Présentation

Rozoy-sur-Serre est un bourg de l’ancienne Thiérache, bâti sur la rive gauche de la Serre, à 24 kilomètres au sud-est de Vervins. Chef-lieu de canton, siège de la communauté de communes des Portes de la Thiérache, Rozoy fut longtemps l’une des places fortes majeures du sud de la Thiérache. Sous l’Ancien Régime, le bourg dépendait de l’intendance de Soissons, du bailliage, de l’élection et du diocèse de Laon. Sa patronne est la Vierge.

La terre de Rozoy portait autrefois le titre de Bellenie et comprenait, outre le bourg, vingt-cinq villages voisins. Avec son château, sa collégiale, ses trois églises, son hôtel-Dieu et sa manufacture de draps, Rozoy fut pendant des siècles un centre seigneurial et religieux de premier plan, dont l’histoire croise celle des croisades, des Gonzague et de Mazarin.

Étymologie

La forme latine Rosetum apparaît en 877 dans une donation de Charles le Chauve à l’abbaye Sainte-Corneille de Compiègne. Les attestations médiévales se succèdent : Rosetus castrum (1113), Rosetum (1176), Roseteux capitulum (1186), Rosoi et Rosoit (1327), Rosoy-en-Thiérache. Melleville donne également la forme Rosetum ad Saram.

Selon Marie-Thérèse Morlet, le nom dérive du gothique raus (roseau), et non du latin rosa (rose), malgré les armes parlantes du bourg — d’argent à trois roses de gueules — qui reposent sur cette fausse étymologie. Rosetum désigne donc un lieu planté de roseaux, ce que la situation en bord de Serre rend parfaitement vraisemblable.

Sources : Morlet, La Toponymie de la Thiérache ; Matton ; Melleville.

Géographie

Rozoy-sur-Serre s’étend sur 16,53 km², entre 131 et 232 mètres d’altitude. Une voie romaine reliant Laon à Mézières traversait le territoire. Des découvertes archéologiques — pièces de monnaie, statuettes — ont été signalées au lieu-dit « la terre à l’argent ». En 1760, Melleville relevait 46 charrues de terres, 240 arpents de prés et 10 arpents de bois.

Histoire

Les origines

L’occupation du site est ancienne. La première mention écrite remonte au VIe siècle, dans le récit des miracles de saint Gibrien. En 877, Charles le Chauve attribue la dîme de Rozoy à l’abbaye Sainte-Corneille de Compiègne. Selon Bénédicte Doyen, le château de Rozoy est, avec ceux de Guise et de Marle, l’un des trois grands châteaux qui structurent la Thiérache dès le Xe ou le début du XIe siècle, installés à la périphérie de la région.

Le château et la Bellenie

Face aux invasions normandes, un premier château en bois fut édifié sur un point élevé de la rive gauche de la Serre. Un donjon de forme octogonale s’élevait sur une butte artificielle auprès de l’église. Le bourg lui-même était entouré de murs. Les habitants de Rouvroy, Parfondeval, Rocquigny et Saint-Jean-aux-Bois étaient tenus d’assurer la garde du château.

Le château fut reconstruit en 1216, en même temps que ses remparts. La terre de Rozoy, dite Bellenie, englobait le bourg et vingt-cinq villages voisins. Lorsqu’un nouveau seigneur prenait possession du domaine, les habitants lui devaient, en forme de cadeau, une somme de cent livres — ces cadeaux se nommaient dons de loi.

Les seigneurs de Rozoy et les croisades

En 1018, le seigneur Hilgaud fonde un chapitre de chanoines dans l’enceinte du château et fait bâtir une collégiale dédiée à saint Laurent. Son fils Roger prend part à la première croisade et meurt en 1099 auprès de Godefroi de Bouillon.

La lignée se poursuit avec Gérard, prince de Rozoy (1113), Clarembaud (1115), Renaud, seigneur de Rozoy et Monloué (1141). Roger II, seigneur de Rozoy et de Chaumont, épouse deux fois : l’un de ses fils, Renaud, devient évêque de Laon en 1174. Roger III, seigneur du même nom, périt à la bataille de Mansourah lors de la croisade de saint Louis, sans laisser d’enfants. Ses domaines reviennent à sa sœur Aélide.

Les armes de la famille de Rozoy étaient d’argent à trois roses de gueules.

Des Oudenarde aux Gonzague

La seigneurie passe ensuite par alliance aux Oudenarde (1249), puis aux Châtillon par échange avec le roi en 1289. Gaucher V de Châtillon, connétable de France, tient Rozoy en échange du domaine de Château-Porcien. En 1384, Pierre de Craon, accusé d’avoir volé dix mille ducats au roi de Sicile, est banni du royaume et vend le domaine de Rozoy.

La terre passe à Enguerrand d’Eudin (1387), puis à la maison de Bourgogne-Nevers (1424). Charles de Bourgogne, comte de Nevers, fonde une rente destinée à doter chaque année une fille pauvre de son domaine — les jeunes filles des villages tiraient au sort le jour de Pâques.

La seigneurie passe aux Foix (1509), aux Clèves (vers 1541), puis en 1564 à Louis de Gonzague, prince de Mantoue. Les terres de Rozoy et Rethel sont érigées en duché-pairie.

De Mazarin aux La Meilleraie

En 1659, Charles de Gonzague vend tout ce qu’il possède en France. Les terres de Rozoy et Rethel sont achetées par le cardinal de Mazarin, qui en 1662 les érige de nouveau en pairie en faveur du duc de La Meilleraie, époux de sa nièce Hortense Mancini. Une dalle funéraire en marbre noir, conservée dans la collégiale, porte l’inscription : « Ci gît Dame Hortense Mancini, Duchesse de Mazarin, Comtesse de Rozoy, morte en 1699, âgée de cinquante-trois ans ».

Les épreuves de l’époque moderne

Rozoy eut beaucoup à souffrir des guerres franco-espagnoles. En 1558, des partis espagnols ravagent la campagne. En 1617, les confédérés qui s’étaient rendus maîtres du bourg en sont chassés par le duc de Guise. Les Espagnols s’emparent de Rozoy en 1651 et l’occupent près de deux mois. Deux ans après, le bourg est pillé par les troupes de Condé.

En 1698, un incendie consume une partie du bourg et l’Hôtel-Dieu. Un second incendie, le 5 mai 1785, réduit en cendres 222 habitations.

Patrimoine

Les trois églises

Rozoy a possédé jusqu’à trois églises. La première et la plus ancienne, dédiée à la Vierge, s’élevait sur la rive droite de la Serre — ce qui a fait conjecturer que le bourg était primitivement situé de ce côté. La seconde, dite de Sainte-Catherine, sert aujourd’hui d’hôtel de ville. La troisième, ancienne collégiale de Saint-Laurent, est le grand monument de Rozoy.

La collégiale Saint-Laurent

Le chapitre fut fondé en 1018 par Hilgaud, seigneur du lieu. Les chanoines, d’abord au nombre de 15, furent portés à 29 au XVe siècle par le dédoublement des prébendes. Il y avait de plus 14 chapelains. Le chapitre fut toujours l’un des mieux rentés du pays : en 1790, ses revenus s’élevaient encore à 60 000 livres, charges déduites. La Révolution le dissout après 722 ans d’existence.

L’Hôtel-Dieu et la maladrerie

Rozoy possédait une maladrerie et, dès 1476, un hôpital dit de Saint-Nicolas. L’Hôtel-Dieu fut établi en 1259 par Acélide, dame du lieu. Après la réunion avec l’hôpital de Marle, les habitants de Rozoy conservèrent le droit à deux lits.

Le chanoine volant

Melleville rapporte qu’un chanoine de Saint-Laurent nommé Oger voulut, au XVIIe siècle, essayer des ailes qu’il s’était fabriquées pour voler. Il s’élança du haut du donjon, mais l’un de ses ressorts s’étant cassé, il se précipita dans le fossé d’une hauteur de 200 pieds. Il eut la chance de ne recevoir que quelques contusions.

Personnalités

Rozoy est la patrie de Jean de Rozoy, abbé de Prully en 1386, et d’Hugues du Rosier, ministre protestant célèbre au XVIe siècle. François-Louis Prudhomme, originaire du bourg, fut élu député à l’Assemblée législative sous la Révolution.

Sources

Melleville (1865) indique 254 feux et 1 142 habitants en 1760, 1 458 en 1800, 1 602 en 1836, 1 671 en 1856. Le pic démographique fut atteint en 1806 (1 870 habitants). La commune comptait 949 habitants en 2021. Les habitants sont appelés les Rostands.

Deux ouvrages de référence : Martin, Essai historique sur Rozoy-sur-Serre et les environs (1863-1867, 3 vol.) ; Mien-Péon, Le canton de Rozoy-sur-Serre (1865).

Illustration photo Marc Roussel