Présentation

Mondrepuis est un bourg de l’ancienne Thiérache, sur un plateau à 195 mètres d’altitude, entre la vallée de l’Oise et la Marnoise. Fondé en 1170 par l’abbaye de Bucilly et Jacques d’Avesnes, seigneur de Guise, il a traversé les guerres de Religion, deux occupations allemandes et une bataille de chars en mai 1940 qui reste l’un des combats les plus intenses de la campagne de France en Thiérache. Ses deux antiphonaires du XVIIIe siècle, sauvés des flammes en 1940, sont revenus en 2022 après quatre-vingts ans d’exil. Son patron est saint Nicolas.

Étymologie

Selon Marie-Thérèse Morlet, Mondrepuis représente un composé tautologiqueMons de lo podio — associant le latin mons (mont) et l’ancien français pui (hauteur, butte), les deux termes désignant la même réalité. La contraction de lodelder (devant la consonne p) → dre par métathèse explique la forme actuelle. Les formes anciennes confirment cette double étymologie.

Histoire

Fondation par l’abbaye de Bucilly (1170)

En 1170, l’abbé Louis de Bucilly s’associa à Jacques d’Avesnes, seigneur de Guise, pour fonder un village sur un terrain inculte appartenant à l’abbaye. Les nouveaux habitants reçurent la loi de Vervins — charte de franchises qui leur garantissait droits et libertés. L’abbaye retint la dîme, le terrage, les moulins et fours banaux, les viviers et la pêche ; le seigneur de Guise obtint les revenus de la justice et deux charrues de terre. Mondrepuis resta jusqu’à la Révolution une possession de l’abbaye de Bucilly, dont les chanoines prémontrés fournirent au village ses curés pendant des siècles.

Le Champ de la Tuerie (1590)

À la fin du XVIe siècle, lors des guerres de Religion, une bataille opposa près de Mondrepuis les troupes royalistes fidèles à Henri IV et des bandes calvinistes. Le carnage fut tel que le lieu-dit conserva le nom de Champ de la Tuerie — témoignage brut inscrit dans la toponymie.

Les antiphonaires sauvés des flammes (1940)

L’église Saint-Nicolas conservait deux précieux antiphonaires — grands livres de chant grégorien. Le premier, manuscrit et enluminé, avait été réalisé en 1739 par le frère Jacques Machelart, prieur-curé de Mondrepuis. Le second, imprimé en 1774, fut relié en 1813 à Ohis. Le 17 mai 1940, alors que les bombes allemandes incendiaient l’église, Marius Alliaume — futur maire — se précipita à l’intérieur pour sauver les deux volumes des flammes. Conservés pendant quatre-vingts ans au musée d’Hirson, ils furent solennellement restitués à Mondrepuis en janvier 2022, à l’occasion d’un concert exceptionnel avec le pianiste Kit Armstrong.

17 mai 1940 — la bataille des tirailleurs

Au matin du 17 mai 1940, la 8e Panzerdivision du général Kuntzen, ayant franchi la Meuse à Sedan quatre jours plus tôt, fonçait vers l’ouest. La 4e division d’infanterie nord-africaine (DINA), commandée par le général Sancelme, reçut l’ordre de tenir Mondrepuis. Le capitaine Alliaume organisa la défense avec les 23e et 25e régiments de tirailleurs algériens, appuyés par une section de chars R-35 du lieutenant Duboe. Les Stukas attaquèrent à l’aube ; les combats se poursuivirent jusqu’au corps-à-corps dans les rues. Le lieutenant Duboe, après avoir détruit trois blindés ennemis, fut tué quand son char fut projeté sur les marches du café Proisy. Cinquante-trois soldats français périrent ce jour-là, dont cinq ne purent jamais être identifiés. L’église fut détruite dans les bombardements. En mai 2024, un drapeau fut inauguré en hommage aux combattants — quatre-vingt-quatre ans après les faits.

Patrimoine

Église Saint-Nicolas (reconstruite 1958)

L’église originelle, dont les plus anciens vestiges remontaient au XIIIe siècle, fut entièrement détruite le 17 mai 1940. Elle fut reconstruite en 1958. Elle abrite aujourd’hui les deux antiphonaires revenus en 2022 — symboles de la mémoire vivante de Mondrepuis.

Illustration photo Havang(nl)