Origny-en-Thiérache est un bourg bâti sur le Ton, à une dizaine de kilomètres de Vervins. Sous l’Ancien Régime, il relevait de la généralité de Soissons, des bailliage et élection de Guise, et du diocèse de Laon ; il fut, dès 1232, le siège d’un doyenné rural (decanus christianitatis de Aurigniaco-in-Therasca).
Toponymie
Le nom est richement attesté : Iuriniacus en 1187, Aurigniacus et Oriniacus au XIIe siècle, Origny en 1203, Aureygniacum-in-Therasca en 1232, Origniacus-in-Therasca en 1244, puis une longue série de variantes graphiques jusqu’à Origny-en-Thiérache au XVIIIe siècle. Sous la Révolution, le bourg fut un temps rebaptisé Origny-sur-le-Thon, dans la logique de débaptisation des toponymes religieux ou provinciaux de l’an VI. Selon Morlet, le nom dériverait d’Auriniacum ou Oriniacum, formé sur un gentilice Orinius ou Aurinius mal identifié ; le seul rapprochement onomastique disponible est le nom féminin Aurinia, cité par Tacite comme celui d’une prophétesse germanique — ce qui nourrit, sans la démontrer, la tradition locale d’un culte tribal préromain sur les rives du Thon.
Histoire
Le bourg s’est développé sur une ancienne voie romaine, dans l’orbite de la puissante abbaye bénédictine de Saint-Michel-en-Thiérache, fondée à quelques kilomètres en 945. La seigneurie appartint d’abord à une famille dite d’Origny, connue depuis Robert d’Origny (1126) jusqu’à Jean d’Origny (mort après 1468), avant d’entrer dans la maison de Roucy par le mariage de l’héritière avec Jean de Sarbruck, comte de Roucy. Le domaine passa ensuite à un fils naturel, Louis de Roucy, seigneur de Sissonne, puis à son fils Joachim de Roucy, seigneur d’Origny et de Sainte-Preuve dans la seconde moitié du XVIe siècle. C’est un membre de cette famille, François de Roucy, qui obtint du roi, en 1548, l’établissement d’un marché-franc hebdomadaire et de deux foires annuelles. Claude de Roucy-Sissonne, dernier seigneur de la lignée, vendit la terre d’Origny au tout début du XVIIe siècle à Marie Hennequin, dame de Beaurevoir ; le domaine fut acquis en 1745 par le duc de La Vallière, dont la famille le conserva jusqu’à la Révolution.
L’église fortifiée, dédiée à saint Cyr et sainte Julitte, passerait pour le plus ancien monument de la Thiérache : bâtie sur un tertre au cœur de l’ancien fort d’Origny, elle fut détruite lors de l’invasion du comte de Hainaut en 1185, puis reconstruite entre 1185 et 1200 grâce aux dons de dame Ameline de Guise, avec l’adjonction d’un donjon défensif. Cette tour rectangulaire, dont la flèche s’effondra en 1810, servit de refuge aux habitants durant les guerres des XVIe et XVIIe siècles ; les deux tours rondes qui l’entourent, en brique sur soubassement de grès, portent la date de 1606. Partiellement détruite pendant la Première Guerre mondiale, l’église fut restaurée de 1929 à 1931 grâce au soutien du gouvernement vietnamien, en hommage à Mgr Pigneau de Behaine : le donjon fut alors coiffé d’un clocher inspiré de la cathédrale de Saïgon, geste architectural unique en Thiérache.
Le bourg posséda un hôpital et une léproserie, dont les revenus s’élevaient respectivement à 600 et 100 livres en 1648. La vallée du Thon, seule zone calcaire de la Thiérache centrale, favorisa aussi une activité de carrière, tandis que ses terres humides se prêtaient à la culture de l’osier : Origny devint ainsi, du début du XIXe siècle aux années 1960, l’un des plus grands centres de vannerie de France, avec des manufactures (Dessons, Tirot et Larmuzeaux, Coste-Folcher, Boudinet) exportant jusqu’en Amérique, avant que le plastique et la concurrence asiatique n’y mettent fin.
Origny est la patrie de Pierre-Joseph-Georges Pigneau de Behaine (1741-1799), missionnaire devenu évêque d’Adran et conseiller du roi Nguyễn Phúc Ánh, dont une partie des cendres fut rapatriée en 1983 ; du général de brigade Pierre de La Martinière ; et des lettrés F.-L.-Jos. Mairesse et Déharbes, ce dernier prêtre et professeur.
Sources
Melleville, Dictionnaire historique du département de l’Aisne (notice, liste des seigneurs) ; Matton, notice toponymique (cartulaires de Saint-Michel, Foigny, Bucilly, seigneurie de Guise) ; Morlet, dictionnaire toponymique ; fonds de travail Terascia (personnages d’Hirson, généalogie Roucy-Sissonne) ; Wikipédia (notice communale, église Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte) ; site officiel de la commune ; Hallart, inventaire des carrières de Thiérache (2008) ; Monumentum (PA00115853).