Présentation

Rocquigny est un village de l’ancienne Thiérache, posé au bord du ruisseau de la petite Helpe, à 68 kilomètres au nord de Laon et 31 de Vervins. Sous l’Ancien Régime, la commune dépendait de la châtellenie et prévôté d’Hirson, de la généralité de Soissons, du bailliage et de l’élection de Guise, et du diocèse de Laon. Sa patronne est sainte Geneviève.

Ce petit village, qui comptait 364 habitants en 2022, doit une part de sa renommée à l’abbaye cistercienne de Montreuil-les-Dames, établissement de moniales fondé sur son territoire, d’où provient la célèbre icône de la Sainte Face de Laon.

Étymologie

La plus ancienne mention connue du village apparaît en 1144 sous la forme Rocheni, dans un document identifié par Matton comme un mémoire manuscrit de l’Éleu. Les formes médiévales évoluent ensuite régulièrement : Roquignies (1203), Rokennis et Roquennis (1223), Rokegni (1272), Roquignys (1327), Roquigniez (1340), avant de se fixer en Roquigny-en-Théraiche puis Rocquigny à partir du XVIIe siècle.

Le suffixe -igni renvoie aux formations gallo-romaines en -iniacum, désignant le domaine d’un propriétaire dont le nom personnel reste incertain.

Sources : Matton, Dictionnaire topographique de l’Aisne ; Morlet, La Toponymie de la Thiérache.

Géographie

Rocquigny se situe à l’extrémité nord-ouest du département de l’Aisne, en limite du département du Nord. Ses voisines septentrionales sont Étroeungt, Féron et Wignehies. Le territoire communal s’étend sur près de 11 km², entre 157 et 231 mètres d’altitude. En 1760, Melleville relevait 800 arpents de terres labourables, 100 arpents de prés et 300 arpents de bois.

Histoire

L’abbaye de Montreuil-les-Dames

L’élément le plus marquant de l’histoire de Rocquigny est la présence sur son territoire de l’abbaye de Montreuil-les-Dames, un établissement de moniales cisterciennes. C’est de cette abbaye que provient la célèbre icône de la Sainte Face de Laon, une peinture byzantine — peut-être d’origine serbe — qui constitue l’une des œuvres majeures de l’art sacré médiéval conservées en France.

Selon une tradition ancienne, cette icône aurait été offerte en 1249 par Jacques Pantaléon de Troyes, le futur pape Urbain IV, qui l’aurait achetée à Bari en Italie. L’information, reprise par plusieurs historiens de l’art, repose sur cette tradition et non sur un acte contemporain de l’événement.

Vers le milieu du XVIIe siècle, les moniales de Montreuil quittèrent Rocquigny pour s’installer dans la banlieue de Laon, emportant avec elles leur précieuse icône. En 1795, soustraite aux destructions iconoclastes de la Révolution, l’œuvre fut donnée à la cathédrale de Laon, où elle est toujours conservée.

Aujourd’hui, il ne subsiste plus aucune trace visible de l’abbaye sur le territoire communal. Des ossements provenant de l’ancien cimetière monastique ont toutefois été mis au jour lors de travaux de voirie.

Sources : Grabar, La Sainte-Face de Laon. Le Mandylion dans l’art orthodoxe, Prague, 1931 ; Spieser et Yota, in Il Volto di Cristo, Milan, 2000 ; Melleville.

Les Rocquigny dans l’ordre de Prémontré

Le village est la patrie de Jean de Rocquigny, d’abord abbé de Clairfontaine, puis de Saint-Martin de Laon, et enfin général des Prémontrés en 1247. Il fonda le collège de Prémontré à Paris en 1252 et mourut en 1269. Melleville mentionne également Gobert de Rocquigny, abbé de Chaumont, mort en 1241, et Pierre de Rocquigny, abbé du même établissement en 1426 — trois ecclésiastiques issus du même village, témoins de l’empreinte monastique de la Thiérache médiévale.

Source : Melleville, Dictionnaire historique du département de l’Aisne.

Patrimoine

L’église Sainte-Geneviève

L’église paroissiale, placée sous le vocable de sainte Geneviève, date de 1762. L’édifice est de style simple, sans élément architectural ou mobilier remarquable signalé par les sources.

Le groupe scolaire (1873)

Un groupe scolaire fut construit en 1873, abritant également la mairie. Le bâtiment, long de 26 mètres sur 7 de large, était surmonté d’un fronton et d’un clocheton. Il comprenait l’école laïque de garçons et l’école libre congréganiste de filles, dirigée par des dames de la Providence de Rouen. L’école a fermé ses portes en 2003.

Sources

Melleville (1865) indique 189 feux en 1760 et 636 habitants en 1836. Le pic démographique fut atteint vers 1891 avec 699 habitants. Le déclin s’accélère après 1945. Les registres d’état civil conservés aux Archives départementales de l’Aisne couvrent la période 1680-1905.