Présentation

Agnicourt-et-Séchelles est un village rural de l’Aisne, situé dans l’ancien Laonnois, sur la rive gauche de la Serre, à environ 35 kilomètres au nord-est de Laon. Le territoire communal, d’une superficie de 10,8 km², est marqué par une vocation agricole dominante : terres arables et prairies couvrent près de 94 % de la surface. Le relief est doux, l’altitude moyenne avoisine 109 mètres.

La commune regroupe le village d’Agnicourt, le hameau de Séchelles, la ferme de Moranzy et le lieu-dit des Légères. Elle comptait 189 habitants en 2023. Son nom picard est Nicourt et Séchelle.

Étymologie

Agnicourt

Le toponyme est attesté dès 1128 sous la forme Agnicort, puis Molendinum de Aignicurte en 1145, Aignicurt en 1159 et Territorium de Aldeni curte en 1171. Deux hypothèses s’affrontent sur son origine :

  • Pour la toponymiste Marie-Thérèse Morlet, le premier élément dérive du cognomen latin Ania, attesté dans une inscription romaine de Turin.
  • Pour Ernest Nègre, il s’agit plutôt de l’anthroponyme germanique Agninus.

Dans les deux cas, le second élément est le terme franc -court (du latin curtis : domaine, cour seigneuriale), omniprésent dans la toponymie du nord de la France. Agnicourt désignerait donc le domaine d’un personnage portant ce nom.

Séchelles

L’histoire du nom de Séchelles est particulièrement riche. Les formes anciennes révèlent une évolution phonétique spectaculaire depuis un étymon en Ch-, sans lien avec les îles Seychelles ni avec la famille Hérault de Séchelles, contrairement à ce que suggère parfois la tradition locale.

L’attestation de Sancta-Maria-de-Chassella en 1150 confirme l’existence d’une chapelle dédiée à la Vierge dès le milieu du XIIe siècle, et témoigne du statut de paroisse distincte qu’eut longtemps Séchelles.

Géographie

La commune est traversée par la Serre et la rivière de Vigneux, qui ont longtemps structuré l’implantation humaine et l’activité agricole. Le territoire appartient au bassin Seine-Normandie. Les communes limitrophes sont Chaourse, Vigneux-Hocquet, Tavaux-et-Pontséricourt et Montigny-le-Franc.

Le paysage est typique de la Thiérache méridionale : bocages ouverts, terres arables, habitat dispersé sur un relief ondulé.

Histoire

Le chapitre de Laon et les lois d’Agnicourt (1167)

Au Moyen Âge, Agnicourt relève du chapitre de la cathédrale de Laon. En 1167, les chanoines accordent aux habitants une charte remarquable — connue sous le nom de Lois d’Agnicourt — qui, sans abolir la servitude, encadre et allège considérablement leurs obligations.

« Le village d’Agnicourt appartenait autrefois au chapitre de la cathédrale de Laon qui, sans affranchir les habitants de la servitude, adoucit beaucoup leur condition sociale en les dotant, en 1167, d’une sorte de petit code où sont définies leurs charges et leurs obligations. » — Melleville, Dictionnaire historique du département de l’Aisne

La charte fixait les obligations de chacun : exemption de taille et d’exaction en échange de douze deniers de Provins annuels versés à la Saint-Remi. Le propriétaire d’une maison devait deux chapons et un jalois d’avoine ; celui d’un courtil, deux deniers ; celui qui ne possédait rien, le seul cens capital. Elle garantissait aussi le droit de quitter le village en vendant ses biens, réglementait les successions, et fixait les peines coutumières : cinq sous d’amende pour une femme qui en frappait ou injuriait une autre — ou, à défaut, le tour de l’église en portant deux pierres, à la vue du peuple.

Le moulin et les moines de Saint-Martin (XIIe siècle)

Dès le XIIe siècle, Agnicourt possède un moulin à eau auquel sont tenus de moudre les habitants du village ainsi que ceux de Chézelles et de Montigny. En 1145, le chapitre de Laon le cède aux moines de Saint-Martin de Laon, contre une redevance annuelle de quatre muids et demi de froment.

La ferme de Moranzy

La ferme de Moranzy — appelée Morezis ou Mauresis au XIIe siècle — a une histoire propre. En 1129, Gérard de Chaourse en donne la moitié à l’abbaye de Saint-Martin de Laon au moment d’y entrer comme convers ; d’autres seigneurs complètent la donation peu après. En 1201, pour mettre fin aux querelles entre l’abbaye et le chapitre de Laon, l’abbaye abandonne la ferme au chapitre, restaurant la paix entre les deux institutions.

Séchelles, paroisse et fief

Séchelles fut longtemps une paroisse séparée et un fief indépendant. En 1795, Agnicourt prend officiellement le nom d’Agnicourt-et-Séchelles, le hameau étant alors réuni à la commune.

La ligne de chemin de fer (1907–1959)

De 1907 à 1959, Agnicourt fut desservie par la ligne de chemin de fer Marle–Montcornet, qui passait au nord du village sur la rive droite de la Serre. Quatre trains s’arrêtaient quotidiennement dans chaque sens. L’ancienne gare, reconvertie en habitation, subsiste encore au nord du village en direction de Moranzy. Séchelles possédait une halte dont il ne reste aucune trace. Après la fermeture de la ligne, rails, traverses et ballast furent vendus ; une grande partie du tracé reste visible sur le terroir.

Patrimoine

Église Saint-Médard d’Agnicourt

L’église Saint-Médard, bâtie en pierres blanches vers le XIIIe siècle, remaniée et fortifiée au XVIe, est classée Monument Historique depuis le 12 août 1921. Son portail ouest présente une rosace en forme de triskell — motif d’origine celtique rare dans la région. L’édifice, situé sur une butte, est remarquable par ses proportions et sa situation dominante.

Chapelle Saint-Agapit de Séchelles

Le hameau de Séchelles conserve une chapelle dédiée à saint Agapit, non classée. Contrairement à la plupart des villages de la région, l’église de Séchelles n’est pas en surplomb, et l’espace laissé par les maisons autour d’elle est inhabituellement dégagé.

Sources historiques

« AGNICOURT — Village de l’ancien Laonnois, situé sur la rive gauche de la Serre, à 35 k. au nord-est de Laon, autrefois de l’intendance de Soissons, des bailliage, élection et diocèse de Laon. — Patron, saint Médard. » — Melleville, Dictionnaire historique du département de l’Aisne (XIXe s.)
« Parmi ces toponymes, nous pouvons citer Agnicourt […]. Les formes anciennes sont : Agnicort (1128), Molendinum de Aignicurte (1145), Aignicurt (1159) et Territorium de Aldeni curte (1171). Le toponyme est formé d’après le cognomen Ania. » — Marie-Thérèse Morlet, La Toponymie de la Thiérache, Revue Internationale d’Onomastique, 1953–1955
« Moranzy, autrefois Morezis (XIIe siècle) ou Mauresis. — La moitié du terroir de cette ferme fut donnée, en 1129, à l’abbaye de St-Martin de Laon par Gérard de Chaourse, au moment où il se fit convers dans cette maison religieuse. » — Melleville, Dictionnaire historique du département de l’Aisne

Pour aller plus loin

  • Melleville — Dictionnaire historique du département de l’Aisne
  • Marie-Thérèse Morlet — La Toponymie de la Thiérache, Revue Internationale d’Onomastique, vol. 5–7, 1953–1955
  • Ernest Nègre — Toponymie générale de la France
  • Archives départementales de l’Aisne — fonds commune 02004
  • Wikipedia — Agnicourt-et-Séchelles

Photo d’illustration: Église Saint-Médard d’Agnicourt – René Hourdry