Présentation

Aux confins de la Fagne et de la Thiérache ardennaise, Nismes (Nîme en wallon) occupe la vallée de l’Eau Noire, cette rivière née sur le plateau de Rocroi qui disparaît dans les grottes de Neptune avant de reparaître ici, au pied des plateaux calcaires de la Calestienne. Village de quelque 1 800 habitants, siège administratif de la commune de Viroinval, Nismes était l’un des neuf bourgs de la châtellenie de Couvin — et c’est ici que les baillis de la principauté de Liège fixèrent leur résidence.

Géographie

Le territoire s’étend sur près de 25 km², entre les versants escarpés de la Calestienne et les plateaux boisés qui annoncent l’Ardenne. Le paysage est troué de gouffres calcaires — les fondrys — dont le plus spectaculaire, le Fondry des Chiens, s’ouvre à une vingtaine de mètres de profondeur au ras du sol. L’Eau Noire et l’Eau Blanche se rejoignent en aval du village pour former le Viroin. Nismes fait partie du parc national de l’Entre-Sambre-et-Meuse.

Histoire

Des origines au Moyen Âge

Le site est occupé bien avant les premières chartes : dès l’âge du Bronze et du Fer, les minerais de fer de la Calestienne sont exploités dans les fondrys, comme en témoignent des bas-foyers et des amas de scories. Nismes entre dans la dot d’Hadewige vers 996, sous la forme latine Nimam, comme ancien bien de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés. En 1096, le village passe avec la châtellenie à la principauté de Liège.

Résidence des baillis

Après 1096, un château est reconstruit en 1148 par Henri de Leyen, prince-évêque de Liège. Nismes devient le siège du bailliage de la châtellenie de Couvin. Le premier bailli connu, Jehan d’Avignon, s’y installe vers 1408. Lorsque le château est détruit en 1554 lors des guerres entre Charles Quint et Henri II, les baillis suivants se relogent au pied de la butte, dans un édifice qui deviendra la Maison des Baillis.

Les forges et la saboterie

L’exploitation du minerai de fer se poursuit à travers les siècles. Au XVIIIe siècle, Michel Licot, maître des forges de Vireux-Molhain — sur la Meuse, en Thiérache ardennaise —, acquiert le domaine du Maugré à Nismes et le transforme en château. La saboterie, autre industrie locale, prospère jusqu’au début du XXe siècle.

Patrimoine

Maison des Baillis

Édifice de la fin du XVIe siècle, peut-être bâti par Sébastien de Martin, lieutenant-bailli mort en 1616. Classé au patrimoine immobilier de Wallonie depuis 1976, c’est l’un des témoins les mieux conservés de l’administration liégeoise dans la châtellenie.

Château Licot

Ancienne cense du Maugré, passée des familles Martin et Baillet à Michel Licot en 1745, puis transformée en 1864 et 1890. Le château sert aujourd’hui d’hôtel de ville de Viroinval.

Le Fondry des Chiens

Gouffre d’effondrement creusé par l’érosion dans le calcaire dévonien de la Calestienne — un « grand canyon en miniature » d’environ vingt mètres de profondeur. Classé au patrimoine exceptionnel de Wallonie, le site expose des récifs fossiles de stromatopores vieux de 375 millions d’années. Le toponyme fondry renverrait soit à l’effondrement du calcaire, soit aux lieux où l’on faisait fondre le fer.

Sources historiques

L’histoire de Nismes est documentée par Villermont dans son Essai historique sur Couvin et sa châtellenie (ASAN, vol. 9, 1866). Roland identifie Nismes (Nimam) dans la dot d’Hadewige (~996) d’après Duvivier. Le Patrimoine monumental de la Belgique (vol. 9, Namur, arr. Philippeville) consacre des notices à la Maison des Baillis et au château Licot.

Illustration photo Jean-Pol Grandmont

En savoir+: https://fr.wikipedia.org/wiki/Nismes