Présentation

Village de la Thiérache Belge, issu de la châtellenie de Couvin dans la Fagne namuroise, Dailly est un ancien domaine de l’abbaye de Lobbes, attesté dès 868. Son moulin banal, ses échevins hauts en couleur et ses querelles de guet avec Couvin en font l’un des villages les mieux documentés de la châtellenie — non par son importance, mais par le caractère de ses habitants.

Étymologie

Le record de la châtellenie porte Dailly. Le pouillé du diocèse de Liège de 1558 donne Dailhes, dans le doyenné de Chimay, archidiaconat de Famenne. En wallon : Dayi.

Géographie

Dailly est une section de la commune de Couvin (province de Namur), entre Couvin et Pesche, à l’ouest de Gonrieux. Le territoire est traversé par une ancienne voie romaine secondaire. Il fait partie du parc national de l’Entre-Sambre-et-Meuse.

Histoire

Des moines de Lobbes à la châtellenie

Dailly fait partie des biens de l’abbaye de Lobbes, attestés dès 868. En 887, il passe au chapitre de Chimay en même temps que Pesche. Après la vente de la châtellenie à l’évêque de Liège en 1096, Dailly figure parmi les neuf localités du record de la châtellenie, aux côtés de Couvin, Nismes, Frasnes, Boussu, Pesches, Petigny, Aublain et Gonrieux.

Un village de caractère

Villermont, dans son Essai sur Couvin et sa châtellenie, restitue deux scènes de la vie villageoise qui disent beaucoup sur la mentalité des gens de Dailly. En 1566, un certain Bastin del Faye, accusé d’un crime, est poursuivi par les sergents du bailli. L’affaire remonte jusqu’à la cour de Couvin, qui en profite pour rappeler solennellement qu’aucun bourgeois de la châtellenie ne peut être appréhendé sans condamnation préalable. Six ans plus tard, le même Bastin, devenu échevin de Couvin, préside à l’installation des bourgmestres en 1572-73 — veillant à faire consigner au registre le serment de maintenir les droits, franchises et libertés de toute la châtellenie. Le comte de Villermont commente : « Bastin de Dailly était un homme avisé et de bonne mémoire. »

En 1577, Jean Bernode, meunier du moulin banal de Dailly, saisit la cour de Couvin d’une question qui résume les conflits quotidiens du droit féodal : a-t-il le pouvoir d’arrêter un meunier concurrent qui vient débaucher ses pratiques sur le ban ? Les échevins lui confirment son droit de « messier » sur son bien, mais avouent ne rien savoir sur la seconde question.

Le guet et les récalcitrants

Comme Gonrieux, Pesches et Petigny, Dailly rechigne à envoyer ses hommes monter la garde sur les murs de Couvin — corvée que les villages de la châtellenie détestaient. En 1544, les échevins de Liège condamnent les récalcitrants. Dailly et Petigny, d’abord absents du procès, finissent par « volontairement obéir et obtempérer ». Mais en 1577, l’évêque Gérard de Groesbeck doit relancer l’ordonnance, menaçant les villages désobéissants de perdre les droits et privilèges de la châtellenie.

Patrimoine

Église Saint-Quentin

L’ensemble formé par le cimetière et le châtaignier situé en tête de l’église Saint-Quentin est classé au patrimoine de Wallonie.

Sources historiques

Le record de la châtellenie de Couvin, reproduit par Villermont (Couvin et sa châtellenie, 1876), nomme Dailly parmi les neuf localités relevant de l’évêque de Liège. La vente de l’avouerie en 1565 mentionne des droits spéciaux du haut-voué à Dailly et Aublain (Villermont, p. 1253). Les épisodes de Bastin del Faye et de Jean Bernode sont tirés du même ouvrage (p. 1213-1217 et 1305). Le rattachement à l’abbaye de Lobbes est documenté par Roland (Histoire généalogique de la Maison de Rumigny-Florennes, ASAN t. XIX). Le pouillé de 1558 est cité par Hagemans (Histoire du pays de Chimay, 1866).

Illustration photo Trougnouf