Présentation

Vadencourt, village de l’ancienne Thiérache bâti sur la rive droite de l’Oise, réunit depuis le XXe siècle deux histoires distinctes : la sienne propre, celle d’une seigneurie attestée dès le XIIe siècle, et celle de l’abbaye cistercienne de Bohéries, absorbée administrativement en 1811.

Étymologie

Le nom, Vadorum curtis selon Melleville, apparaît sous les formes Audoncurtis (1083), Waldencourt (1132), Waldecurtis / Waldencurtis (1137), Waudencort (1201), Wadencourt (1220, 1431), Vaudencourt (1266), Vuadencourt (1572), Vadancour (1692). Selon Morlet, il s’agit d’un composé formé sur un nom d’homme germanique, Waldo (attesté au VIe s.) ou Valdo (VIIe s.), suivi de curtis, la cour, le domaine. Un homonyme existe dans la Somme.

Géographie

Le village est situé à 55 km au nord de Laon et 30 km à l’ouest de Vervins ; le territoire actuel, qui réunit Vadencourt, Bohéries et Longchamps, couvre 12,24 km², entre 82 et 152 mètres d’altitude. Il est drainé par le canal de la Sambre à l’Oise

Histoire

Anciennement vicomté relevant de Guise, Vadencourt est connu par une lignée seigneuriale suivie depuis le XIIe siècle : Eudes de Vadencourt (1137), Richer (1145), Gautier, avoué de Vénérolles (1171-1175), Eudes II ou Oudard (1210-1236), Jean (1240), Henri (1253), Eudes III ou Oudard (1283-1299), Jean II (1312-1322), puis Fauvel, grand bailli de Vermandois (1325). En 1470, la seigneurie passe à Jean III de Conflans, puis à ses descendants jusqu’en 1553 ; François de Lorraine, duc de Guise, la détient en 1550 avant de la vendre vers 1570 à Jean Blondel, qui fait bâtir le château à la fin du XVIe siècle. Son fils Antoine Blondel, conseiller au parlement et vicomte du lieu, meurt sans héritier vers 1612. La seigneurie passe ensuite à Nicolas de la Fons (1650), puis à Louis d’Abancourt (1665), enfin, au XVIIIe siècle, aux familles de la Fons et Lelong.

En 1650, les Espagnols brûlent le château ; deux ans plus tard, le village est pillé par les troupes du duc de Lorraine. Le village possédait aussi une maladrerie, dont les revenus s’élevaient à 120 livres en 1648. En 1269, Guy de Châtillon, comte de Saint-Pol, cède pour six ans le péage de Vadencourt à l’abbaye de Bohéries, à charge pour les religieux de reconstruire en pierre les ponts de Vadencourt et de Radonz.

L’abbaye de Bohéries, cistercienne, aurait été fondée en 1143 — date traditionnelle qui resterait à confirmer en source primaire. Ruinée par les Espagnols entre 1636 et 1652, elle est reconstruite dans la seconde moitié du XVIIIe siècle : entre 1740 et 1760, ses communs sont réédifiés, avec un colombier octogonal, des remises et des écuries. Vendue comme bien national en 1791, elle ne conserve aujourd’hui que ce colombier et quelques bâtiments annexes.

L’histoire administrative récente est marquée par deux fusions : Vadencourt absorbe Bohéries par décret du 20 novembre 1811, confirmé par une ordonnance de 1826, sous le nom de Vadencourt-et-Bohéries ; puis, le 31 décembre 1970, la commune fusionne avec Longchamps et reprend son nom simple de Vadencourt.

Le village est la patrie de Jean de Vadencourt, abbé d’Isle-lès-Saint-Quentin, mort en 1471.

Patrimoine

De l’abbaye de Bohéries subsistent le colombier octogonal et quelques bâtiments des communs, reconstruits au milieu du XVIIIe siècle. Des monnaies gallo-romaines — médailles de cuivre à l’effigie de Tétricus, d’autres en argent à celles de Constantin, d’Hadrien et de Sabine — ont été mises au jour en 1846, attestant une occupation ancienne du territoire. Vadencourt a par ailleurs été desservi par trois lignes de chemin de fer, dont une voie métrique reliant Bohain à Guise, dont la gare fonctionna jusqu’après 1945.

Sources

Melleville, Dictionnaire historique, généalogique et géographique du département de l’Aisne (1865) ; Matton, Dictionnaire topographique de l’Aisne ; Morlet, Toponymie de la Thiérache.

Illustration photo René Hourdry