Présentation
Saint-Gobert est un village de l’ancienne Thiérache, assis sur la rive gauche du Vilpion, à 28 kilomètres au nord de Laon et à 8 kilomètres à l’ouest de Vervins. Avant la Révolution, il relevait de l’intendance de Soissons, du bailliage, de l’élection et du diocèse de Laon. La seigneurie faisait partie du comté de Marle. Son patron est saint Gobert. Le village abritait dès le XIe siècle un chapitre de chanoines, transformé en prieuré bénédictin en 1095. Au XVIIIe siècle, la seigneurie appartient à la famille Sérurier, père du futur maréchal de France.
Étymologie
Matton relève la forme la plus ancienne, Ecclesia Sancti Goberti (1095, mémoire manuscrit de l’Éleu), puis Saint-Goubert (1460, archives de l’Empire) et Sainct-Gobert (1596, chambre du clergé du diocèse de Laon). Melleville note que le village « emprunte, dit-on, son nom à saint Gobert qui serait venu se retirer sur son terroir à une époque inconnue ».
Géographie
La commune s’étend sur 778 hectares, avec un relief vallonné dont l’altitude varie entre 97 et 177 mètres. Le territoire est traversé par le Vilpion, petit affluent de la Serre. En 1760, la culture comptait 9 charrues et 140 arpents de prés.
Histoire
Le chapitre et le prieuré
Dès le XIe siècle, un chapitre de chanoines existe à Saint-Gobert. En 1091, Elinand, évêque de Laon, constatant le relâchement de ces religieux, les chasse. Quatre ans plus tard, en 1095, il donne leur église à l’abbé de l’abbaye de Saint-Denis, à condition qu’il y place des religieux de sa maison. La collégiale est alors transformée en prieuré conventuel, qui dans les derniers temps n’est plus qu’un bénéfice simple de 3 à 400 livres.
Les seigneurs de Saint-Gobert
Melleville livre une généalogie seigneuriale fournie. En 1115, Chrestien de Saint-Gobert est le premier seigneur attesté, suivi d’Arnoul (1130) et de Robert (1233). En 1295, Bertrand de Saint-Gobert porte le titre de chevalier.
Vers 1400, Geoffroy, seigneur de Saint-Gobert, épouse Jeanne d’Anthoing, châtelaine de Coucy — une alliance considérable. Selon dom Lelong, cette famille portait : de gueules, à une croix fleuronnée d’argent.
Au XVIe siècle, la seigneurie passe aux Doulcet (Martin Doulcet, homme d’armes des ordonnances, seigneur de Courthuy et Saint-Gobert, 1535), puis aux Sénemond et aux Ronty. La seigneurie, partie du comté de Marle, est aliénée en 1601 par les commissaires du roi Henri IV.
En 1730, N. Sérurier est seigneur de Saint-Gobert — il est le père du maréchal de France Sérurier, l’un des généraux de la Révolution et de l’Empire.
Les guerres
Saint-Gobert est pillé par les troupes du Prince de Condé en 1654, pendant la Fronde. L’église du village porte les traces de sa fortification, dispositif défensif adopté par de nombreux villages thiérachiens face aux ravages des XVIe et XVIIe siècles.
La papeterie Créplet
En 1797, Jean-Louis Créplet, déjà locataire des papeteries de Gercy et de Rabouzy (Hary), fait construire une papeterie de vingt maillets au lieu-dit le Pré à la Barre, à la jonction des ruisseaux du Cher-Temps et du Vilpion. La fabrication de papier blanc et gris commence en février 1798. En 1811, l’usine occupe dix ouvriers et produit 1 700 rames à partir de 22 000 kilos de chiffons. Créplet, partisan des améliorations, projette d’introduire un cylindre hollandais, mais les événements de la fin de l’Empire empêchent la réalisation du projet.
La Première Guerre mondiale
Le 29 août 1914, le village est occupé par les Allemands après la bataille de Guise. Les habitants subissent réquisitions et travaux forcés pendant toute la durée du conflit. Le monument aux morts porte les noms de 5 soldats.
Patrimoine
L’église fortifiée de Saint-Gobert, avec son clocher flanqué de tours percées de meurtrières, témoigne des dispositifs de refuge adoptés par les communautés thiérachiennes pendant les guerres des XVIe et XVIIe siècles.
Sources
Melleville, Dictionnaire historique du département de l’Aisne, 1865, tome I.
Matton (Auguste), Dictionnaire topographique du département de l’Aisne (Gallica, BnF).
Matton (Auguste), Les anciennes papeteries de l’Aisne, Société académique de Laon, 1903 (Gallica, BnF).
Illustration photo OD02fr