de Wallonie. L’édifice se distingue par ses floches monumentales, son cadran de 1732 et sa flèche bulbeuse, éléments remarquables pour une église de village dans la Fagne.

Sources historiques

La cession de 1218 et le détail de l’économie forestière sont tirés du record de la châtellenie, reproduit et commenté par Villermont (Couvin et sa châtellenie, 1876). La charte de 1218 est également analysée par Bormans (Cartulaire de la commune de Couvin, 1875, introduction). Le rattachement à l’abbaye de Lobbes est documenté par Roland (Histoire généalogique de la Maison de Rumigny-Florennes, ASAN t. XIX). Les épisodes du guet et du pillage français proviennent de Villermont. Le pouillé de 1558 est cité par Hagemans (Histoire du pays de Chimay, 1866). La description de l’église Saint-Georges s’appuie sur le compte rendu Thiébaut du Patrimoine monumental de la Belgique (vol. 9, 1982) et sur l’inventaire du patrimoine classé de Wallonie.

Illustration photo Jean-Pol Grandmont