Présentation

Vervins, aujourd’hui chef-lieu de canton et d’arrondissement, occupe depuis l’Antiquité une position de carrefour au nord de la Thiérache. Ville de confins, prise et reprise au fil des guerres, elle doit sa notoriété européenne à la paix qui y fut signée en 1598 entre la France et l’Espagne — un épisode que Terascia développe dans un article dédié.

Étymologie

Attestée dès le IIIe siècle sous le nom de Verbinum dans l’Itinéraire d’Antonin, la ville apparaît ensuite sous les formes Vervinz (1138), Vervin (1164), Vervinium (1190), Vervinnum (1193), Vervinum castrum (XIIe s.), Vrevin (XIIIe s.), jusqu’à Vervyn (1573).

Géographie

Bâtie dans une plaine découverte, à 40 km au nord de Laon, à 167 mètres d’altitude, sur le Chertemps, Vervins est aujourd’hui chef-lieu de canton et d’arrondissement de l’Aisne.

Histoire

Une occupation urbaine est attestée à Vervins dès l’époque gallo-romaine. La cité, alors nommée Verbinun, figure au IIIe siècle sur l’itinéraire d’Antonin et sur la carte de Peutinger, au carrefour des voies reliant Reims à Bavay et Saint-Quentin à Macquenoise. Des fouilles menées en 1820 ont mis au jour des puits de fondation, des débris de voûte ainsi qu’un vase funéraire contenant des ossements humains et des médailles de bronze datant de l’époque de Marc-Antoine, vestiges qui situeraient l’emplacement de la ville antique sur cet axe.

La commune de Vervins est fondée par la charte de 1163, dite loi de Vervins, par laquelle Raoul de Coucy affranchit ses habitants et institue sept échevins. Ce texte fixe les peines, règle les successions et accorde aux habitants des libertés notables : droit de quitter la ville, affranchissement du serf étranger après un an et un jour de résidence, droit de chasse sur le terroir. La loi de Vervins devient un modèle imité dans plusieurs villes de Flandre, de Rethel, de Lille et de Douai ; Thomas de Coucy, dont la descendance conserve la seigneurie plus de trois siècles, la complète vers 1228 d’un ensemble de dispositions qui en font une sorte de petit code. La charte décrit déjà la ville sur son site actuel, entourée d’une fortification de plan triangulaire comprenant trois portes et près de vingt-deux tours.

Le XIIIe siècle est une période de prospérité et de constructions importantes. La Porte des Champs, au nord de la cité, est mentionnée pour la première fois en 1209. En 1229, Thomas II de Coucy-Vervins réside dans un château nouvellement édifié près de l’église Notre-Dame, elle-même reconstruite vers 1200. Autour du Chertemps se développent des faubourgs liés à une activité artisanale soutenue — manufactures de draps, tannerie, moulins, lavoirs — qui perdure jusqu’au début du XIXe siècle. En 1347, Thomas VI de Coucy-Vervins fait exécuter des travaux aux fortifications, notamment à la Porte à l’Image.

La ville connaît ensuite une succession de sièges et d’incendies. Elle est pillée par les Orléanais pendant la guerre des Armagnacs et des Bourguignons, puis incendiée en 1552 par les troupes du comte de Rœux et, cinq ans plus tard, par les Espagnols, qui la détruisent presque entièrement. Prise par Mayenne sous la Ligue, elle est reprise par Henri IV. C’est dans ce contexte de ville de première ligne que Vervins accueille, en 1598, les conférences qui aboutissent le 2 mai à la paix signée entre la France et l’Espagne. Les hostilités reprennent néanmoins : les Espagnols s’emparent à nouveau de la ville en 1635 puis en 1653, avant d’en être définitivement chassés par l’arrivée de Turenne. En 1712, le partisan hollandais Grovestein impose à la ville une contribution de guerre de 25 000 livres ; en 1759 et 1763, deux incendies consument plus de trois cents maisons.

La seconde moitié du XVIe siècle est celle de la reconstruction. Jacques II de Coucy-Vervins fait reconstruire les fortifications et le château, et se fait édifier une seconde demeure intra-muros, le Château-Neuf, en 1573. L’hôtel-Dieu est reconstruit en 1570, l’hôtel de ville de 1574 à 1581. Son oncle, Robert de Coucy, relève et fait décorer l’église Notre-Dame à partir de 1553. Jean de Coucy dote la ville d’un nouveau presbytère en 1573 et d’un collège en 1578.

Dès la fin du XVIIe siècle, la vulnérabilité des remparts face à l’artillerie fait perdre à leur entretien son caractère prioritaire. Des travaux de percement et de démolition des fortifications s’engagent au XVIIIe siècle et se poursuivent jusqu’en 1841, année du percement de la route de Vervins à Hirson. En 1738, deux tours et les parties hautes des fortifications sont arasées ; en 1767, les remparts sont percés près de la Porte du Cabaret et la Porte des Champs est détruite ; la dernière porte subsistante, la Porte à l’Image, est démolie en 1781.

Le XIXe siècle voit la mise en place de la ville administrative et industrielle, devenue chef-lieu de district en 1790. La prison est construite entre 1831 et 1833 sur l’emplacement d’une partie importante du rempart. L’arrivée du chemin de fer en 1869-1879 entraîne la construction d’un nouveau quartier. C’est en 1870 que sont découvertes les ruines du théâtre romain de Vervins dans les soubassements du rempart. Le Vieux-Château, bâti par Raoul Ier de Coucy dès 1163, est démoli en 1958 ; la prison disparaît à son tour en 1963.

Patrimoine

Les remparts de Vervins, encore visibles aujourd’hui sur tous les côtés de la ville, ceinturent un site établi sur un promontoire entre le Chertemps et un petit ruisseau aujourd’hui obéré par la route nationale. Ils sont d’abord constitués d’une palissade et d’un talus dès la fondation de la commune en 1163 ; les remparts en pierre actuellement conservés datent de la fin du XIIe et du début du XIIIe siècle. À l’issue de leur construction, les fortifications comptaient vingt-deux tours et trois portes. Elles ont subi plusieurs campagnes de transformation et de restauration, notamment après l’incendie de 1552. De ce dispositif ne subsistent aujourd’hui que dix tours, dont une grande partie se trouve sur des propriétés privées et demeure inaccessible.

Construit par Jacques II de Coucy vers 1573 comme résidence intra-muros, le Château-Neuf fut un lieu clé, accueillant les plénipotentiaires en 1598. Aujourd’hui entièrement détruit, l’édifice laisse néanmoins une empreinte visible : son emplacement abrite la sous-préfecture actuelle. La ville conserve également un hôtel-Dieu fondé au XVIe siècle par Jacques II. Plusieurs maisons ou hôtels particuliers gardent des caves en grès couvertes de berceaux brisés, datables du XIIIe siècle, ainsi que des éléments du bâti civil de la seconde moitié du XVIe siècle : trois maisons ou hôtels portent en fers d’ancrage les dates de 1577, 1584 et 1595. Ce bâti demeure toutefois hétérogène, en raison des destructions répétées des XVIIe et XVIIIe siècles.

Les armoiries de la ville, de gueules à trois tours d’argent crénelées, rappellent l’enceinte fortifiée aujourd’hui en grande partie disparue. Vervins présente par ailleurs une particularité pour une ville de son importance : elle n’a jamais accueilli d’établissement religieux — ni chapitre, ni abbaye, ni couvent — alors que ceux-ci sont nombreux ailleurs dans la région. La ville possédait autrefois une fabrique de bonneterie, ruinée par la Révolution.

Sources

  • Melleville, Dictionnaire historique, généalogique et géographique du département de l’Aisne (1865) et Notice historique sur Vervins, dans son Histoire de Coucy (1848)
  • Matton, Dictionnaire topographique de l’Aisne ; Morlet, Toponymie de la Thiérache ; Am. Piette, Essais historiques sur la ville de Vervins (1839).
  • Notice Mérimée IA02000924 de l’inventaire général des Hauts de France.