Présentation
Neuville-lez-Beaulieu, longtemps connue sous le nom de la Neuville-aux-Tourneurs, est l’une des plus vastes communes du canton de Signy-le-Petit. Le territoire, traversé par la Sormonne qui sert de collecteur au Rivandré et au Gland, est en grande partie couvert de bois, avec quatre tourbières signalées dès le XIXe siècle.
Géographie
Le sous-sol superpose un étage ardoisier recouvert par le terrain moderne, un étage liasique (marnes, calcaires ferrugineux) et un étage jurassique (calcaires de l’oolithe inférieure). Le finage comptait de nombreux hameaux et écarts : Bosneau, la Roche, la Neuvillette, la Briqueterie, Goncelin, Pierre-Fontaine, l’Ouvrage, le Pont d’Any, le Trou de Sormonne, la Gruerie, le Moulin-Poucet à la lisière belge.
Histoire
Fondation par les Rumigny, XIIIe siècle
Le village doit très probablement sa fondation à la maison de Rumigny, à une date incertaine. La première mention connue remonte à 1247, quand Jacques de Rumigny se qualifie « seigneur de Neuville et d’Auge » dans l’acte par lequel il fonde, à l’église Saint-Nicaise de Reims, une messe quotidienne dite « messe des étrangers ». Le Pouillé de 1306 confirme la paroisse sous le vocable de saint Nicolas, avec présentation de l’abbé de Saint-Nicaise.
1390 : le partage lorrain
Lors du partage de la succession de Charles Ier de Lorraine, en 1390, un lot comprenant nommément la Neuville-aux-Tourneurs, Liart, la Férée, Bay et Hannogne est attribué à Antoine de Vaudémont, seigneur de Rumigny — selon un manuscrit de l’abbé de Signy, François de Camps, conservé à la Bibliothèque nationale.
1521 : l’incendie de Sickingen
Après la levée du siège de Mézières, en 1521, Franz von Sickingen, général de l’armée allemande, incendie la Neuville en retraite vers la Picardie. Les murs de l’église, rougis par le feu, en ont longtemps témoigné.
La protection des Guise, 1527-1547
En janvier 1527, François Ier érige le comté de Guise en duché-pairie ; la Neuville passe sous la seigneurie de Claude de Lorraine, qui entreprend sa reconstruction vers 1540. En 1547, il concède aux habitants 289 arpents de terrain « à perpétuité, pour les faire servir au profit commun en bois et pâturages » — charte confirmée par son fils François, dont l’original était encore conservé aux archives de la mairie en 1881.
1636 : les Espagnols, pour la deuxième fois
En juin ou juillet 1636, les Espagnols, rejoints par les gens de Chimay, ravagent la Neuville avec Éteignières, Tarzy et Fligny. Il est même probable, selon Dom Noël, que le village avait déjà souffert quelques mois auparavant lors du sac de Rumigny par Rantzau.
Patrimoine
Église Saint-Nicolas
L’essentiel de l’édifice actuel date de la reconstruction de 1871, le duc d’Aumale ayant contribué aux travaux. Le portail et la première travée de la nef, épargnés par cette campagne, conservent des fonts baptismaux de 1648 et une dalle funéraire de 1708 à leur emplacement d’origine.
Bosneau : un château-fort de la guerre de Cent Ans
Le hameau de Bosneau (Bosenove dans les actes anciens, Boussenoch chez Monstrelet) possédait un château-fort construit, croit-on, au début du XIVe siècle, dont les routiers s’emparèrent pendant la guerre de Cent Ans. En 1436, les troupes liégeoises et bourguignonnes donnèrent l’assaut : trois jours après, la forteresse fut prise, la garnison pendue et le château rasé le 19 mai — événement documenté par trois sources indépendantes (Jean de Stavelot, Henri d’Opprebais, Hadrien d’Oudenbosch). On remarquait dans l’église de la Neuville la pierre tumulaire d’un Jean de Bosenoë, seigneur d’Origny-en-Thiérache.
Le château de La Roche
À l’écart de La Roche, un Jacques de Rumigny se qualifiait encore seigneur du lieu en 1525. En 1650, pendant la Fronde, Turenne, alors au service de l’Espagne, détruisit la forteresse ; les derniers vestiges disparurent en 1803. Sur son emplacement fut établi, vers la fin du XVIIe siècle, un haut-fourneau. C’est par La Roche que la cavalerie de Gassion, arrivant de Chimay, déboucha sur le plateau de Rocroi avant la bataille de 1643.
Sources historiques
Dom Albert Noël, Notice historique sur le canton de Signy-le-Petit, 1881, p. 76-92 — Péchenard, Notice historique sur la Neuville-aux-Tourneurs, Reims, 1872 — Albert Meyrac, Géographie illustrée des Ardennes, 1900, p. 509-511 — Inventaire général du patrimoine culturel, région Grand Est, dossier IM08000330 — Wikipédia.
Illustration photo Ilwi