Présentation
Puisieux-et-Clanlieu est un village de l’ancienne Thiérache, situé dans une plaine élevée, à 35 kilomètres au nord de Laon et à 13 kilomètres à l’ouest de Vervins. Né de la fusion de deux communes en 1819, le village porte la mémoire de trois histoires distinctes : une seigneurie attestée depuis le XIIe siècle, une commanderie des Templiers puis des Hospitaliers de Malte, et une ferme monastique dépendant de l’abbaye Saint-Martin de Laon. Son patron est saint Martin.
Étymologie
Puisieux dérive du latin Puteoli (attesté en 968), qui désigne un lieu où l’on trouve de petits puits. L’évolution passe par Pusoli, Puisiex, Puisous avant d’aboutir à la forme actuelle.
Clanlieu apparaît en 1160 sous la forme Clainliu. Morlet propose avec prudence un clinus locus (« lieu incliné ») ou un rapport avec le mot clain (lieu de plainte en justice), mais reconnaît qu’aucun texte historique ne permet de trancher.
Géographie
Le village occupe une plaine élevée dans un paysage de cultures et de bois. En 1760, on comptait 160 feux. Les dépendances mentionnées par Melleville sont la ferme de Clanlieu et l’écart de la Bretagne. Un bois de Puisieux, qui entourait jadis le hameau de la commanderie, couvrait 5 muids et 6 jallois en 1357.
Histoire
Les seigneurs de Puisieux — de Hugues (1111) aux Fay d’Athies
Puisieux est mentionné dès 968 dans une charte. Le premier seigneur connu est Hugues de Puisieux (1111). Son successeur Gérard, qualifié d’equites dans une charte de 1182, fonde le village voisin de Colonfay en 1155. En 1187, Adelaïde, dame de Puisieux, fonde une chapelle dans le village.
La lignée des Jean de Puisieux dits Bedous (Jean Ier, II, III) se prolonge du XIIIe au début du XIVe siècle. Adam de Puisieux, qui avait quitté le parti du roi de Navarre pour celui du Dauphin, fut arrêté, accusé de trahison et enfermé au Châtelet, avant d’obtenir des lettres de rémission en 1356. Melleville signale par ailleurs que Pierre de Puisieux, l’un des chefs populaires avec Robert Le Cocq, décapité en 1358 après la défaite de son parti, « paraît avoir été originaire de ce village ».
Vers 1400, Adam de Blois, seigneur du Clos, de Crécy, Puisieux, Colonfay, Maillecourt et Nouvion-l’Abbesse, transmet le domaine à sa fille Blanche, qui le porte en mariage à Charles de Fay d’Athies (1417). Dès lors, les Fay d’Athies règnent sur Puisieux pendant près de quatre siècles, jusqu’à la Révolution. Le blason communal actuel — d’argent semé de fleurs de lis de sable — perpétue la mémoire de cette lignée.
La commanderie des Templiers et des Hospitaliers
Parallèlement à la seigneurie, une partie du territoire de Puisieux suit un tout autre destin. Au milieu du XIIe siècle, le domaine appartenait à l’abbaye Saint-Martin de Laon, qui l’avait reçu en donations successives (Renaud Bidane en 1137, Albéric Loyers en 1143). En 1146, les moines cèdent une partie du terroir aux chevaliers du Temple, qui y établissent une maison de leur ordre. En 1154, par une charte de l’archevêque Samson de Reims, les Templiers obtiennent le reste du domaine en échange du village de Rainneville (Ardennes) — un arbitrage qui met fin à un conflit de donations. Les Templiers acquièrent même la cure du lieu en 1157 et fondent à Puisieux l’un des établissements les plus considérables de leur ordre dans la région.
Au début du XIVe siècle, après la suppression de l’ordre du Temple, la commanderie passe aux Hospitaliers de Malte. Melleville donne la liste complète des précepteurs du Temple puis des commandeurs de Malte, de 1234 (Wibert, maître de Puisieux) à 1789 (Louis Texier d’Hautefeuille). La commanderie est associée à celles de Câtillon et Boncourt. En 1570, les troupes du prince d’Orange brûlent Puisieux.
Clanlieu — la ferme des moines
Le territoire de Clanlieu appartenait par indivis à plusieurs seigneurs qui le donnèrent en 1160 à l’abbaye Saint-Martin de Laon pour y construire une ferme. La charte de donation, confirmée par l’évêque Gautier de Laon, détaille les donateurs : Béatrix d’Eppes et ses six fils, Adam de Landifay, Raoul et Roger, Aldefonde de Guise — un véritable consortium féodal. La ferme, entourée de hautes et solides murailles dont on voyait encore des restes au temps de Melleville, était une ferme fortifiée. En 1734, l’abbaye et ses biens sont réunis à l’évêché de Laon. En dernier lieu, la ferme appartenait à l’évêque de Laon.
La fusion de 1819
La Révolution fait de Puisieux et Clanlieu deux communes distinctes. Mais Clanlieu, qui n’était qu’une ferme et sa paroisse (120 habitants en 1760), décline rapidement. Par ordonnance royale du 2 juin 1819, les deux communes sont fusionnées sous le nom de Puisieux-et-Clanlieu.
Patrimoine
Le château de Puisieux, ancien siège de la seigneurie des Fay d’Athies, est inscrit aux monuments historiques depuis 2008 (façades et toitures). Il est aujourd’hui transformé en gîte et chambres d’hôtes. L’église Saint-Martin conserve la mémoire de la paroisse originelle. De la ferme fortifiée de Clanlieu, des restes de murailles étaient encore visibles au XIXe siècle. De la commanderie des Templiers, il ne subsiste pas de vestiges identifiés.
Sources
« Les chevaliers du Temple fondèrent insensiblement à Puisieux l’un des établissements de leur ordre les plus considérables du pays. » — Melleville, Dictionnaire historique du département de l’Aisne, 1865
Illustration photo René Hourdry