Présentation
Dans la châtellenie de Couvin, à deux kilomètres à l’ouest de la ville, Pesche (Pesche en wallon, Pesco dans les textes du VIIIe siècle) est un village de la Thiérache Belge, province de Namur, qui relevait de la principauté de Liège jusqu’à la Révolution. Son nom apparaît dès 789 dans l’Acte de Folrad, ce qui en fait l’une des premières localités documentées du sud de l’Entre-Sambre-et-Meuse. Village de la Fagne, aux portes de la Thiérache forestière, Pesche doit sa singularité historique à une lignée seigneuriale directement issue de la Maison de Rumigny-Florennes.
Géographie
Le village occupe un vallon boisé sur la rive gauche de l’Eau Noire, entre Couvin au sud-est et Boussu-en-Fagne au nord. Le territoire, aujourd’hui section de la commune de Couvin, fait partie du parc national de l’Entre-Sambre-et-Meuse.
Histoire
Des origines à la châtellenie
L’Acte de Folrad, testament en faveur des moines de Saint-Germain-des-Prés daté de 789-790, constitue la première attestation écrite du lieu, sous la forme Pesco. Le village connaît ensuite une succession de graphies révélatrice — Peis en 1147 et 1287, Peisce en 1323, Pesche à partir de 1504 — qui témoigne de la lente fixation de la toponymie romane dans cette zone de contact linguistique. En 887, une partie du village passe au chapitre de Chimay en même temps que Dailly. En 1093, les terres sont vendues au prince-évêque de Liège avec l’ensemble de la châtellenie de Couvin.
Alard de Pesche et les Rumigny
À la fin du XIIIe siècle, la seigneurie de Pesche est aux mains d’une branche cadette de la Maison de Rumigny-Florennes. Le personnage le plus remarquable de cette lignée est Alard — chevalier, seigneur de Peis attesté dès 1287 — qui occupe successivement les fonctions de maréchal de l’évêché de Liège (1304-1308) puis de mambour de la principauté (1308-1312 et 1314), c’est-à-dire de régent temporaire du pays de Liège. Il figure parmi les signataires de la Paix de Fexhe en 1316, cette charte fondamentale qui consacre la représentation nationale liégeoise et la souveraineté du « sens du pays ». Mort vers 1320 sans postérité, Alard laisse la seigneurie revenir à la branche aînée des Rumigny-Florennes. Elle passera ensuite aux Ghoër (avec Cerfontaine et Surice dans la région), puis aux Millendonck et enfin aux Croÿ.
Guerres et fortifications
En 1434, après l’échec d’une expédition liégeoise contre la forteresse de Bosenove (La Neuville-aux-Tourneurs), Gilles de Floion fortifie le petit château de Pesche pour servir de point d’appui aux défenses de Couvin. Un siècle et demi plus tard, en mai 1582, l’évêque Gérard de Groesbeck ordonne au bailli de Couvin de placer des garnisons à Couvin, Pesche et Boussu pour contenir les menées du duc d’Alençon. En 1640, le maréchal de la Meilleraye établit son camp à Pesche avec 20 000 hommes avant de tenter le siège de Charlemont.
Patrimoine
Maison du Bailli
Classée au patrimoine immobilier de Wallonie, la Maison du Bailli est un édifice du début du XVIIe siècle. Elle fut la résidence de Toussaint de Robaulx, bailli de Pesche de 1574 à 1618, et de ses descendants qui l’occupèrent jusqu’à la Révolution. Le bâtiment témoigne du rôle judiciaire et administratif du village dans la châtellenie.
Vestiges du château et église Saint-Hubert
Au centre du village subsistent les vestiges d’une tour du château seigneurial, dont l’ancienne basse-cour conserve partiellement son plan. L’église Saint-Hubert, de style classique, a été construite entre 1756 et 1757 et consacrée le 17 juin 1766.
Chapelle Notre-Dame de Bonnes Pensées
Datant de 1646, cette chapelle est le second monument classé du village. Élevée en pleine guerre de Trente Ans, elle témoigne de la piété populaire dans une période de ravages incessants.
Sources historiques
L’histoire de Pesche est documentée par le Cartulaire de la commune de Couvin de Stanislas Bormans (1875), qui retrace l’histoire de l’ensemble de la châtellenie. Roland, dans son Histoire généalogique de la Maison de Rumigny-Florennes (1891), rattache les seigneurs de Pesche à la branche cadette des Rumigny. Le rôle d’Alard de Pesche dans la vie politique liégeoise du début du XIVe siècle est attesté par les actes de la Paix de Fexhe et par les conclusions capitulaires de Saint-Lambert. Le pouillé du diocèse de Liège de 1558, cité par De Ridder et repris par Hagemans (Histoire du pays de Chimay, 1866), porte Paix dans le doyenné de Chimay, archidiaconat de Famenne. Hagemans note en outre que Pesche, avec Couvin et Virelles, fut rattaché à la juridiction de l’évêque de Liège dès le VIIe–VIIIe siècle, dans le cadre du pays de Lomme.
Illustration photo Friedrich Tellberg