Présentation
Wignehies, village du Sud-Avesnois sur les rives de l’Helpe Mineure, doit sa physionomie à deux moments bien distincts : une seigneurie ecclésiastique héritée du XIIe siècle, puis l’essor industriel du verre et de la laine qui, aux XVIIIe et XIXe siècles, en fait l’une des communes les plus actives du canton.
Étymologie
Les chartes livrent des formes successives du nom : Wiggnies (1115, cartulaire de l’abbaye de Bourbourg), Wigneries (1186), Wingnechies (1223, cartulaire de la terre de Guise), Wuinehies (1285), Wignezies (1484), Wignies (1349, pouillé de Cambrai), Vugnies-en-Tiérasse (1387, lettre de rémission de Charles VI), puis Wignehies (1740). Desmasures avance une origine celtique du nom, sans qu’aucune preuve matérielle ne vienne aujourd’hui l’appuyer.
Géographie
Le village s’étend sur 1 386 hectares, entre 166 et 238 mètres d’altitude, sur le versant nord de l’Helpe Mineure, à trois kilomètres de Fourmies.
Histoire
Comme l’ensemble du Hainaut, le territoire de Wignehies connaît au haut Moyen Âge une succession d’appartenances : Francie médiane par le traité de Verdun (843), Lotharingie par celui de Prüm (855), Francie occidentale par celui de Meerssen (870), puis Francie orientale par celui de Ribemont (880).
Dans la seconde moitié du XIIe siècle, les religieux de Saint-Denis, établis à un prieuré de Chaourse dirigé par un chambrier, deviennent possesseurs de La Capelle, de la Flamangrie et de Wignehies ; ils y instituent la loi de Vervins, qui confie l’administration à un maire, un doyen et des échevins. En 1198, Guy, archevêque de Reims, confirme leur possession du patronage de l’église de Wignehies, donation ratifiée la même année par le pape Innocent III : l’abbaye devient seigneur temporel et spirituel du village — justice, cens, rentes, dîmes, moulin, pêcherie — sous l’administration du prévôt de Solesmes, dans la mouvance de la pairie d’Avesnes. En 1243, les chambriers, constatant les abus des doyens, rachètent les fiefs concédés et remplacent la loi de Vervins par celle de Laon, à maires et échevins électifs et révocables.
En 1387, Charles VI accorde au maire Jehan Defresne une lettre de rémission après une violente altercation avec un collecteur du prévôt de Ribemont : accusé de blasphème et de rébellion envers un sergent royal, emprisonné trois semaines à Ribemont, il est gracié à condition d’un pèlerinage à Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer et de l’offrande d’un cierge de quatre livres de cire. Le hameau de la rue Jean de Fresne en garde le souvenir.
Dès le XVIIe siècle, le verre s’installe au hameau du Mont Ranguilly : Christophe de Hennezel, seigneur du Grandmont et de Ranguilly, y exploite une fournaise à vitres en tables, attestée par des lettres patentes du duc de Lorraine en 1647. En 1676, le sieur de Hennezel de Grammont sollicite en vain un privilège exclusif. Un siècle plus tard, en 1771, les ouvriers verriers de Wignehies, rattachés à la verrerie du Houy sur le territoire voisin de Fourmies, bénéficient d’une exemption de corvées au titre de leur corporation.
En 1675, un incendie détruit le village et son église. Celle-ci est rebâtie en 1687, date à laquelle commencent les actes paroissiaux conservés ; une nouvelle reprise, mentionnée par Desmasures en 1860, intervient vers le milieu du XVIIIe siècle. L’édifice actuel, dédié à saint Étienne, est entièrement reconstruit au même emplacement entre 1889 et 1892.
À partir de 1825, l’industrie lainière prend le relais du verre : cinq filatures et trois tissages s’installent, dont la filature Boutard puis Boussus (fondée 1865, peignage 1872, démolie en 1943). Un tramway relie alors Wignehies à Fourmies.
Le 27 août 1914, les troupes allemandes entrent dans Wignehies pour quatre années d’occupation. Entre décembre 1939 et janvier 1940, le capitaine Philippe de Hauteclocque — futur maréchal Leclerc — y séjourne pour surveiller le prolongement de la ligne Maginot dit la « trouée de Chimay » ; une rue porte aujourd’hui son nom.
Patrimoine
D’anciennes bornes de pierre, limitant les droits respectifs des abbayes de Liessies et de Saint-Denis, subsistent en plusieurs points du territoire. L’église Saint-Étienne, reconstruite entre 1889 et 1892 en moellons de pierre à l’enduit rosé, a succédé à plusieurs édifices antérieurs dont la tour du clocher, extérieure au corps de bâtiment, paraît la partie la plus ancienne. La filature de M. Boutard, sur l’Helpe Mineure, fut en son temps le plus important établissement du genre du canton de Trélon. En 1984, la Polyclinique de la Thiérache est ouverte par le chirurgien Edmond Koral, dont le nom a été donné à la rue attenante.
Sources
Bulletin de la Commission historique du département du Nord (1866) et Annuaire statistique du département du Nord (1838), Gallica ; Desmasures, Histoire des communes du canton de Trélon (1860), chapitre Wignehies ; Canal FM (20/02/2023), datation de l’église Saint-Étienne.