Présentation

Entre Beaumont et Chimay, à la lisière nord-ouest de la Thiérache belge, la commune de Sivry-Rance réunit deux villages aux destins distincts mais complémentaires. Sivry (Suuriacum dans les textes latins, du gallo-romain Superius, « lieu élevé ») est un village-clairière né du défrichement de la Fagne. Rance, établi dans la forêt défrichée au XIe siècle, doit sa renommée à un calcaire rouge dévonien exploité durant des siècles sous le nom de Rouge de Rance. La commune englobe également les sections de Grandrieu, Montbliart et Sautin.

Géographie

Le territoire couvre 73 km² dans la province de Hainaut, entre les vallées de la Thure et de l’Helpe. Il est borné au nord par Beaumont, à l’est par Froidchapelle, au sud par Momignies et Chimay, à l’ouest par Solre-le-Château (France). La commune est traversée par la Thure et l’Hantes. Le paysage de bocage mêle prairies, forêts et anciennes carrières.

Histoire

Les origines : Sainte-Aldegonde et le défrichement

La première mention documentée remonte à 673, lorsque sainte Aldegonde donne Grandrieu, la forêt de Rance et Sivry au chapitre de Maubeuge. Au XIe siècle, une ville-neuve est établie par défrichement dans la forêt de Rance — un processus typique de la colonisation intérieure qui transforme la Fagne médiévale. Vers 1188, Baudouin V, comte de Hainaut, restitue au monastère de Sainte-Aldegonde un tiers de la dîme de Rance par l’intermédiaire de son châtelain de Beaumont.

Seigneuries et familles

Au Moyen Âge, le territoire se partage entre plusieurs seigneurs : les de Sivry, les comtes de Beaumont et du Hainaut. En 1356, Jean de Hainaut, seigneur de Beaumont, attribue la terre de Rance à Robert de Glynes, du pays de Looz, compagnon d’armes qui épouse Jehenne de Beaumont. La famille de Glynes conserve cette terre jusqu’en 1483, date à laquelle elle passe aux Croÿ, les puissants seigneurs de Chimay. Les armoiries communales actuelles, octroyées en 1978, portent encore les fasces de gueules des Croÿ et les doloires des Renty.

Le marbre rouge de Rance

L’exploitation du calcaire rouge dévonien — un matériau prisé pour la décoration monumentale — a fait la réputation européenne de Rance. Colonnes, escaliers et cheminées taillés dans cette pierre ornent des édifices à travers le continent. Hagemans (Histoire du pays de Chimay, 1866) rapporte qu’en novembre 1640, les habitants du pays attaquèrent huit cents soldats français « qui s’acheminaient vers le village de Rance » ; l’embuscade eut lieu dans les bois de la Fagne et soixante-six Français furent enterrés au cimetière de la maladrerie de Chimay. L’industrie marbrière, florissante du XVIe siècle à la Seconde Guerre mondiale, a profondément marqué le paysage, l’économie et l’identité du village.

Patrimoine

Pierre-qui-tourne (Montbliart)

À Montbliart, un ensemble de deux menhirs en grès constitue l’un des rares témoignages mégalithiques de la Botte du Hainaut. Classé au patrimoine, ce monument dit « celtique » dans les descriptions anciennes est probablement d’époque néolithique.

Musée national du marbre

Installé dans l’ancien hôtel de ville de Rance, le musée retrace l’histoire de l’extraction et de la transformation du marbre dans la région. Il présente la géologie locale, les techniques d’exploitation et les réalisations qui ont fait la renommée du Rouge de Rance.

Autres éléments remarquables

Le château de l’Esclinchamps à Sivry (XVIIe-XVIIIe siècles), l’église Notre-Dame de Montbliart (XVIIe siècle), la chapelle Notre-Dame-de-Là-Haut à Sivry (1643) et la chapelle Saint-Roch (1765) complètent un patrimoine bâti qui témoigne de la vitalité des communautés villageoises à l’époque moderne.

Sources historiques

L’histoire de Sivry-Rance relève principalement des études sur le comté de Beaumont et la seigneurie de Chimay. Le patrimoine monumental de la Belgique (vol. 10, Hainaut, arrondissement de Thuin, 1983) documente l’architecture civile et religieuse. L’industrie marbrière est étudiée par Jean-Louis Van Belle (Deux livres d’expédition de marbres d’un marchand de Beaumont-Rance, Commission royale d’histoire, 2010).

Illustration photo Jean-Pol Grandmont