Présentation
Wallers-en-Fagne est une commune rurale du Sud Avesnois, à la frontière belge, dont le nom même rappelle la Fagne qui l’entoure. Village de pierre et de forêt, son histoire s’est écrite en deux temps : celui d’une abbaye mérovingienne disparue depuis un millénaire, et celui d’une industrie de la pierre bleue qui façonne encore son bâti aujourd’hui.
Étymologie
Les formes anciennes du nom se succèdent dans les chartes : Wallare (640, diplôme de Dagobert), Walhiers (697, titres de l’abbaye de Lobbes), Wasloi puis Wasler (870, division du royaume de Lothaire), jusqu’à Waslers-en-Faigne chez Vinchant. Sur la carte de Cassini (feuille « Rocroi », 1759), le village apparaît sous le nom de « Walle » ; la carte d’état-major de 1866 porte « Woillers ». Devenue Wallers-Trélon au XXe siècle pour se distinguer de l’autre Wallers du Nord, la commune a retrouvé son nom historique par décret ministériel du 10 juillet 2007, publié le 14 août suivant.
Géographie
Le village s’étend entre 186 et 236 mètres d’altitude, sur 7,79 km², au fil de l’Helpe Majeure et en lisière de la forêt de Wallers, dans le prolongement de la Calestienne belge.
Histoire
Le territoire porte des traces d’occupation ancienne : silex taillés du secteur de Trélon, monnaies de bronze dites « nerviennes » mises au jour à la colline des Mottes. La tradition locale, rapportée par le doyen Letellier, évoque une persécution des chrétiens en 302 sous Maximien ; rien ne permet aujourd’hui de la confirmer.
C’est l’abbaye qui domine l’histoire médiévale de Wallers. Selon plusieurs actes anciens — dont l’authenticité reste discutée par les historiens — le roi Dagobert Ier aurait donné en 640 les terres de Wallers à l’abbaye de Lobbes ; c’est là qu’en 657, selon la tradition, saint Landelin fonde un monastère dédié à saint Pierre et saint Paul, saint Dodon en devenant le premier abbé. L’abbaye est consacrée en 844 par l’évêque Thierry, à la demande d’Héribert, abbé de Lobbes, et se voit citée en 870 dans le partage carolingien entre Charles le Chauve et Louis le Germanique. Détruite par les Normands ou, selon Desmasures, rasée par les Hongrois vers 953, elle ne se relève pas : il n’en subsiste aujourd’hui aucune trace, pas plus que d’une forteresse antérieure dont l’existence n’est connue que par le témoignage de Jacques de Guise.
En 1186, Wallers forme une paroisse du décanat d’Avesnes, dont la cure dépend de l’abbaye de Saint-Feuillien, qui l’a reçue en 1125 de l’évêque Bouchard. C’est alors l’un des six villages du marquisat de Trélon ; avant la Révolution, il relève de la prévôté de Maubeuge et de la coutume de Mons.
À partir du XVIe siècle, le fer prend le relais du monastère. Un fourneau, attesté dès 1592 route de Moustier et exploité par Jean Lobet, produit fonte, taques et gueuses à partir du minerai de Glageon et d’Ohain ; les gueuses sont affinées à la forge des Monts-de-Baives. Guillaume Goulard, maître de forges de Trélon, en reprend l’exploitation en 1714 ; l’activité périclite (2 000 gueuses en stock en 1738) et la forge, maintenue jusqu’en 1825, cède alors la place à une scierie de marbre, préfigurant l’essor de la pierre bleue.
Patrimoine
La pierre bleue, calcaire dur de la Calestienne, fait la réputation du village : vers 1875, plus de soixante-dix familles en vivaient. Une nouvelle carrière ouvre en 1973, et un centre artisanal s’installe dans une grange du XVIIIe siècle ; un symposium européen de la pierre s’y tient tous les deux ans. Les maisons du village, bâties dans cette même pierre grise, en portent encore la marque.
L’église Saint-Hilaire, construite en 1688 selon l’inscription de son porche, est elle-même en pierre bleue — seule la partie haute du clocher paraît antérieure. Elle conserve un reliquaire en forme de bras, offert en 1518 par Charles de Croy, prince de Chimay, et son épouse Louise d’Albret, et renfermant selon la tradition des ossements de saint Hilaire ; un ostensoir en argent d’environ 1720 y est classé monument historique depuis 1944. Dans la forêt voisine subsiste un puits ancien dont l’origine reste inconnue.
Sources
Bulletin de la Commission historique du département du Nord (1866) et Annuaire statistique du département du Nord (1838), Gallica ; Desmasures, Histoire des communes du canton de Trélon (1860) ; carte de Cassini (1759) ; carte d’état-major (1866) ; décret ministériel du 10 juillet 2007.